UFC Que Choisir de Nancy et environs

Peintures à l'eau, sans odeur mais pas sans danger

Utilisés comme solvants dans l'industrie chimique, les éthers de glycol dérivés du butylglycol sont omniprésents dans les formulations de peintures à l'eau depuis une dizaine d'années. Une enquête menée depuis plusieurs mois par l'UFC-Que Choisir révèle que les dérivés du butylglycol, comme d'autres éthers de glycol déjà interdits, pourraient poser de sérieux problèmes de santé publique dans notre pays.

Malgré leur toxicité reconnue dans les milieux professionnels, l'EGBE et le DEGBE sont toujours autorisés dans les produits grand public. Si l'on a admis leur dangerosité à concentration élevée dans le cadre d'utilisations professionnelles, ses effets sur le consommateur dans un cadre domestique semblent avoir été sous-estimés. Or, notre enquête tend à démontrer que les consommateurs, qu'ils aient appliqué eux-mêmes ou non ces peintures à l'eau sans odeur, peuvent être exposés, comme certains professionnels, à des niveaux très élevés, puis soumis à une exposition chronique durable de moindre niveau.

En effet, des mesures réalisées depuis 2001 dans près de 1 000 logements mettaient en évidence des niveaux d'exposition remarquablement élevés chez certains consommateurs. L'EGBE était détecté dans 89 % des logements, le DEGBE dans 23 %. L'enquête réalisée depuis auprès des consommateurs concernés établit une concordance alarmante entre la présence de ces éthers de glycol dans l'air intérieur des logements et l'utilisation de produits " à l'eau ". Qui plus est, elle révèle le signalement de troubles respiratoires ou d'autres manifestations qui pourraient être la conséquence de l'hématotoxicité de ces éthers de glycol.

Malgré leur toxicité évoquée dans de nombreuses publications scientifiques internationales, l'EGBE et le DEGBE sont toujours autorisés dans les produits grand public en France. Nos analyses publiées en septembre 2001 mettaient en évidence des concentrations de 0,4 à 2 % dans des peintures à l'eau, voire 5 % dans un vernis " sans solvants ", produits que les consommateurs utilisent en toute confiance en raison de leur absence d'odeur. Pire, le consommateur ne dispose d'aucune information quant à la composition de ces produits, puisque la réglementation ne prévoit aucun étiquetage obligatoire. Et ce ne sont pas les recommandations d'utilisation des peintures ou vernis qui permettront d'éviter tout danger, puisque les temps de séchage préconisés et les délais de réutilisation des locaux sont réduits au strict minimum. Même dans les conditions habituelles d'utilisation, les éthers de glycol continuent de se diffuser dans l'air intérieur plusieurs mois, voire plusieurs années après l'application du produit.

Même si notre enquête nécessite certainement des approfondissements, il nous apparaît indispensable d'informer dès à présent le grand public des risques encourus et d'enjoindre les autorités à prendre des mesures conservatoires urgentes. Nous réclamons la suspension immédiate de la commercialisation de tout produit, peinture, vernis, vitrificateur, enduit ou tout matériau ou revêtement contenant du DEGBE ou de l'EGBE, ainsi que la relance des études complémentaires demandées par l'expertise Inserm sur les éthers de glycol, y compris ceux de la série P, puisqu'ils sont destinés à terme à les remplacer. Nous rappelons que la Commission de sécurité des consommateurs demandait il y a déjà deux ans l'interdiction de la série E des éthers de glycol. Nous saisissons nos ministres de la Santé et de l'Industrie pour que des mesures soient prises sans délai, lettres ouvertes à consulter sur le site www.quechoisir.org.

Document publié le 03-12-2002

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