UFC Que Choisir de Nancy et environs

1840 - Les salaires des institueurs

Nancy, le 20 janvier 1840.

MESSIEURS,

J'apprends avec une vive satisfaction que l'instruction primaire s'a­méliore chaque année dans les communes rurales du département de la Meurthe. Des maisons d'école s'élèvent, le zèle des instituteurs se soutient, les parents les secondent et la population des écoles va croissant presque partout. Déjà, dans un grand nombre de communes, ces écoles ne sont plus fréquentées seulement pendant quelques mois d'hiver; l'été même a ses classes, et ce que les enfants ont appris n'est pas ou­blié dans la belle saison, où leur vagabondage avait autrefois des résul­tats si déplorables.

J'espère que les progrès continueront, que l'effet observé dans les communes où ils ont eu lieu engagera les autres à les imiter.

Toutefois, il est nécessaire que l'instituteur qui se dévoue à l'instruc­tion trouve dans le traitement dont il jouit le moyen de rendre sup­portable son existence actuelle, quelque sécurité pour son avenir et celui de sa famille.

J'ai vu avec peine que dans plusieurs communes, loin d'entrer dans l'esprit de la loi , on cherchait à en paralyser l'action en diminuant , autant que possible, le traitement de l'instituteur; je réclame plus de générosité, car cette générosité n'est que justice.

Le traitement fixe assuré par la loi, plus ou moins élevé par com­mune, est le prix des leçons données par l'instituteur. Il faut bien se rappeler qu'il ne l'oblige à rien de plus. Ainsi, dans le cas où il rem­plit en outre les fonctions de secrétaire de la Mairie, de chantre, de sacristain, etc., ce ne peut être que moyennant un prix convenu qui doit être ajouté à son traitement principal. Sans cette addition, il peut, il doit refuser de remplir ces fonctions étrangères à ses devoirs d'ins­tituteur.

Quelquefois les communes souffrent, exigent même que l'instituteur fournisse le bois nécessaire pour chauffer l'école. C'est un abus qu'il faut faire cesser. La loi exige que le local destiné à l'école soit convenable; et le Ministre, consulté sur la question de chauffage, a décidé que ce local, pour être convenable, doit être chauffé aux frais de la commune.

Quant à la partie variable du traitement des instituteurs, qui se forme de la rétribution mensuelle, la loi a voulu qu'elle augmentât suffisam­ment ce traitement. J'apprends cependant que dans un trop grand nombre de communes les Conseils municipaux ont abaissé à un taux presque nul la quotité de cette rétribution. C'est éluder la loi , c'est enlever à l'instituteur ce qui lui est légitimement dû, c'est s'exposer à perdre beaucoup plus ou par le découragement ou par le départ d'un bon maître, qu'on n'aurait dépensé par quelques centimes en sus que chaque père de famille lui aurait portés pour sa rétribution.

Un autre abus des plus graves est signalé : quelques Conseils, en fixant le nombre des indigents dispensés de payer la rétribution, éten­dent ce nombre bien au-delà de la vérité. Il me suffit d'avoir cité un tel fait pour qu'il ne se présente plus. Tous sentiront que c'est là mentir à la loi, à sa conscience; ni les Conseils, ni les parents ne voudront à l'avenir se rendre coupables ou complices de ce mensonge pour enlever au maître qui les représente près de leurs enfants, qui leur apprend à être bons fils, bons citoyens, un salaire qui lui appartient et qu'ils devraient au contraire chercher à augmenter.

Un grand nombre d'écoles d'adultes ont été établies, grâce au zèle des instituteurs, secondés souvent par des hommes de bien , par des ecclésiastiques honorables. C'est un grand bienfait pour les jeunes gens qui, dans des temps où l'instruction primaire était négligée, ont échappé aux écoles et n'ont pu acquérir les connaissances maintenant si répan­dues. Mais on doit sentir que ce surcroît de travail ne peut être imposé gratuitement au maître, et qu'il serait plus injuste encore de souffrir qu'il leur devint dispendieux. Il est donc convenable qu'un traitement supplémentaire lui soit alloué pour cet objet: il est nécessaire que les frais d'éclairage, de chauffage, de livres, papiers, mobilier lui soient remboursés.

Si des sommes doivent être votées pour les différentes améliorations que j'ai signalées, les Conseils municipaux se hâteront de le faire; ils me trouveront toujours prêt à les seconder; car ces dépenses faites pour l'instruction, l'éducation de la jeunesse, contribueront à la rendre meil­leure, plus laborieuse, plus rangée, et tous les gens sages sentiront que dépenser ainsi c'est faire la meilleure, la plus lucrative des économies.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Préfet de la Meurthe , L. ARNAULT.

 

 

Document publié le 01-01-2004

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