UFC Que Choisir de Nancy et environs

1866 - La formation professionnelle

Dans cette session qui s'ouvrira le 4 et sera close le 13, vous aurez à soumettre au conseil toutes les affaires rentrant dans ses attributions.

Au nombre des questions dont vous voudrez bien l'entretenir, il en est une sur laquelle j'appelle tout particulièrement votre attention et que je recommande à votre sollicitude ; c'est celle relative aux cours d'adultes qui répondent si bien aux besoins des habitants des campagnes et ont eu cette année un plein succès dans le département.

Je ne puis mieux faire, Monsieur le Maire, pour vous bien pénétrer de l'opportunité et de l'utilité de cette oeuvre, que de mettre sous vos yeux la circulaire de S. Exc. M. le Ministre de l'instruction publique en date du 4 juillet courant et que vous trouverez insérée ci-après.

Vous devrez donc, Monsieur le Maire, pour vous conformer à l'esprit et à la lettre des instructions ministérielles, provoquer du conseil munici­pal, dans sa prochaine session, et comme constituant en réalité une dé­pense communale, un crédit suffisant pour faire face : 1° aux frais de chauffage et d'éclairage de la salle où se tient le cours ; cette dépense, l'année dernière, dans un certain nombre de communes, a été supportée par l'instituteur personnellement ; 2° et pour indemniser ce fonctionnaire dont l'enseignement se trouve doublé par cette seconde classe du soir.

De mon côté, je m'empresse de vous donner l'assurance que je deman­derai au conseil général, dans sa prochaine session, une allocation qui me permette de venir en aide, dans une certaine mesure, aux communes trop obérées qui se trouveraient dans l'impossibilité de supporter tout ou partie de la dépense dont il s'agit.

Il importe, monsieur le Maire, que je sois informé très-exactement et d'urgence des votes des conseils municipaux. Vous me transmettrez donc immédiatement par la voie hiérarchique, une copie des délibérations à intervenir, afin que je puisse inscrire les sommes votées au budget ordinaire de l'exercice 1857.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée. Le Préfet de la Meurthe, PODEVIN.

 

 

Paris, le 4 juillet 1866. MONSIEUR LE PRÉFET,

Vous savez déjà que, de novembre 1865 à mars 1866, près de 25,000 cours d'adultes ont été faits en France pour 600,000 élèves environ, par 30,000 instituteurs, institutrices et professeurs de tout ordre; que 250,000 illettrés ont pu apprendre ainsi à lire, écrire ou compter; que 117,000 élè­ves sur 600,000 ont payé, pour s'instruire 415,000 francs; que 15,375 cours ont été entièrement gratuits; que 14, 409 instituteurs et institutrices ont enseigné sans aucune rémunération ; que, pour couvrir les dépenses de ce nouvel ordre d'enseignement, 3,600 communes, ou près du dixième des communes de France, ont donné 650,000 francs, soit 180 francs en moy­enne ; les particuliers 125,000 francs ; les conseils généraux 72,000 francs ; enfin, que 4,150 instituteurs ont déboursé, pour le même objet 91,000 fr.

De tels sacrifices, dûs à l'admirable élan des instituteurs, étaient néces­saires pour créer les écoles du soir et pour montrer qu'elles répondent non seulement aux besoins, mais à la volonté même du peuple de nos campa­gnes. L'enseignement des adultes, parallèle à celui des enfants, est désor­mais fondé en France. Il continuera l'hiver prochain, je l'espère, avec un égal dévouement de la part des maîtres ; mais nul ne peut songer à leur demander, à titre permanent, de doubler leur enseignement sans indemnité, et de s'imposer, au profit du public, des services gratuits et jusqu'à des dé­boursés onéreux.

Le gouvernement et la chambre se sont émus de cette situation, et une somme de 50,000 francs a été ajoutée pour l'année 1866, au crédit de 60,000 francs inscrit à mon budget. Pour l'année prochaine, la somme est même portée à 150,000 francs ; c'est une marque éclatante de la vive sympathie que le dévouement des instituteurs a excitée at sein des grands pouvoirs publics. Mais l'importante signification de ce crédit n'en laisse pas moins subsister une insuffisance notoire qui démontre la nécessité d'un con­cours actif et énergique de la part des conseils généraux et municipaux.

L'instruction des adultes, comme celle de enfants, en effet, a le carac­tère d'une dépense locale, dont les intéressés et la commune doivent d'abord supporter les charges ; mais il serait bon que le système financier créé par la loi du 15 mars 1850 pour les écoles du jour pût être appliqué aux écoles du soir ; c'est-à-dire que le département intervint, à défaut des ressources locales, puis l'Etat, en cas d'insuffisance des budgets départementaux. En l'absence d'une disposition législative qui place les deux sortes d'écoles tous le même régime financier, il appartient aux autorités compétentes d'agir volontairement, dans la mesure de leurs ressources respectives, comme si la loi eût déjà parlé.

Il faudrait d'abord que, dans toute commune, l'instituteur fût déchargé des frais de chauffage et d'éclairage; il faudrait de plus, quand le cours est gratuit, qu'une indemnité lui fût accordée.

Ce double résultat ne peut être atteint d'une manière permanente qu'à l'aide de subventions municipales et par le concours effectif des conseils gé­néraux, dont beaucoup de membres se sont déjà associés, par des dons

personnels, à la fondation des écoles du soir.

Il vous appartient, M. le Préfet, de diriger vers ce but l'influence dont vous disposez. La parole du Souverain, l'initiative de son gouvernement sont engagées dans l'oeuvre dont l'Empereur a daigné, du haut du trône, encourager les commencements. Les ressources de l'Etat ne feront pas défaut à nos instituteurs, je puis leur en donner l'assurance; mais, de même que, pendant la première année, c'est sur eux qu'a porté le poids du far­deau, il serait digne de la France, et conforme aux intentions de l'Em­pereur, qu'eu égard aux charges actuelles du trésor, les dépenses de la seconde année fussent couvertes principalement par le libre vote des assemblées électives.

Lorsque vous présenterez au conseil général vos propositions et que vous entretiendrez MM. les Maires de cette partie du service, à l'occasion de la prochaine session d'août des conseils municipaux, veuillez, M. le Préfet, ne pas oublier deux considérations importantes : d'abord, à la différence de ce qui se passe en d'autres pays, où les élèves restent jusqu'à seize ans sur les bancs de l'école du jour, la plupart de nos enfants la quit­tent quatre ou cinq ans plus tôt, ce qui fait qu'à vingt ans ils ont à peu près tout oublié; d'où résulte la nécessité en France, du cours d'adultes qui, pour les uns, sera une seconde école primaire, et, pour les autres, une école de perfectionnement. Ensuite, l'école du jour prêtant à la classe du soir le local, le mobilier, le matériel classique et l'instituteur qui trouve dans le sentiment du devoir la force nécessaire pour accomplir la lâche de deux hommes, la somme de 60 millions employée, chaque année, par la France, pour entretenir les écoles du jour, peut, avec une légère augmentation, servir en même temps à l'ouverture des écoles du soir.

Je l'ai déjà dit en une autre circonstance : la classe d'adultes double presque sans frais le nombre des écoles; elle rend féconde la première dépense faite par le pays ; elle tire du même capital un double intérêt. Nos conseils électifs ont trop de patriotisme et de lumières pour ne pas mettre en regard de la dépense que vous leur demanderez l'importance morale, économique et politique de l'oeuvre à faire et la reconnaissance du pays.

Recevez, M. le Préfet, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le Ministre de l'Instruction publique, Signé : V. DURUY.

Pour copie conforme, Le Conseiller débat, Secrétaire général, Signé : CHARLES ROBERT.

Pour copie conforme, Le Secrétaire Général, Signé : MEUNIER.

 

 

Document publié le 01-01-2004

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