UFC Que Choisir de Nancy et environs

1818 - Les faux médecins

Ces empyriques semblent s'attacher de préférence aux maladies des yeux. Ils savent que de tous les maux, celui qui afflige davantage le pauvre, c'est la perte de la vue, sans qu'elle lui enlève à la fois tous ses moyens d'exis­tence, et ils fondent sur cette connaissance l'espoir d'un gain illicite.

Quelques-uns de ces charlatans comptent assez sur la crédulité du peuple, pour ne pas craindre de mettre leur ignorance à découvert ; ils opèrent en plein air sur des tréteaux ; et des opérations qui demandent une main exercée, des connaissances acquises, un traitement pré­paratoire, des soins subséquens , ils les font à l'instant , sans s'inquiéter des suites de leur inexpérience. D'autres, plus adroits ou plus hardis, se font précéder, dans les lieux qu'ils veulent exploiter, par des affiches fastueuses, chargées de certificats faux ou extorqués ; ils invoquent des titres supposés, et en affectant, à l'égard des mal­heureux, un désintéressement qui n'est pour eux qu'un moyen de plus d'influer sur la crédulité, ils réussissent quelquefois à séduire les autorités locales elles-mêmes.

Vous ne sauriez trop, cependant, Messieurs, vous mettre en garde contre de pareilles manoeuvres ; vous devez les signaler à vos administrés, afin qu'ils n'en soient point les malheureuses victimes, en leur faisant sentir qu'il est de leur intérêt de ne point se fier à ces charlatans.

La loi du 19 ventôse an XI , titre 6 , prononce des amendes très-fortes contre ceux qui exercent la Médecine ou la Chirurgie sans en avoir le droit ; celle du 21 ger­minal de la même année , interdit , d'un autre côté , toute distribution de médicamens, faite en public par d'autres que des pharmaciens légalement autorisés ; ainsi, quand un individu se présente dans une commune pour y exercer, même momentanément, l'art de guérir, ou pour faire une distribution de médicamens, il est de votre devoir de lui faire représenter son diplôme ou son brevet; et dans le cas où cet individu ne peut satisfaire à votre réquisi­tion , vous devez sur-le-champ en dresser un procès­-verbal que vous transmettrez aussitôt à M. le procureur du roi.

C'est pour vous même et vos familles, et en géné­ral pour tous vos administrés, que je vous recommande, Messieurs, de ne point perdre de vue cette instruction, afin que des charlatans, qui seraient tentés de s'introduire dans vos communes pour abuser de la crédulité des pauvres, ne puissent point, aux dépens de ces malheureux qui sortiraient de leurs mains plus malades qu'auparavant, se former une fausse réputation qui leur servirait à faire des dupes ailleurs.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Pour M. le préfet absent par congé,

Le conseiller de préfecture, délégué, PINODIER

Document publié le 01-01-2004

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