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1858 - Les astuces des imprimeurs

Nancy, le 5 mai 1858.

LE PRÉFET DE LA MEURTHE, Officier de l'Ordre Impérial de la Légion d'honneur, Commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire­-le-Grand, de Rome.

MONSIEUR LE MAIRE,

Il est venu à ma connaissance que des relieurs ambulants parcouraient les communes rurales et parvenaient à surprendre la confiance de MM. les Maires, en se prétendant accrédités par l'administration supérieure et en offrant à bas prix leurs services.

L'introduction dans les dépôts des communes, d'individus étran­gers et sans répondants, qui n'offrent d'ailleurs aucune garantie de moralité, expose à de fâcheuses dilapidations les documents les plus précieux, souvent même les plus utiles aux intérêts des localités.

Je suis informé que, dans un certain nombre de départements, des titres sur parchemin ont été employés pour le brochage ou la reliure des collections, sans qu'il ait été possible, faute d'inventaire détaillé, faute aussi de surveillance, de constater immédiatement ces dispari­tions regrettables. Il est constant de plus que l'économie qui paraît résulter pour les communes de l'emploi des relieurs ambulants est complètement illusoire : il résulte, en effet, des poursuites judiciaires dirigées contre quelques-uns de ces industriels et suivies de con­damnations, qu'ils enlevaient, sans inventaire préalable, les collections imprimées conservées dans les archives, et faisaient disparaître un certain nombre de numéros qu'ils demandaient ensuite l'autorisation de remplacer à raison de 25 centimes la feuille.

Quant aux travaux en eux-mêmes, ils paraissent en général exécu­tés d'une façon défectueuse, soit pour la régularité de la pagination, soit pour l'exactitude des titres, et dans ce cas très-fréquent, les communes n'ont pas de recours possible contre des individus sans domicile permanent et dont on ne peut que difficilement suivre la trace.

Je crois dès lors devoir appeler toute votre attention sur les faits que j'ai l'honneur de vous signaler, en insistant sur les conséquences fâcheuses qui peuvent résulter de l'emploi des relieurs ambulants.

Je vous prie aussi de faire surveiller avec soin ceux de ces ouvriers qui pourraient se trouver dans la commune que vous administrez, et de les déférer aux tribunaux s'il vous parvenait quelque plainte sur eux.

Agréez, Monsieur le Maire, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le Préfet,

Albert LENGLE.

Document publié le 01-01-2004

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