UFC Que Choisir de Nancy et environs

1854 - Les logements insalubres

Nancy, le 6 février 1854.

MESSIEURS,

J'ai déjà eu l'honneur d'appeler plusieurs fois votre attention sur les prescriptions de la loi du 13 avril 1850, relative à l'assainisse­ment des logements insalubres. Cette loi dispose que dans toute com­mune où le Conseil municipal l'aura déclaré nécessaire par une délibération spéciale, il nommera une Commission chargée de rechercher et indiquer les mesures indispensables d'assainissement des logements et dépendances insalubres ; elle fait connaître comment doit être composée cette Commission et de quelle manière elle doit procéder.

La loi sur les logements insalubres est appelée à améliorer sérieu­sement le sort des populations ouvrières ; le Gouvernement, qui l'a présentée dans ce but, tient à ce qu'elle produise partout et le plus promptement possible les utiles effets qu'il a le droit d'en attendre, et vous comprendrez, Messieurs, combien il importe, au point de vue de la santé publique, d'en assurer l'exécution. Je vous renouvelle donc l'invitation de faire tous vos efforts pour y parvenir; réunissez sans retard votre Conseil municipal, pour lui proposer la nomination d'une Commission, qu'il s'empressera de créer, je n'en doute pas, si vous vous attachez à faire ressortir les excellents résultats d'une me­sure qui doit régénérer nos populations, et peut nous garantir de l'invasion des épidémies.

La Commission que vous aurez créée devra bien se pénétrer de ces principes, que pour parvenir à l'assainissement des habitations, il faut avant tout leur donner le plus de lumière possible, y faire arriver l'air en quantité suffisante, le renouveler par une ventilation bien enten­due, soit au moyen de cheminées, soit en ouvrant, pendant un certain laps de temps et à des moments convenables, les portes ou les fenêtres qui communiquent avec l'air extérieur. Il ne faut pas oublier, toute­fois, que cette ventilation, pour être utile, ne doit point déterminer des courants d'air trop rapides ou produire un refroidissement subit, qui serait préjudiciable à la santé.

La propreté et surtout l'absence de l'humidité sont deux conditions qu'on ne saurait trop recommander. La Commission devra donc veiller au nettoiement, non-seulement des rues, mais aussi des cours, des passages, des allées, des cabinets d'aisance ; faire gratter les parties du sol et des murs qui sont imprégnées de matières organiques en dé­composition ; faire laver, si c'est nécessaire, soit avec de l'eau pure, soit même avec de l'eau chlorurée, les portions les plus infectes des habitations, et faire blanchir les murs à la chaux, lorsque cette opé­ration sera jugée utile.

On évitera autant que possible les dépôts de fumiers et de boues de ville, ainsi que les amas de matières végétales en décomposition. Mais exiger l'enlèvement complet des fumiers, ce serait, dans certains cas, s'exposer peut-être à voir transporter dans l'intérieur des habitations le foyer d'infection qu'on voudrait supprimer sur la voie publique, où il offre moins de danger. La Commission appréciera ce qu'elle peut et doit faire en cette circonstance; mais elle pourra toujours prescrire l'établissement de puisards couverts pour recevoir le purin, ou de rigoles pour en assurer l'écoulement, et enlever ainsi aux dé­pôts de fumier leur principale cause d'insalubrité.

On devra aussi chercher à donner de l'écoulement aux eaux sta­gnantes qui se trouvent dans le voisinage des habitations. Les égouts seront assainis, soit en y faisant passer un courant d'eau, soit en y jetant des préparations chlorurées. Il faudra tenir dans un état de propreté convenable les ruisseaux, les étables et les écuries, et à plus forte raison, éviter que des hommes et des animaux séjournent simul­tanément dans des réduits obscurs, humides et resserrés.

La Commission aura aussi à examiner avec attention l'état du cimetière, et si sa présence au centre des habitations était une cause d'insalubrité, elle ne devra pas hésiter à en demander le transfère­ment.

Je vous recommande de nouveau, Messieurs, d'activer le plus pos­sible la formation de cette Commission, pour qu'elle soit en mesure de fonctionner dans un très-bref délai. Ses rapports devront être dé­posés au secrétariat de la Mairie, et vous inviterez les parties inté­ressées à en prendre communication et à produire leurs observations dans le délai d'un mois. A l'expiration de ce délai, vous réunirez de nouveau votre Conseil municipal, qui examinera les rapports, ainsi que les observations qu'ils auront provoquées, et approuvera, s'il y a lieu, les mesures proposées par la

Commission. Plusieurs de ces me­sures seront d'une exécution facile et peu coûteuse, qui permettra de les réaliser immédiatement, surtout si elles tombent à la charge de l'administration municipale. Celles qui nécessiteraient des travaux plus dispendieux au compte des particuliers, seront rendues exécutoires par vos soins, après le délai de recours ouvert aux parties intéressées.

Telles sont, Messieurs, les nouvelles instructions que j'ai cru devoir vous adresser au sujet de l'importante question des logements insa­lubres. Je vous invite à vous y conformer exactement, ainsi qu'aux diverses prescriptions de la loi, et à m'informer avec soin des dispo­sitions que vous aurez prises et des résultats que vous aurez obtenus.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distin­guée.

Le Préfet.

A. DE SIVRY.

Document publié le 01-01-2004

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