UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - Le testament de Marie-Antoinette

Le premier, avant obtenu la parole, monte à la tribune, et
s'exprime en ces termes :


« Messieurs, le roi
nous a chargés de faire à la chambre une communication dont elle sentira tout
le prix. Nous devons mettre sous ses yeux une lettre écrite à Madame
Elisabeth, par la feue reine Marie-Antoinette, quatre heures avant sa mort.
Cette lettre où règne toute la grandeur d'ame, toute la noblesse de caractère
de l'auguste compagne de Louis XVI, a été retrouvée, dans les papiers de
l'ex-conventionnel Courtois, un des hommes atteints par la loi du 12 janvier
dernier. Elle est toute entière de la main de la reine. La piété, la résignation,
l'inaltérable bonté qu'elle y déploie, font de cette pièce un second
testament, digne de figurer à côté de celui de son époux. Le roi a voulu que
la chambre des pairs partageât la première avec lui les senti­mens que fait
naître un tel écrit, conservé, comme par miracle, au milieu de tant de
destruction. Pour le multiplier et le rendre en quelque sorte présent à tous
les yeux, il en a été gravé un fac simile, dont il sera distribué des
exemplaires à chacun des pairs et des députés. »



 


« Ce 16 octobre, à quatre heures et demie du matin.


C'est à vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière
fois.  Je viens d'être condamnée,
non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à
aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même
fermeté que lui dans ces derniers momens. Je suis calme comme on l'est quand la
conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres
enfans; vous savez que je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre
soeur. Vous qui avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous,
dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris, par le plaidoyer mérite
du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre
enfant, je n'ose lui écrire ; elle ne recevrait pas ma lettre; je ne sais même
pas si celle-ci vous parviendra: recevez pour eux deux, ici, ma bénédiction.
J'espère qu'un jour , lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir
avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à
ce que je n'ai cessé de leur inspirer; que les principes et l'exécution exacte
de ses devoirs sont la première base de la vie ; que


leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le
bonheur.


Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit
toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de
plus que lui, et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils, à son tour,
rende à sa soeur tous les soins et les services que l'amitié peut inspirer:
qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se
trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent
exemple de nous ! Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné
de consolation ! Et dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut le
partager avec un ami. Et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa
propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père,
que je lui répète expressément : qu'il ne cherche jamais à venger notre
mort.


J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur.
Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; par­donnez-lui, ma
chère soeur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire
à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas: un jour viendra,
j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre
ten­dresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières
pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès; mais outre
qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en
aurais réellement pas eu le temps.


Je meurs dans la religion catholique, apostolique et
romaine, dans celle de mes pères, dans celle ou j'ai été élevée et que j'ai
toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle et à attendre, ne
sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion; et même le
lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une fois.


Je demande sincèrement pardon à dieu de toutes les fautes
que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que dans sa bonté, il
voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je fais depuis
long-temps pour qu'il veuille bien recevoir mon ame dans sa miséricorde et sa
bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma soeur, en
particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer.
Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à
mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis; l'idée d'en être
séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que
j'emporte en mourant; qu'ils sachent du moins que, jusqu'à mon dernier moment,
j'ai pensé à eux! Adieu, ma bonne et si tendre soeur; puisse cette lettre vous
arriver ? Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout mon coeur, ainsi que
mes pauvres et chers enfans: mon dieu ! qu'il est déchirant de les quitter
pour toujours. Adieu, adieu! je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs
spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être
un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le
traiterai comme un être absolument étranger.


Pour copie conforme à l'original, écrit en entier de la
main de S. M. la reine Marie-Antoinette :


Le ministre de la police générale du royaume :


Signé, le comte DE CAZE.

Document publié le 01-01-2004

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