UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - La quête des religieux

Nancy, le 16 septembre 1816.

Messieurs, vous trouverez ci-après copie d'une circulaire,
par laquelle S. E. le ministre de l'intérieur m'informe qu'elle a autorise les
religieux de la Trappe à faire une quête en France, pour les mettre à même
de subvenir aux pressans besoins qu'ils éprouvent.

Quoique le souvenir des maux qui ont accablé ce département
soit encore tout récent; quoique l'aspect des malheureux qui en ont été la
victime paraisse peu propre à faire sentir bien vive­ment la fâcheuse
position de ceux qui gémissent loin de nous, ou même semble réclamer de préférence
les effets de notre pitié, je ne puis m'empêcher de former des voeux pour que
les respectables religieux qui ont survécu à la destruction d'un ordre jadis
si justement célèbre, trouvent des secours au milieu de nous.

Le petit nombre des membres restans ne permettant pas
qu'ils envoient un des leurs recueillir dans les départemens ce que la
bienfaisance publique leur destine, et qu'elle accordera peut-être en secret au
desir de voir renaître de ses cendres une institution si éminemment favorable
à la vertu: ce moyen, beaucoup trop lent d'ailleurs, ne s'accordant pas avec la
profonde détresse à laquelle ces religieux sont réduits, je me décide à
charger MM. les maires de chaque commune de recevoir les offrandes que mes
administrés se détermineront à réaliser pour un si louable dessein. Ils
ouvriront un registre où ils inscriront ce qu'ils requerront. Le produit de ces
offrandes sera ensuite versé par eux entre les mains des percepteurs des
contributions directes, chargés d'en rassembler le montant, pour le tenir à
notre disposition.

MM. les percepteurs nous adresseront, tous les mois, un état
de situation indiquant le montant de ce qu'ils auront reçu des mains de MM. les
maires.

S. E. le ministre de l'intérieur attache, comme vous le
verrez, une très-grande importance à ce que la nécessité, devenue plus dure
par l'effet des événemens, n'oblige pas les religieux de la Trappe d'aller de
nouveau chercher un asyle dans des terres étrangères; et je mets
personnellement beaucoup de prix à ce que mes administrés secondent les généreuses
intentions de S. E. , par le sacrifice d'une portion quelconque de leur superflu
au profit de ces vertueux cénobites, dont l'unique ambition est de mériter le
ciel par la pratique des devoirs les plus austères.

Je me suis concerté, pour l'objet de cette lettre, avec M.
l'évêque, et c'est de son consentement que je vous prie d'inviter MM. les
desservans à en donner lecture au prône, ainsi que de la lettre de S. E.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.

Le contre-amiral, préfet de la Meurthe:

Signé, le comte DE KERSAINT.



Copie de la lettre de S. E. le ministre de l'intérieur,
relativement aux religieux de la Trappe.

Paris, le 29 juillet 1816.

Monsieur le préfet, après une longue dispersion, les
restes des anciens religieux de la Trappe se sont, de toutes les parties du
monde, réunis au milieu des débris de leur ancienne abbaye. Leurs biens ont été
vendus; la plus grande partie de leurs bâtimens aliénée ou démolie. La
bienfaisance seule a fourni à M. de l'Estranges, leur respectable abbé, les
moyens de racheter quelques bâtimens, où ces bons pères retrouvent le toit
qui couvre mal leur vieillesse. La vertu a attiré près d'eux des hommes de
plusieurs classes, même des militaires, qui viennent partager leurs rigueurs
volontaires; et la Trappe voit encore trente religieux.

Si dure que soit leur vie, toute de privations, ils vont
man­quer de quoi la soutenir; le toit qui les abrite va tomber, si la charité
ne vient à leur secours; et c'est pour éviter de rede­mander l'hospitalité
à l'étranger, que M. de l'Estranges sollicite la permission de faire une quête
en France.

J'ai cru, M. le préfet, devoir autoriser la demande de M.
l'abbé de l'Estranges. Il doit y intéresser MM. les évêques, et je vous prie
de lui donner toutes les facilités qui dépendront de votre administration.

Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentimens très­distingués.

Le ministre secrétaire d'état au département de l'intérieur :

Signé, LAINE.

Collationné par nous, secrétaire-général de la préfecture.

Le Comte De CRESOLLES.

Document publié le 01-01-2004

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