UFC Que Choisir de Nancy et environs

1860 - Le démon du jeu

Nancy, le 8 mai 1860.

MESSIEURS,

Dans une circulaire du 12 janvier 1859 (page 15 du Recueil) je vous ai rappelé les dispositions de l'article 475, n° 5, du code pénal, qui rendent passibles des peines de simple police ceux qui établissent ou tiennent dans les rues, places ou autres lieux publics, des loteries ou d'autres jeux de hasard. Je vous faisais remarquer que ces industriels, en exploitant la passion du jeu pour faciliter l'écoulement de menues marchandises, causent un préjudice notable aux marchands honnêtes, auxquels ils enlèvent ainsi des chances légitimes de gain, et qu'ils faisaient en outre contracter aux populations l'habitude des jeux aléatoires, qui n'est que trop souvent une cause de ruine pour les familles. Je vous invitais, en conséquence, à vous abstenir désormais d'autoriser les jeux de hasard et à dresser des procès-verbaux contre les auteurs des contraventions que vous seriez à même de constater.

Ces instructions, je le reconnais, ont été comprises et généralement exécutées ; mais je sais que sur certains points, des fonctionnaires et agents chargés de la police ont fermé les yeux sur les infractions, et que des Maires ont même cru pouvoir, à l'occasion de foires ou de fêtes patronales autoriser les jeux de hasard dans leurs communes. Des faits récents n'ont que trop prouvé le danger de ces graves abus, et l'on a vu il y a quelques mois à peine, une de ces misérables victimes de la cupidité, quitter le jeu qui venait d'engloutir son épargne, pour aller réparer ses pertes par le vol et l'assassinat. Beaucoup d'autres exemples, quoiqu'ils aient moins de retentissement, prouvent néanmoins combien il importe de réprimer la passion des jeux de hasard, et je ne puis, Messieurs, que vous recommander de nouveau de faire exécuter les dispositions qui intéressent à un haut degré la morale publique et la paix des familles. Veuillez donc exercer la plus grande surveillance sur les jeux publics, verbaliser contre les individus qui chercheraient à enfreindre la loi, et m'envoyer leurs noms et leurs signalements, pour que je puisse au besoin les signaler.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet,
Albert LENGLÉ.

Document publié le 01-01-2004

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