UFC Que Choisir de Nancy et environs

1878 - La surveillance des nourrissons

Nancy, le 27 mai 1878.
Monsieur le Maire,

Dans la pensée des auteurs de la loi du 23 décembre 1874, le rôle commissions locales chargées d'exercer une surveillance à l'égard enfants du 1er âge, occupe une place importante dans la marche du service.

Au moment où ces commissions instituées dans un certain nombre de communes du département sont prêtes à fonctionner, il me paraît utile de vous retracer succinctement leurs principaux devoirs.

L'attention de leurs membres devra se porter d'une manière toute particulière sur trois points essentiels qui sont la base de l'hygiène de la première enfance, à savoir: l'allaitement, le vêtement et l'habitation:

1° En ce qui concerne la question de l'allaitement naturel ou artificiel, le médecin-inspecteur sera le meilleur juge du procédé à employer. Mais l'action des commissions locales se fera heureusement sentir pour l'examen de l'âge et de la qualité du lait de vache ou de chèvre. On ne perdra point de vue que l'estomac délicat des enfants ne peut digérer que le lait en quelque sorte vivant ; que le lait qui a séjourné trop longtemps dans des vases se décompose en différentes couches et qu'il perd ainsi ses principes nutritifs. L'état constant de propreté des vases et des biberons est aussi une condition à exiger.

2° La propreté est également indispensable dans tous les objets qui composent la layette de l'enfant. Il appartiendra spécialement au dames visiteuses de s'enquérir des menus détails de la toilette d'un nourrisson et de veiller à ce que celui-ci ne soit point entièrement privé de mouvement lorsqu'il sera emmaillotté.
Ces dames, qui ont l'expérience des soins assidus que réclament les nouveaux-nés, voudront bien faire une inspection fréquente des objets qui garnissent le berceau. Elles recommanderont de faire laver les linges à grande eau et de les faire sécher à propos. Elles ne toléreront point dans le fond du berceau de la paille fétide qui vicie l'air concentré dans les rideaux fermés.

3° Le choix de la pièce où couche l'enfant a une grande importance sous le rapport de la santé. Il importe surtout de prévenir l'humidité et d'assurer le renouvellement de l'air. Point de cabinets obscurs, point de chaleur suffocante. Écarter en hiver le berceau des poêles et des cheminées. Préserver en été l'enfant des mouches pendant son sommeil. Ne point laisser approcher de son berceau les animaux domestiques qui pourraient occasionner des accidents à l'insu de la nourrice.

Ces diverses indications, Monsieur le Maire, n'ont rien de limitatif : elles serviront â tracer la voie dans laquelle les commissions locales sont appelées à entrer. Les membres visiteurs s'appliqueront à réagir contre les pratiques vicieuses, l'ignorance et le défaut de prévoyance des nourrices. Ils seront aidés dans cette tâche par le médecin-inspecteur qui ne manquera pas de leur signaler au besoin les côtés défectueux des placements.

Les Conseils rédigés par l'Académie de médecine leur serviront en outre de guide dans bien des circonstances.

Substitués à la famille absente, ils s'inspireront des intentions du législateur en mettant l'enfant en garde contre les dangers multiples qu'il peut courir.

Si les remontrances des membres visiteurs étaient négligées et si cette négligence était de nature à compromettre la vie ou la santé de l'enfant, vous ne devriez pas hésiter, Monsieur le Maire, à provoquer sur-le-champ son retrait des mains de la nourrice en vous conformant à l'article 7 du règlement d'administration publique du 27 février 1877.

Les attributions des commissions locales ont été d'ailleurs fixées par l'instruction ministérielle du 15 juin 1817 dont vous voudrez bien donner lecture, avec la présente circulaire, dans la prochaine réunion, et dont je vous recommande de vous inspirer.

Dans les communes où MM. les Maires ont déclaré se charger d'exécuter seuls la surveillance, leurs obligations seront d'autant plus étroites que toute la responsabilité leur incombera. Mais ils se rappelleront, j'en suis persuadé, que les familles ont en eux toute confiance et ils feront en sorte de la justifier.

La législation sur les enfants protégés est une œuvre humanitaire d'une haute portée, mais son succès dépendra surtout de la manie dont on l'appliquera. Je compte fermement à cet égard sur le zèle intelligent des commissions locales, qui me trouveront toujours disposé à seconder et à fortifier leur action.
Le Préfet,
Albert DELMAS

Document publié le 01-01-2004

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