UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - Le fonctionnement de l'école primaire

Nancy, le 31 octobre 1816.

Messieurs, au milieu des soins de toute espèce que le meilleur des princes prodigue à l'administration de son royaume, se fait particulièrement remarquer la vive sollicitude que S. M. témoigne pour l'instruction primaire, ce premier besoin des hommes, non moins que la prédilection soutenue avec laquelle elle veut que l'on s'occupe de l'intérêt des écoles.

Tel est le principe de l'ordonnance royale du 29 février 1816, dont les sages dispositions ont déjà produit tant de bien, quoiqu'en si peu de temps; tel en est aussi le but, déjà si heureusement atteint dans le département de la Meurthe, par suite de l'empressement avec lequel mon prédécesseur y a organisé les comités cantonnaux de surveillance et d'encouragement.

Cet état de choses promettant de grandes améliorations, ainsi qu'une augmentation rapide dans le nombre des écoles, il était naturel qu'on cherchât les moyens les plus économiques de procurer aux classes laborieuses de la société une instruction, non pas plus étendue, nais plus sûre et plus prompte.

L'objet paraît rempli au-delà de toute espérance, par le manuel pratique que je fais réimprimer ci-après. La méthode d'enseignement qu'il indique est employée depuis long-temps, et avec succès, en pays étranger. Déjà essayée en France, et rendue en quelque sorte nationale, par l'analogie qu'elle présente avec la méthode que pratiquaient avec tant de fruit les frères de la doctrine chrétienne, comme par les soins qu'ont pris des hommes qu'anime le zèle du bien, pour l'approprier au génie de notre langue, la nouvelle méthode semble éminemment susceptible de procurer le double avantage de l'économie et de la perfection.

Les préventions qui elle avait d'abord inspirées devaient céder, et ont cédé au témoignage de l'expérience. On a reconnu que la nouvelle méthode n'est qu'un instrument d'une extrême simplicité, dont l'emploi n'exige ni une grande masse de connaissances, ni des dépenses considérables; qu'elle a, sur l’ancienne, des avantages de plus d'une espèce, que notre situation ne nous permet pas de négliger; enfin, que l’économie de ses procédés, sans nuire à l'étendue et à la solidité de l'instruction, détruit principal obstacle qui, dans les villes, et plus encore dans les campagnes, écarte des écoles les enfans de la classe indigente.

Ajouterai-je que le roi, dont l'opinion personnelle s'est toujours montrée si favorable aux progrès des bonnes institutions, s'étant fait rendre compte de la nouvelle méthode, a daigné lui accorder son auguste suffrage.
Quant à ceux qui, pour la décrier, ou même pour empêcher qu'on n'en fasse l'essai, se rejettent sur les prétendus dangers qu'il y aurait à répandre trop de lumières dans les classes inférieures de la société, on peut leur objecter que la méthode ne donnera aux enfans pauvres que le degré d'instruction précisément nécessaire pour les mettre en état de surveiller à leurs intérêts.

Ils apprendront à lire, écrire et à compter ; à s'attacher à leur profession; à leur prince et à leur pays. Or, je le demande, étaient-ce les hommes qui n'avaient que ces connaissances, qui se sont agités dans nos révolutions? N'entre-t-il pas nécessairement d'ailleurs dans la nouvelle méthode, d'associer les principes religieux et de la plus saine morale à l'instruction qui convient à cette classe du peuple, d'autant plus facile à séduire, qu'elle est en proie à des besoins plus pressans?

En recommandant l'essai du nouveau code d'instruction, mon dessein n'est cependant pas, Messieurs, de provoquer une préférence exclusive en sa faveur, encore moins aucune défiance contre les établissemens qui existent. Il s'agit bien plus de procurer de l'instruction là où elle manque, que de se hâter d'introduire des innovations dans les lieux où elle s'est conservée.

Mais j'ai dû réclamer votre protection pour les établissemens qui viendraient à se former d'après une méthode, que je ne puis mieux recommander, qu'en observant d'abord qu'elle jouit de toutes les prérogatives assurées par l'ordonnance royale du 29 février; d'une méthode qui, propageant l'émulation, l'honneur et la crainte du blâme, ces grands mobiles de l'homme fait, jusque dans l'enfance des rangs les plus humbles de la société, et s'appuyant des consolations de la religion, procure au malheureux le talent nécessaire pour sortir d'une situation pénible, ou la vertu dont il a besoin pour s'y plaire; d'une méthode, enfin, qui n'aura point pour résultat de diminuer le nombre des instituteurs, mais bien d'augmenter celui des élèves, et de mieux inculquer à ces derniers les devoirs qu'impose la société, en cherchant à développer leur intelligence pour parler plus sûrement à leur coeur.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Le préfet de la Meurthe,
Signé SÉGUIER.


MANUEL-PRATIQUE, ou précis de la méthode d'enseignement mutuel pour les nouvelles écoles élémentaires.
La méthode d'enseignement mutuel, adoptée en France pour les écoles élémentaires, n'est ni celle du docteur Bell, ni celle de Lancaster. Elle se compose d'élémens choisis dans l'une et dans l'autre, et dont on a cherché à former un ensemble plus parfait. Il était convenable, avant d'en exposer les principes, d'attendre que l'expérience en eût confirmé les avantages. Le moment est venu de faire connaître au public ces excellentes pratiques, et d'inviter tous les hommes bienfaisans à seconder et à étendre une aussi heureuse amélioration.

Division de l'ouvrage.
Ce travail sera divisé en quatre parties.

Dans la première, on parlera de la construction d'une salle et de son mobilier.

Dans la seconde, on fera voir l'ensemble de l'instruction, en jetant un coup-d'oeil rapide sur les exercices de chaque classe.

Dans la troisième, on fera connaître les moyens et les ressorts de l'instruction mutuelle, en parlant des moniteurs.

Dans la quatrième, enfin, on traitera des devoirs du maître, par rapport à l'ordre et à la discipline.

PREMIÈRE PARTIE.
Construction d'une salle, et sa disposition intérieure.
CHAPITRE 1er. -De la bâtisse.
La salle a la forme d'un carré long, et doit être proportionnée, dans ses dimensions, au nombre d'enfans qu'elle est destinée à contenir. Pour cinq cents élèves, par exemple, elle doit avoir 90 pieds de long sur 30 de large.

Les murs, de 18 à 20 pieds de haut, peuvent être formés d'une charpente très-légère, remplie de terre; mais ils doivent être recouverts de plâtre, pour éviter l'humidité, qui nuirait à la santé des enfans, et détruirait les objets suspendus au mur.

Les fenêtres sont larges et élevées de 6 pieds au-dessus du sol. Il serait même à désirer que le jour, autant que possible, vînt d'en haut, ou au moins des deux côtés.

Le plancher, élevé de 2 ou 3 pieds au-dessus du sol extérieur, doit avoir une pente douce, proportionnée à la longueur de la salle, dont la partie la plus haute est du côté opposé à l'estrade du maître. La porte doit se trouver auprès de l'estrade du maître, afin qu'il puisse, sans se déplacer, faire observer l'ordre à l'entrée des élèves et à leur sortie. Le préau est une cour ou terrain fermé, attenant à l'école, dans lequel les enfans se rassemblent avant d'entrer en classe, et où ceux d'un quartier éloigné peuvent passer, sans danger, l'intervalle d'une séance à l'autre.

Si l'on doit se servir d'un local existant déjà, on se rapprochera, autant que possible, du plan que l’on vient de tracer.

CHAPITRE II. - Des meubles fixes.
Les tables ont la surface inclinée d'un pouce, en forme de pupitre, et les coins arrondis, pour éviter que les enfans ne se blessent. Elles portent, de 14 en 14 pouces, un clou à tête ronde, servant à suspendre l'ardoise et le frottoir. Au bout de chacune d'elles est un tiroir pour enfermer les crayons, et un trou rond destiné à recevoir le télégraphe. Celles qui servent à écrire sur le papier, ont, de 28 en 28 pouces, des trous faits pour recevoir les encriers. Celles sur lesquelles les commençans tracent les lettres dans le sable, ne sont pas inclinées. Elles ont deux liteaux placés dans toute leur longueur, l'un à trois pouces du bord qui est du côté de l'enfant, afin de lui laisser la place nécessaire pour poser son avant-bras, et l'autre au bord opposé. Aux deux extrémités sont deux tiroirs qui reçoivent le superflu du sable quand on l’égalise. Ces tables sont peintes en noir, afin que les lettres paraissent facilement sur le sable blanc. Toutes les tables sont placées au milieu de la salle, à 20 pouces
les unes des autres. Elles ont quatre pieds scellés dans la terre, à 2 pieds 2 pouces de haut pour celles de la première classe et à 2 pieds 4 pouces pour les autres. Cette différence est calculée sur la taille présumée des enfans. Elles ont 8 pouces de profondeur, excepté celle du sable et celles de l'écriture sur le papier, qui ont 9 pouces. Leur longueur dépend de la largeur de la salle. Dans celle qu'on vient de supposer être de 90 pieds de long sur 30 de large, les tables auraient 20 pieds.

Les bancs, supportés par cinq pieds scellés dans la terre, ont 7 pouces de large, et sont de la même longueur que les tables, dont ils ne sont éloignés que d'un pouce. Ils sont élevés de 15 pouces pour la première classe, et de 16 pouces pour les autres.

Les porte-tableaux servent à suspendre, d'un côté, un tableau nécessaire à la dictée, et de l'autre, des écriteaux de punition. Ces porte-tableaux ont 3 pouces de large sur 4 pieds de haut, et sont fixés à la tête de chaque table, excepté celui de la première classe, qui est mobile. Celui-ci a un pied en forme de guéridon, et il est placé en face des enfans, entre l'estrade du maître et la première table.

Les télégraphes sont des bâtons longs de 5 pieds, surmontés d'une petite planche, sur laquelle sont écrits, d'un côté, un numéro depuis 1 jusqu'à 8, et de l'autre , un E et un X, ce qui veut dire examen. Ils servent à désigner les classes et à indiquer le nombre de tables occupées par chacune d'elles. Ils. sont transportables, en cas d'augmentation ou de diminution des élèves. Ils servent encore à faire connaître au moniteur-général le moment où les ardoises sont remplies.

Les cercles de lecture sont des tringles de fer cintrées, de 5 pieds de diamètre, placées à la muraille tout autour de la salle, à 2 pieds et demi de haut, et ajustées sur des charnières pour qu'elles puissent être levées ou abaissées à volonté. Ces tringles seront, au besoin, remplacées par des cercles de bois incrustés dans la terre, ou par des rainures tracées sur le plancher, si la pièce est carrelée. Ces demi-cercles ne sont séparés que d'un pied les uns des autres: ils servent à placer au moins neuf enfans rangés à l'entour, et un moniteur en-dedans. Au milieu, à 4 pieds de haut, est un clou planté dans le mur: ce clou sert à suspendre un tableau de lecture.
Les poéles. Il y en a deux: un à chaque bout de la salle.

Un espace de 5 pieds est ménagé tout autour de l'école, entre le mur et les tables, pour servir à la circulation et aux exercices de lecture.
L'estrade du maître est placée à l'extrémité de la salle, visà-vis des enfans: elle est proportionnée à sa grandeur. En prenant encore pour bases les proportions supposées de 90 pieds sur 30, elle aurait 15 pieds de profondeur sur 20 de large; mais elle doit toujours être élevée de 2 ou 3 pieds, et avoir 3 ou 4 marches. Elle sert à recevoir le bureau du maître de l'école, et à contenir les visiteurs, qui sont mieux placés là qu'ailleurs pour bien voir les exercices.

C H A P I T R E III. - Des meubles transportables.

Le crucifix. Dans les écoles catholiques, en face des élèves, et au fond de l'estrade, est un grand crucifix fixé à la muraille, à 8 pieds de hauteur.

Le buste du roi. Au-dessous est le buste du roi, posé sur un corps de tiroirs, lui servant de piédestal. Entre le crucifix et la tête du roi, il est écrit sur le mur, en gros caractères : Domine, salvum fac regem; et sur le socle: Louis XVIII, roi de France, protecteur des écoles élémentaires.

Le corps de tiroirs (On peut remplacer ce corps de tiroirs par une armoire) a 3 pieds de large et 4 pieds et demi de haut. Il est divisé en sept tiroirs, fermant à clef: l'un en haut, de toute la largeur, d'un pied de profondeur, servant à renfermer les ardoises; et six en bas, de la même profondeur, n'ayant que moitié de largeur. Ceux-ci contiennent l'argent de l'école, les bons de moniteurs, d'élèves, d'examens, les plumes, le papier, les modèles d'écriture cursive, les lettres aux parens, les crayons, porte-crayons et frottoirs.

Le bureau du maître a 6 pieds de long et 3 pieds de large. Il a deux tiroirs, et il est surmonté d'un pupitre fermant à clef. Il est placé sur le bord de l'estrade.

La pendule est placée contre le mur, de manière à être vue du maître et des élèves. Elle est nécessaire pour régler le temps de chaque exercice.

La sonnette est employée pour les commandemens du moniteur-général.

Les tableaux de lecture sont des feuilles de papier imprimées d'un seul côté, et collées sur des planches minces, d'un pied et demi de haut sur un pied de large. Ils sont suspendus au mur, tout autour de la salle, au nombre de 140 (On les trouve chez L. Colas, libraire de la société, rue Petit-BourbonSaint-Sulpice, en face de la rue Garencière, à Paris.). Ils contiennent, en suivant la gradation des classes, depuis les lettres de l'alphabet jusqu'à des sentences courtes, tirées de l'évangile, de Fénélon, de Rollin; et enfin de morceaux suivis, extraits de la bible.

Les tableaux d'écriture servent à la dictée. Ils n'ont que 10 pouces de haut sur 4 et demi de large. Ils sont, comme les premiers, collés sur de petites planches; ils ont un manche par lequel les moniteurs les tiennent quand ils dictent en se promenant dans les rangs.

Les tableaux d'arithmétique sont de même dimension que ceux d'écriture. Il y en a douze pour la première classe, qui présentent toutes les combinaisons des chiffres. Ceux des autres classes, qui doivent contenir depuis l'addition simple jusqu'à la division décimale et complexe, ne sont pas encore imprimés. On les remplace provisoirement par un livre qui les renferme tous en petit.

Exemples d'écriture. Ils ne servent que pour les septième et huitième classes. Ils représentent des exemples d'écriture cursive, et sont collés sur des feuilles de carton.

Les livres dans lesquels lisent les enfans de la huitième classe, sont placés dans le corps de tiroirs dont nous avons parlé plus haut. Ils ne sont confiés aux élèves que pendant la lecture. Cette petite bibliothèque se compose de l'ancien et du nouveau testament, des épîtres et évangiles, du catéchisme, et de quelques bons ouvrages de piété et de morale.

Les ardoises remplacent le papier dans l'enseignement de l'écriture et de l'arithmétique. Leurs dimensions varient suivant les classes.

Pour la deuxième, elles ont 3 pouces et demi de haut sur 6 pouces de long, deux doubles lignes tracées.
Pour la troisième, 5 pouces sur 7, 3 doubles lignes..
Pour la quatrième, 5 ponces sur 8, idem.
Pour la cinquième, 5 pouces sur 9, idem.
Pour la sixième , 5 pouces sur 10, idem.
Pour la septième, 5 pouces sur 11, idem.
Pour la huitième, 5 pouces sur 12, idem.

Elles ont une ficelle à l'un de leurs bouts, qui sert à les suspendre au clou qui est à la table.
Les crayons sont ronds. Ils remplacent les plumes.
Les porte-crayons sont en fer-blanc. Ils facilitent l'emploi des crayons devenus trop courts pour être tenus dans les doigts.

Les frottoirs sont faits d'un morceau de lisière de drap. Ils servent à effacer les caractères tracés sur l'ardoise, et sous suspendus au clou qui est à la table.

Les bâtons de moniteurs sont longs de 2 pieds. Ils servent aux moniteurs pour la lecture. Ces bâtons sont accrochés, par une ficelle, à des clous plantés sur le devant du bureau du maître.

Les listes d'appel sont huit feuilles de papier, divisées en colonnes et collées sur de petites planches. Elles servent à inscrire le nom des élèves de chaque classe. Elles sont placées contre le mur, en face du télégraphe.
Les registres sont au nombre de cinq. On rendra compte de leur usage dans la quatrième partie de ce précis.
Les marques de premier sont de petits morceaux de carton ornés, sur lesquels est collé un papier imprimé, qui porte en gros caractères le mot premier. Il sert à récompenser le mérite dans les exercices de lecture et d'arithmétique autour du cercle.

Les billets sont imprimés sur de petites cartes. Ils portent l'énoncé de leur valeur. Il y en a de trois sortes: billets d'examen, valant 10 centimes; billets de moniteur, valant cinq centimes; billets d'élève, valant 1, 2, 3, 4, 5 et 6 parties d'un sou. Ils sont distribués, chaque jour, aux moniteurs qui font bien leur devoir, et aux élèves qui ont conservé jusqu'à la fin de l'exercice la marque de premier.

Les écriteaux de punition sont de petites planches de 8 pouces de long sur 6 de haut, sur lesquelles sont collées des feuilles de papier, portant en gros caractères: paresseux, bavard, inattentif, joueur, etc. Au moyen d'une ficelle qui y est attachée, on les passe au cou des enfants qui ont commis quelque faute: ils les gardent tout le temps de la séance. Les lettres aux parents sont imprimées. On en verra l'usage dans la quatrième partie.

DEUXIÈME PARTIE.
De l'enseignement.

Division du temps. L'emploi de la journée est divisé en deux séances. La première, qui commence à neuf heures da matin, et finit à midi; la deuxième, qui dure depuis deux heures après midi jusqu'à quatre heures pendant l'hiver, et dans l'été jusqu'à cinq.

Les trois heures de la première séance sont ainsi distribuées : Appel et prière, 15 minutes; depuis 9 heures jusqu'à 9 heures un quart. Premier exercice d'écriture, 15 minutes; depuis 9 heures un quart jusqu'à 9 heures et demie. Exercice de lecture, 45 minutes; depuis 9 heures et demie jusqu'à 10 heures un quart. Deuxième exercice d'écriture, 90 minutes; depuis 10 heures un quart jusqu'à 11 heures 3 quarts. Lecture des moniteurs, 15 minutes; depuis 11 heures 3 quarts jusqu'à midi.

Les deux heures de la deuxième séance sont réparties comme il suit: Appel, 10 minutes; depuis 2 heures jusqu'à 2 heures 10 minutes. Premier exercice d'écriture, 15 minutes; depuis 2 heures 10 minutes jusqu'à 2 heures 25 minutes. Exercice-de lecture, 45 minutes; depuis 2 heures 25 minutes jusqu'à 3 heures 10 minutes. Exercice d'arithmétique, 30 minutes; depuis 3 heures 10 minutes jusqu'à 3 heures 40 minutes. Lecture des moniteurs, 15 minutes; depuis 3 heures 40 minutes jusqu'à 3 heures 55 minutes. Prière, 5 minutes; depuis 3 heures 55 minutes jusqu'à 4 heures.

En été, l'arithmétique dure une heure et demie; les autres exercices ne varient pas.
Dans toutes les saisons, pendant que les enfans des quatre dernières classes s'occupent de l'arithmétique, ceux des quatre premières restent sur leurs bancs pour écrire.
Tous les enfans d'une école élémentaire sont divisés en huit classes pour l'écriture et la lecture, et en dix pour l'arithmétique.

Arrivée dans le préau. Les élèves s'assemblent dans le préau à 9 heures moins un quart le matin, et à 2 heures moins un quart l'après-midi, pour attendre l'ouverture des portes.

Entrée dans l'école. A 9 heures précises, ils entrent en ordre, et vont se ranger dans leurs bancs, sans tumulte et sans confusion,

Appel. A 9 heures 5 minutes, les portes sont fermées; l'appel est fait; les présens sont marqués sur les listes dont nous avons parlé, et les absens sont notés et privés de l'instruction pendant la séance.
Prière. Elle est faite à haute voix par un moniteur-général; les enfans sont à genoux derrière leurs bancs, l'écoutent, la suivent avec recueillement, et répètent en choeur, verset par verset, le Veni Creator.

CHAPITRE 1er. - Écriture.

1ère Classe. Les enfans, avec l'index de la main droite, tracent sur le sable les lettres de l'alphabet dans toutes sortes de caractères, d'après les tableaux de cette classe, où elles se prouvent tantôt dans leur ordre natutrel, tantôt classées et groupées de manière à en faciliter l'étude.

2e Classe. Ils écrivent sur l'ardoise, d'après les tableaux de cette classe, des syllabes de deux lettres, qui leur sont dictées par le moniteur. Quand elles ont été corrigées par le même moniteur, les enfans passent le frottoir sur l'ardoise, puis recommencent.

3e Classe. Ils écrivent des syllabes de trois lettres. Cette classe et les suivantes font les mêmes exercices que nous venons de décrire.

4e classe. Ils écrivent des syllabes de quatre lettres.

5e Classe. Ils écrivent des mots entiers, mais d'une seule syllabe.

6e Classe. Ils écrivent des mots de deux et trois syllabes.

7e Classe. Ils écrivent des mots de trois, quatre et cinq syllabes.

8e Classe. Ils écrivent les mêmes mots que les enfans de la septième classe ; mais, à des jours donnés, ils écrivent avec de l'encre sur le papier.

CHAPITRE II. - Lecture.

Les enfans, par pelotons de neuf, sous la conduite du moniteur, sont rangés autour du demi-cercle. ( Voyez 1ère partie, chapitre II.)

Le moniteur, placé en dedans, indique de son bâton, sur le tableau suspendu au mur, la lettre, la syllabe ou le mot qu'il faut lire. L'exercice commence.

1ère Classe. Les enfans nomment les lettres de l'alphabet.

2e. Classe. Ils épellent des syllabes de deux lettres. C'est dans cette classe qu'ils commencent à faire l'épellation par coeur. Le tableau retourné, le moniteur interroge. Il dit, de: le premier enfant répond, d, et Le second, e, d-e.
3e Classe. Ils épellent des syllabes de trois lettres, et font aussi l'épellation par coeur. Exemple: le moniteur dit, bla, le premier enfant répète, b; le second, l; le troisième, a, b-l-a.

4e Classe. Ils épellent des syllabes de quatre lettres. Ils font, comme dans les classes précédentes, l'épellation par cœur, avec cette différence, que les enfans commencent par dire la syllabe, puis ils la décomposent en prononçant toutes les lettres. Exemple: le moniteur dit, loup, le premier enfant répète, loup, en faisant sentir le p, puis loup, l-o-u-p. Cet exercice peut aussi se faire par plusieurs enfans, comme dans les classes précédentes.

5e Classe. Les enfans épellent des mots de deux et trois syllabes, mais ils reprennent la prononciation ordinaire. Ils lisent de petites phrases composées de mots de deux syllabes séparées. L'épellation par coeur se fait, dans cette classe, de cette manière: le moniteur dit, sermon: le premier enfant répète, sermon, en appuyant sur chaque syllabe; le second dit, s-e-r, ser; le troisième, m-o-n , mon , s-e-r-m-o-n. C'est ici que commence un nouvel exercice. Pour former la mémoire des enfans, le moniteur retourne le tableau, et dit le premier mot d'une phrase que chacun achève à son tour.

6e Classe. Le matin, on y épelle par coeur des mots de trois et quatre syllabes, de la même manière que dans les classes précédentes; et le soir, on lit des phrases composées de mots d'une, deux et trois syllabes. Cette distinction du matin et du soir a lieu dans toutes les classes suivantes.

7e Classe. Les enfans s'exercent encore le matin sur l'épellation par coeur ; ils lisent des phrases imprimées en petits caractères, et dont les syllabes ne sont plus séparées, et ils répondent par coeur aux demandes du catéchisme.

8e Classe. Les exercices de cette classe sont à-peu-près les mêmes, et se font de la même manière que dans la précédente, excepté que les enfans qui la composent, lisent dans des livres imprimés avec des caractères fins, et que les réponses qu'ils font par coeur, soit sur le catéchisme, soit sur d'autres livres de religion et de morale, sont plus longues et plus difficiles.

CHAPITRE III. - Arithmétique.

On se sert, dans l'étude de l'arithmétique, des deux moyens que nous venons de décrire: tantôt on voit les enfans écrivant une règle, assis sur les bancs, comme pour l'écriture; tantôt on les entend s'exercer autour des demi-cercles, comme à la lecture.

Il y a dix classes d'arithmétique, qui se composent des enfans des cinquième, sixième, septième et huitième. classes d'écriture et de lecture.

1ère Classe. Les enfans y apprennent à tracer les chiffres et à retenir leurs combinaisons, en les écrivant sur l'ardoise, comme pour l'écriture, excepté que l'ardoise est tournée de l'autre sens, la ficelle en haut; puis ils vont à l'entour des demi-cercles, comme pour la lecture, où ils lisent une règle sur le tableau placé devant eux.

2e Classe. Ils y font l'addition simple, de trois manières :
1° En écrivant, assis devant les tables, sous la dictée du moniteur, l'opération entière comme elle est écrite sur les tableaux d'arithmétique.
2° En lisant et en écrivant, placés autour du demi-cercle, la même opération qu'ils se dictent eux-mêmes. Exemple: le premier enfant indique le numéro 1 du tableau, tous ses condisciples l'écrivent. Le second dicte : premier nombre, 3202, composé de 3, 2, 0, 2 ; chacun l'écrit à mesure sur le côté uni de l'ardoise. Le troisième dicte de même: deuxième nombre, 2310, composé de 2, 3, 1 , 0. Le quatrième dit : troisième nombre , 1246, composé de 1, 2, 4, 6 ; puis il ajoute : tirez deux barres. Le moniteur inspecte les ardoises, s'assure si les sommes sont bien portées, et l'opération continue. Le cinquième enfant lit sur son ardoise : première colonne, 6 et 2 font 8 ; je pose 8 sous le 6. Tous les enfans écrivent ce nombre entre les, deux lignes. Le sixième dit à son tour : deuxième colonne, 4 et 1 font 5, je pose 5 sous le 4. Le septième : troisième colonne, 2 et 3 font 5. Le huitième, et 2 font 7, je pose 7 sous le 2.
Le neuvième: 1 et 2 font 3. Le premier reprend: et 3 font 6; je pose 6. Le deuxième dit le total 6758. Ils ajoutent: six; mille sept cent cinquante-huit; Tous les chiffres posés, le moniteur visite les ardoises: si toutes portent pour somme 6758, il passe à une autre règle; s'il trouve une erreur, celui qui l'a commise descend d'un rang, il corrige l'ardoise, puis il la fait effacer.
3° En faisant la même règle par coeur, le tableau retourné par le moniteur, il dicte, etc. Cette opération se fait de la même manière que la précédente, excepté que ce ne sont plus les élèves qui dictent, mais le moniteur.
Ces trois exercices ont lieu dans toutes les classes suivantes :

3e Classe. Les enfans qui la composent font l'addition décimale et complexe.

4e Classe. Ils font la soustraction simple.

5e Classe. La soustraction décimale et complexe.

6e Classe. La multiplication simple.

7e Classe. La multiplication décimale et complexe.

8 e Classe. La division simple.

9e Classe. La division décimale et complexe.

10e Classe. Il n'y a plus de règles déterminées pour cette classe. Il est très-rare que les enfans restent assez long-temps à l'école pour y parvenir. Quand il s'en trouve, ils apprennent, sous la surveillance du maître, les fractions, les règles de trois, de compagnie, etc.

TROISIÈME PARTIE.
De l'instruction inusuelle.

On a vu, dans la première partie, les rouages pris isolément ; dans la seconde, on les a vus en mouvement. Maintenant, il faut s'occuper du moteur qui les fait agir.

Des moniteurs en général. Les moniteurs sont des enfans choisis par le maître, parmi les plus savans de l'école, pour instruire leurs condisciples. Ils sont au nombre de vingt, savoir : deux moniteurs-généraux pour l'ordre et l'écriture, un moniteur-général pour l'arithmétique, un moniteur-général pour la lecture, et seize moniteurs de classes (Les moniteurs sont distingués par une médaille qu'ils portent à la boutonnière, pendant la durée de chaque séance. Ces médailles ont toutes la tête du roi, d'un côté; celles des moniteurs-généraux, qui sont en argent, ont sur le revers les mots: ordre, lecture ou arithmétique; et celles des moniteurs de classes, qui sont en bronze, ont un numéro depuis 1 jusqu'à 8, pour désigner la classe qu'ils dirigent. Ces marques de distinction ont un double avantage, celui d'inspirer aux élèves plus de respect pour les moniteurs, et de leur donner le désir de bien faire, afin de mériter, par leur application et leur bonne conduite, d'être honorés un jour de cette décoration.
La dépense de ces médailles ne s'élève pas à plus de trente francs pour une école complète. Elles se trouvent chez L. Colas, libraire, rue du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice, à Paris.).

Bien entendu que, si, dans une école nouvelle, les huit classes n'étaient pas formées, il n'y aurait que deux moniteurs pour chaque classe existante.

En outre de ces moniteurs, il y en a d'autres encore qu'on nomme moniteurs de lecture ou moniteurs temporaires: ils sont pris dans la huitième classe, et désignés chaque jour pour diriger neuf enfans à la lecture; mais, leur qualité cessant avec leurs fonctions, ils ne sont pas réellement moniteurs. Il y a encore une autre espèce de moniteurs, qu'on peut appeler moniteurs adjoints: ils sont nommés dans le cas où une classe d'écriture serait composée de plusieurs bancs. Alors, le moniteur de cette classe choisit lui-même les plus forts de ses élèves pour corriger les rangs qui viennent après le sien; mais, ces moniteurs adjoints, quoique placés à la tête de leurs bancs, ne répètent pas les commandemens: ils les exécutent comme les autres élèves. Leurs fonctions se bornent à la correction des ardoises, lorsque les leurs ont été vues par le moniteur.

Les moniteurs-généraux sont les subdélégués du maître: ils commandent sous sa surveillance, aux autres moniteurs et aux élèves.

Les moniteurs ordinaires sont chacun à la tête d'une classe qu'ils inspectent et corrigent sous les ordres du moniteur-général. Chacun de ces moniteurs-généraux ou particuliers n'est en fonction qu'une partie de la séance; le reste du temps, il écrit à la huitième classe.

Devoirs des moniteurs. Le moniteur-général, pour l'ordre, arrive dans la salle à huit heures et demie le matin, et à une heure et demie l'après-midi, s'occupe à choisir et à placer les tableaux qui doivent servir à la dictée dans chaque classe d'écriture.

Les huit moniteurs-particuliers entrent dans l'école à neuf heures moins un quart; ils taillent les crayons, visitent les ardoises, remplacent les frottoirs qui manquent, et se mettent ensuite chacun à la tête de sa classe.

Entrée dans l'école. A neuf heures précises, les portes sont ouvertes. Chaque moniteur monte sur le banc, auprès de son télégraphe.

Appel. Chaque moniteur prend le tableau d'appel, qui est suspendu au mur, en face du télégraphe; il en fait la lecture, il marque les présens, ensuite il remet le tableau à sa place, et va communiquer le résultat au maître. Le moniteur général, d'après le nombre d'élèves présens, nomme les moniteurs de lecture.

Prière. A un coup de sonnette donné par le maître, tous les enfans se mettent à genoux; le moniteur-général, placé sur le bord de l'estrade, récite la prière à haute voix; quand elle est achevée, il entonne le Veni Creator.

CHAPITRE 1er. - Écriture.

Exercices préparatoires. A un second coup de sonnette, tous les enfans sont debout. Le moniteur-général commande: Entrez dans vos bancs. Au mot entrez, les enfans posent avec bruit la main droite sur la table, et en même temps ils passent la jambe droite dans le banc. Aux mots dans vos bancs ils passent la jambe gauche, et s'asseyent en face de leur ardoise.

Les moniteurs des classes tirent les crayons de leurs tiroirs et les distribuent.

Le moniteur-général commande : Mains sur les genoux.

Ce commandement exécuté, il continue: Mains sur table. Pour que cet exercice soit bien fait, il faut qu’on n'entende qu'un seul coup.

Prenez les ardoises. Au mot prenez, les enfans portent la main droite à la ficelle qui sert à suspendre l'ardoise au clou qui est devant eux, et de la gauche ils saisissent l'ardoise par le milieu. Au mot ardoises, ils la détachent et la posent sur la table, en la tenant élevée horizontalement avec les deux mains, les pouces en dessous.
Nettoyez les ardoises. Au mot nettoyez, ils posent la main gauche sur la table, et portent la droite à la bouche. Au mot ardoises, ils descendent la main droite sur l'ardoise, et la frottent; puis ils l'essuient avec le frottoir.
Montrez les ardoises. Au mot montrez, ils croisent le bras droit sur le bras gauche, en prenant l'ardoise par les deux coins d'en haut. Au mot ardoises, ils décroisent les mains sans quitter l'ardoise, en mettant les pouces en dessous pour la soutenir horizontalement.

Moniteurs, inspectez. Chaque moniteur visite l'ardoise de ses adjoints, sil en a; puis il retourne visiter celles des enfans de son rang, tandis que les adjoints font la même opération dans les leurs. Ils veillent à ce qu'elles soient bien nettoyées. Au bruit de la sonnette, ils retournent à leurs places.
Baissez les ardoises. Au mot baissez, ils posent l'ardoise sur leurs pouces. Au mot ardoises, ils l'appuient fortement sur la table, en retirant leurs pouces; ce qui occasionne un bruit qui doit être fait ensemble.

Exercice pour l'écriture. Le moniteur-général dit : Huitième classe, commencez.
Le moniteur de la huitième classe dicte un mot, qu'il lit sur le tableau d'écriture suspendu au porte-tableau. Il épelle de la manière suivante. Exemple : amabilité ; a; ___ m, a, ma; __ b, i, bi; __ l, i, li;___t, é, té; amabilité. Aussitôt qu'il a fini, le moniteur de la septième classe lit un autre mot dicté de la même manière; ensuite celui de la sixième en fait autant; les autres continuent en suivant, pour la dictée, la gradation des classes.

Cet exercice se fait sans interruption, jusqu'à ce qu'il y ait six mots ou six syllabes écrits sur chaque ardoise.
Alors, les moniteurs tournent leur télégraphe du côté des lettres EX, et le moniteur-général donne un coup de sonnette pour faire mettre les mains sur les genoux. Il dit ensuite Mains sur table; montrez___ardoises; Moniteurs, inspectez, ( Ils corrigent les lettres mal formées ); baissez ___ardoises; nettoyez____ardoises; montrez___ardoises; moniteurs, inspectez, ( ils s'assurent qu'elles sont bien nettoyées ).
Huitième classe, commencez. L'exercice que nous venons de décrire recommence jusqu'à l'heure de la lecture.
Première classe. Le moniteur de la première classe ne suit pas les commandemens du moniteur-général pour les exercices de sa classe. Aussitôt qu'une lettre a été tracée sur le sable blanc et très-sec, il en nomme une autre par les commandemens suivans :

Mains sur les genoux. Alors, il unit le sable avec le rabot. (Voyez 1a 1ère partie, chapitre III. )
Préparez-vous. Les enfans portent leur main droite sur le rebord de la table, en tenant l'index allongé, et les autres doigts fermés.

Faites la lettre. Aux mots faites la lettre, les enfans posent l'index sur le sable, en touchant le liteau qui leur est opposé. En même temps, le moniteur la montre, du bout de son bâton, sur le tableau qui est devant eux. ( Voyez 1ère partie, chapitre III. )

Au nom de la lettre, les enfans la tracent sur le sable, en cherchant à imiter celle qu'ils voient.
Quand ils ont fini, le moniteur corrige en passant devant les élèves, promène de nouveau le rabot, et recommence le même commandement.

Quand l'exercice de l'écriture est terminé, avant de passer à la lecture, le moniteur-général commande :
Moniteurs, chantez. Aussitôt il cède sa place à son collègue, les moniteurs de classes en font autant, et vont se placer à la huitième classe.

Ces nouveaux moniteurs ne rempliront pas leurs fonctions à présent, puisque l'on a cessé d'écrire, mais ils seront tout prêts quand cet exercice recommencera, après la lecture.

Le moniteur-général, nouvellement installé, dit : Pendez ardoises. Au mot pendez, les enfans, de la main gauche, tiennent l'ardoise par le milieu, et, de la droite, ils saisissent la ficelle. Au mot ardoises, ils la suspendent au clou.

Moniteurs, prenez crayons. Les moniteurs reprennent le crayon de chaque élève; ils les enferment dans le tiroir de leurs tables.

CHAPITRE II. - Lecture.

Exercices préparatoires. Le moniteur-général de lecture commande: Moniteurs de lecture, sortez des bancs. Les enfans qui ont été désignés pour être moniteurs de lecture, au mot sortez, tournent sur eux-mêmes, en posant la main gauche sur la table qui est devant eux, et la droite sur celle qui est derrière. Au mot bancs, ils se soulèvent eu passant les jambes.

Allez. Ils vont en ordre prendre les bâtons de moniteurs et les marques de premiers qui sont sur l'estrade; ils retournent ensuite se ranger contre le mur, chacun vis-à-vis la classe qu'il doit mener au cercle.

Le moniteur-général continue le commandement et dit Sortez des bancs. Les enfans exécutent ce commandement de la même manière que viennent de le faire les moniteurs.
Mains sur le dos___Allez. Les enfans sortent des rangs. Chaque moniteur se met à la tête d'un peloton de neuf, qu'il conduit en ordre autour du cercle de lecture, dans le milieu duquel est suspendu à la muraille le tableau de lecture de sa classe. Après avoir baissé le cercle, il fait placer les enfans autour, passe lui-même en dedans, et, son bâton à la main, il attend l'ordre de commencer.

Exercice pour la lecture. Au signal donné par un coup de sonnette, chaque moniteur indique avec son bâton ce qu'il faut lire, selon la classe qu'il dirige. (Voyez IIème partie, chapitre II.) Il interroge par ces seuls mots: premier, suivant. Il ne reprend jamais la faute; mais il passe à l'enfant qui vient après, en disant : suivant. Si ce dernier relève l'erreur, il lui fait prendre la place de celui qu'il a corrigé, et il fait redire à l'enfant qui s'est trompé, la phrase, le mot, la syllabe ou la lettre qui a causé sa disgrâce, afin de les lui mieux graver dans la mémoire. Si le deuxième enfant interrogé ne relève pas la faute, le moniteur passe au troisième, au quatrième, etc., jusqu'à ce qu'un autre la trouve. Alors, c'est ce dernier qui prend la place du premier qui a commis l'erreur, et tous ceux qui ont manqué, reprennent ce qu'ils ont mal dit. Si personne ne dit bien, il fait la correction, et recommence un autre tour.

Quand le premier fait une faute, le moniteur lui retire sa décoration, et il en pare l'enfant qui l'a relevée.
Epellation par coeur. A un autre coup de sonnette, chaque moniteur détache son tableau, le retourne, accroche son bâton, à la place, et interroge sur une syllabe ou sur un mot, selon la classe qu'il dirige. ( Voyez IIème partie, chapitre II, 2ème classe et suivantes.) Comme dans l'exercice précédent, le moniteur fait prendre la place de l'enfant qui se trompe à celui qui le reprend.

Lecture par coeur. Le tableau retourné comme ci-dessus, le moniteur lit le commencement d'une phrase; l'enfant qu’il interroge est tenu de l'achever.

CHAPITRE III.

Exercices pour l'arithmétique. L'arithmétique est enseignée, de deux manières, comme il a été dit plus haut.
Les commandemens et les devoirs des moniteurs étant les mêmes que dans l'écriture et la lecture, on croit inutile de les répéter ici: on se bornera à renvoyer les lecteurs aux premier et deuxième chapitres de cette troisième partie.

Exercices après la lecture et l'arithmétique. A un coup de sonnette (On peut remplacer la sonnette par un sifflet ; mais la sonnette est préférable.), la lecture cesse. Le moniteur général d'ordre, placé sur l'estrade du maître, commande: Préparez-vous. Le moniteur reprend son bâton, relève le cercle, fait ranger les enfans par ordre, en tenant le premier par le bras.

Allez. Le moniteur, à la tête de son peloton, reconduit les enfans à leurs bancs, retire la décoration du premier, après que le moniteur-général de lecture l'a inscrit sur une ardoise, qu'il porte ensuive sur le bureau du maitre.
Moniteurs de lecture, allez. Les moniteurs vont en ordre reporter les bâtons et les marques des premiers, puis ils retournent à leurs bancs dans le même ordre.

Entrez dans vos bancs (On fait les mêmes exercices pour entrer dans les bancs après l'arithmétique.)
(Voyez l'exécution de ce commandement, page 643.)
___Moniteurs, distribuez les crayons.
Sortie de l'école. Le moniteur-général commande : Moniteurs, changez, (cela s'exécute comme on l'a vu plus haut) ;

pendez_____ardoises; moniteurs, prenez les crayons; sortez des bancs; mains sur le dos; allez,
Chaque moniteur, à la tète de sa classe, fait marcher ses élèves en ordre, en frappant les pieds en cadence, et les conduit ainsi jusques dans le préau.

Prière. Le soir, après le commandement, sortez des bancs, on donne un coup de sonnette; les enfans se mettent à genoux, et le moniteur-général récite la prière à haute voix. Quand elle est terminée, il entonne le Domine, salvum fac Regem, que les enfans répètent en choeur ; ensuite il dit : Mains sur le dos_____Allez. La sortie s'exécute comme on vient de le voir.

Les commandemens dont on vient de rendre compte, peuvent se remplacer par des gestes ou signaux. Cette manière de commander a peut-cètre l'avantage de mieux captiver l'attention des enfans.
Pour que ces signaux soient facilement compris par les élèves, il est nécessaire qu'ils aient toujours de l'analogie avec les mouvemens qu'on veut faire faire. Par exemple, pour les commandemens suivans :
Prenez___ardoises. Il faut étendre le bras, baisser la main et la relever vivement.
Baissez____ardoises. Présenter les mains, les pouces en dessous, et les baisser ensemble.
Mains sur les genoux. Les porter ensemble sur les deux cuisses.
Nettoyez___ardoises. Porter la main droite à la bouche, et la baisser en l'agitant, comme si l'on frottait quelque chose.
Montrez___ardoises. Croiser d'abord les mains, puis les décroiser avec vitesse.
Mains sur table. Placer horizontalement la main droite, et la baisser par une secousse.

Moniteurs, inspectez. Désigner du doigt les moniteurs, et faire un signe de la main.
On ne décrira pas les autres commandemens; ces exemples suffisent: on se bornera seulement à observer que tous les signaux doivent être faits en deux temps, et d'une manière distincte.

QUATRIEME PARTIE.
Des devoirs du maître.

Dans les trois premières parties de ce précis, on a vu l'ensemble de l'instruction mutuelle: maintenant, on va s'occuper des devoirs du directeur de l'école. Son secours n'est pas nécessaire pour l'enseignement; mais ses fonctions n'en sont pas moins importantes.

CHAPITRE 1er - Surveillance.

Elle doit s'étendre jusqu'aux plus petits détails de l'école.

Sur les moniteurs. Des enfans qui commandent à d'autres enfans, et qui ont le droit de les punir, quelque légères que soient les punitions, sont quelquefois tentés d'étendre leur pouvoir: aussi le maitre doit-il surveiller principalement les moniteurs. A la moindre faute, soit pour avoir commis une injustice, soit pour être inexact, distrait dans ses fonctions, etc., il le casse ou le suspend, selon la gravité de la faute.

Sur les élèves. Pour s'assurer de la capacité des enfans, il doit faire, de temps en temps, un examen sévère de chaque classe, afin de ne pas faire perdre le temps dans des classes inférieures à celui qui est capable de passer dans une autre plus avancée.

Pendant les exrcices. Il doit se promener dans toute la salle, et s'arrêter tantôt devant une classe, tantôt devant une antre, pour exciter l'émulation; mais la classe qu'il doit principalement encourager, c'est la huitième, sur-tout lorsque les enfans qui la composent copient sur le papier des modèles d'écriture cursive.

C H A P I T R E II. - Administration.

En outre des fonctions dont on vient de parler, le maître a encore d'autres soins à prendre pour l'administration de l'école, Il tient à cet effet cinq registres.
Le grand livre de l'école, ou registre d'inscription. Il contient le nom de tous les enfans qui composent l'école, avec leur âge, le nom, la profession et l'adresse de leurs parens, la date de leur entrée et celle de leur sortie, l'époque de leur avancement; de manière qu'on peut voir, dans une seule ligne, ce que l'enfant savait à son arrivée, cc qu'il sait à sa sortie, et le temps qu'il a mis à l'apprendre.

Ce registre se renouvelle tous les ans. On reporte seulement sur le registre nouveau les noms des enfans présens, sans faire mention de ceux qui sont sortis pendant l'année précédente.

Registre d'appel. Ce registre, de forme oblongue, est partagé en deux grandes colonnes dans sa longueur, une pour le matin, l'autre pour le soir, et en huit dans sa largeur, pour désigner le nombre d'enfans présens ou absens dans chaque classe.

Il est nécessaire au maître pour la nomination des moniteurs de lecture.

Registre de comptabilité. Il sert à inscrire toutes les sommes que le maître reçoit, soit du gouvernement, soit de la société ou des fondateurs particuliers. Il y inscrit également les dépenses qu'il fait pour le paiement des billets ou pour quelque autre achat ordonné.

Registre d'inscription. Ce registre est destiné à inscrire le nom et l'adresse des enfans qui viennent se présenter quand l'école est remplie, afin qu'un puisse les prévenir aussitôt qu'il se trouve une place vacante.

Registre des visiteurs. Comme personne ne peut être admis à assister aux séances, qu'il ne soit porteur d'une lettre d'un membre de la société, ce registre sert à inscrire le nom du visiteur et du sociétaire signataire de la lettre.

Listes d'appel. Tous les mois, le maître fait une liste pour chaque classe, des enfans qui la composent. Ces listes sont conçues de manière à ce qu'on puisse marquer chaque enfant présent, en une seule ligne pour tout le mois, le matin par un trait transversal, et le soir perpendiculaire, de sorte que la présence aux deux séances forme un +.
L'enfant qui manque une séance, est marqué sur la liste d'appel, et perd son droit à la récompense mensuelle. Cette récompense donnée à l'exactitude, est un billet d'examen valant dix centimes.

Lettres aux parens. S'il arrive qu'un enfant reste plusieurs jours sans venir a l'école, le maître écrit aux parens pour en savoir la cause.

Ces lettres sont imprimées. Il les envoie par un moniteur.

CHAPITRE III. - Discipline.

A la fin de chaque séance, le moniteur-général lit à haute voix la liste des enfans qui ont rempli exactement leurs devoirs pendant les exercices; il nomme ensuite ceux qui ont commis quelque faute. Les uns et les autres sortent de leur banc à mesure qu'ils sont appelés, et viennent sur l'estrade recevoir du maître la récompense ou la punition qu'ils ont méritée.

Récompenses. Le maître distribue des billets dont la valeur est d'un centime environ, à tous les enfans qui ont été premiers, et a ceux qui se sont distingués par leur application.

Tout moniteur a droit à un billet de cinq centimes par jour, à moins qu'il n'en soit privé pour une faute, quelque légère qu'elle soit, si elle est réitérée.

Les élèves qui ont mérité de l'avancement, reçoivent un billet d'examen, dont la valeur est de dix centimes.
Punitions. Si le maître laisse aux moniteurs la faculté de noter les fautes légères, et de signer les coupables en leur passant au coup l'écriteau de paresseux, bavard, etc. , il se réserve le droit d'infliger les peines. Elles sont proportionnées au nombre d'écriteaux que l'enfant a mérité.

Quelquefois il fait rester les coupables à travailler pendant la récréation; et, dans ce cas, il choisit parmi eux un enfant qui sert de moniteur.

Une autre fois, il leur attache un signe de mécontentement, tel qu'une langue rouge, des oreilles d'âne, etc., et les expose ainsi aux regards des visiteurs pendant une partie de la séance suivante.
Les fautes punies par un ou plusieurs écriteaux, sont rachetables par autant de billets.

Si quelque délit grave a été commis, le maître institue, pour juger le coupable, un conseil de famille, formé de moniteurs et d'élèves.

Toute autre manière de punir est proscrite.

Révision. Pour s'assurer si les écriteaux sont justement distribués, le maître écoute les plaintes des réclamans, interroge les voisins de l'élève pour connaître la vérité. Si le moniteur a commis un acte arbitraire, il est privé de son billet; mais si la réclamation est faite à tort, l'enfant est puni plus sévèrement qu'il ne l'aurait été, s'il n'avait pas porté plainte.

Police. Comme personne ne doit entrer ni sortir de l'école pendant la séance, le maître nomme chaque jour, pour servir de portier, un élève différent pris dans la huitième classe; mais, afin qu'il ne perde pas entièrement son temps, on lui confie un livre dans lequel il peut s'instruire sur la religion ou la morale.
Le portier n'admet aucun visiteur qu'il n'en reçoive l'ordre du maître.

Avis aux maîtres destinés à créer une école d'enseignement mutuel.

Quoiqu'on ait pris pour base les proportions d'une école de cinq cents élèves, il ne faut pas qu'on s'imagine que la méthode ne peut s'appliquer qu'à un nombre considérable d'enfans: un des grands avantages sans doute qu'elle présente, est de pouvoir en instruire beaucoup à la fois; mais ce ne serait pas une raison de l'exclure, parce qu'on n'aurait pas assez d'enfans pour former une école très-nombreuse. Le maître qui ne réunirait que cinquante élèves, peut mettre la méthode en pratique, d'une manière aussi fructueuse que celui qui en aurait mille dans son école.

On vient de voir, dans le cours de ce précis, que les devoirs du maître se bornent à une surveillance soutenue et au maintien de l'ordre; mais, si sa tâche est facile à remplir dans une école en activité, elle l'est un peu moins dans une école qu'il est appelé à établir. On va lui donner quelques avis pour aplanir les difficultés qu'il pourrait éprouver.

Les véritables instructeurs dans l'enseignement mutuel étant les moniteurs, le maître doit donc d'abord s'occuper à former les siens. Pour y parvenir, il choisira parmi ses futurs élèves, ceux qui seront les plus instruits et les plus intelligens; il leur fera connaître les devoirs des élèves et des moniteurs, en mettant toujours la pratique à côté du précepte.

Il commencera par les placer dans le banc de la première classe; et, après leur avoir montré tous les tableaux , et leur avoir fait faire les exercices de cette classe, il leur fera remplir à tous, l'un après l'autre, les fonctions de moniteurs.

Il répétera la même opération pour la seconde classe et les suivantes, en ayant soin de s'arrêter à celle qui serait au-dessus de la force de ces moniteurs futurs. Si aucun d'eux , par exemple, n'est capable de lire les tableaux de la cinquième classe, il ne formera que quatre classes d'abord, et il attendra, pour former les autres, que les progrès des enfans le permettent; mais il n'en ouvrira pas moins son école, en distribuant ses élèves dans les quatre classes pourvues de moniteurs.

Dès que les moniteurs seront instruits, le maître admettra les enfans à l'école, vingt par vingt, chaque jour; il les examinera avec soin, et les fera placer dans la classe à laquelle chacun pourra prétendre. C'est ici le cas d'observer que la formation des classes doit toujours se faire d'après le degré d'avancement dans la lecture, et jamais dans l'écriture.

On terminera cette dernière partie en rappelant au maître qu'il dirige une école d'enfans dont la plupart sont destinés à exercer des métiers ou des professions laborieuses. Il ne doit donc pas se borner à enseigner à ses élèves la lecture, l'écriture et le calcul ; mais il doit sur-tout leur donner l'habitude de la régularité dans les moindres mouvemens, de l'aplomb et de la réflexion dans tous leurs exercices, en leur répétant souvent ce grand principe : Faites ce que vous faites.

Il parviendra, par-là, à rendre les enfans qui sortiront de son école, bien plus propres que d'autres à manier le rabot du menuisier, à passer la navette du tisserand, etc., comme l'expérience l'a déjà démontré depuis nombre d'années dans tous les pays où cette méthode est en vigueur.

Collationné par nous, secrétaire-général de la préfecture :
Le Comte De CRESSOLLES.

Document publié le 01-01-2004

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