UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - L'arrivée du préfet

tant à la suite des invasions étrangères, que par la grêle et l'intempérie des saisons, je confesse toute mon insuffisance, et sens combien mes forces sont disproportionnées à un pareil fardeau.

Néanmoins, enhardi par les bontés du monarque, confiant dans le concours des magistrats et la bienveillance de tous les habitans, j'entrerai dans cette noble, mais difficile carrière; je me dévouerai, sans relâche comme sans réserve, aux soins multipliés qui peuvent assurer le bonheur d'un peuple nombreux et digne de toute l'attention de son souverain. J'espère qu'on appréciera le mérite de mes efforts, non pas toujours sur le bien que j'aurai su faire, mais encore sur le mal que j'aurai pu éviter; et comme je puis me rendre le témoignage de la sincérité et de l'étendue de mon zèle, j'attends quelque retour de ménagement et d'indulgence.

La cessation et l'éloignement de nos discordes funestes doivent rendre l'administrateur à ses véritables et primitives fonctions. Ce n'est plus par une inquisition sur la conduite passée, par des épurations nouvelles et répétées, qu'il doit signaler son attachement au roi et son ardeur pour son service. Ces moyens, nécessaires dans les premiers momens d'une restauration, sont heureusement inutiles à présent, pour ne pas dire nuisibles. C'est à cicatriser toutes les plaies, qu'il doit tendre; c'est à réunir les esprits et les coeurs dans une même pensée, dans un même sentiment : l'affection pour le roi légitime, et l'attachement au gouvernement constitutionnel qu'il nous a donné.

Pour obtenir cet heureux résultat, il faut que chacun de ses pas, chacune de ses démarches prépare quelque bien, prévienne quelque mal; allège le fardeau des charges publiques, éveille l'industrie, embellisse les cités, fasse fleurir les campagnes: il faut plus encore; il faut que, par ses discours, par ses leçons, et sur-tout par son exemple, il rappelle dans les coeurs les sentimens d'honneur, de vertu, de religion, presqu'entièrement effacés; qu'il soit exact à surveiller et poursuivre les trames criminelles, fidèle à reconnaître et à célébrer les actions nobles et vertueuses.

Cette tâche, toute pénible, toute immense qu'elle paraît, perd cependant de sa difficulté sous un prince ami de ses sujets, et uniquement occupé de leur bonheur. Concourir à ses vues, suivre la direction qu'il nous trace, c'est opérer presqu'assurément le bien que notre devoir nous commande.

Plaise à Dieu que je puisse, par mes efforts constans pour atteindre à ce but, sinon vous faire oublier, au moins adoucir les regrets justement accordés à mon respectable prédécesseur, que son âge et ses longs services appellent à la retraite.

Nancy, le 26 septembre 1816.
Signé, SEGUIER.

Document publié le 01-01-2004

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