UFC Que Choisir de Nancy et environs

1873 - Le départ de l'armée allemande

Nancy, le 12 juillet 1873.
MONSIEUR LE MAIRE,

L'évacuation du territoire français par l'armée allemande d'occupation commencera dans quelques jours. Elle sera terminée le 2 août dans le département de Meurthe et-Moselle, à l'exception de la partie formant la route militaire de Metz à Verdun par Conflans, partie qui restera occupée jusqu'à l’évacuation défnitive, c'est-a-dire jusqu'au 5 septembre.

La présence de l'armée allemande a été supportée pendant trois ans avec résignation. Il est facile de comprendre quels sentiments de joie animeront les populations lorsque la délivrance s'effectuera. Mais il y aurait des inconvénients très-graves à ce que cette joie, bien naturelle, se traduisit par des fêtes et des démonstrations bruyantes.

Vos concitoyens ne peuvent manquer de comprendre, Monsieur le Maire, combien des réjouissances publiques seraient inopporturnes, après les malheurs que nous avons subis et lorsque leurs cruelles conséquences laissent notre patrie mutilée. Ils comprendront, en tout cas, que ces manifestations, dans lesquelles on ne reste pas toujours maître de ses impressions et de ses paroles, seraient peut-être de nature à provoquer des difficultés ou des complications que l'intérêt public nous commande de prévenir.

Engagez donc les habitants, Monsieur le Maire, à garder, durant les jours de l'évacuation et après, le calme qui convient à une nation éprouvée. Adressez, dans ce but, un pressant appel à leur patriotisme. Dites-leur surtout qu'il ne faut point s'exposer à aggraver, par des entraînements irréfléchis, la situation de la ville qui restera encore pendant deux mois la garantie de l'indemnité de guerre.

J'ai la ferme espérance que, grâce à l'influence de vos conseils, les citoyens de votre commune laisseront s'effectuer en silence le départ et le passage des troupes étrangères, quelque gênant ou quelque onéreux que ce passage puisse être pour eux. Qu’ils évitent avec un soin scrupuleux ce qui dégénérerait en conflits et troublerait l’ordre ! L’Etat de Siège subsistera jusqu’à la fin ; il importe que personne ne soit assez imprudent ni assez oublieux de son devoir pour exposer la population aux représailles que les allemands, en se retirant, pourraient malheureusement lui faire subir, si des faits fâcheux se produisaient. D’autre part, l’armée allemande quitte notre pays en rendant justice à sa dignité, en ayant pour nous l’estime inspirée par un peuple qui a su garder, pendant l’occupation, la tenue et le recueillement propres à ennoblir son honneur.

Qu’aucune occasion ne soit donnée de lui laisser emporter de nous une impression diférente.
Recevez, Monsieur le Maire, l’assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet :
H. DONIOL.

Document publié le 01-01-2004

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