UFC Que Choisir de Nancy et environs

1841 - L'émigration vers les amériques

Nancy, le 1er mars 1841.
Messieurs,

M. le Ministre de l'Intérieur me mande que des spéculateurs étrangers ont, depuis trois ou quatre ans, répandu dans plusieurs départements des prospectus ou des avis à l'effet d'engager les laboureurs et les journaliers des campagnes à se rendre dans certaines colonies d'Amérique, sous l'espérance trompeuse d'avantages qui ne se sont pas réalisés.

Des Français isolés, des familles entières formant un total de plus de 2000 personnes, abusés ainsi par de fausses promesses, après avoir vendu leurs meubles et tout ce qu'ils possédaient sur le sol natal, se sont embarqués pour l'île anglaise de la Trinité, où quelques-uns sont morts par l'effet du climat, et où le plus grand nombre ont été livrés à la misère et au désespoir.

Antérieurement, des spéculations du même genre avaient en lieu pour les anciennes colonies espagnoles, et tous ceux de nos nationaux qui avaient eu le malheur de céder aux sollicitations que leur avaient adressées des agents étrangers, et qui ont traversé les mers dans l'espoir de trouver la fortune ou des moyens d'existence plus assurés, se sont vus les victimes de leur aveugle confiance. Presque tous ont trouvé, sous ces climats brûlants, la mort ou l'indigence ; heureux ceux qui, par l'assistance des agents du Gouvernement français, ont pu revoir leur patrie.

Il est donc du devoir de l'administration de prémunir contre un malheur à peu près certain, ceux de nos concitoyens qui pourraient être portés, par ambition ou dans l'intérêt de leurs familles, à écouter des propositions qui sont uniquement l'effet d'une spéculation dont le succès est fondé sur leur ignorance, et dans laquelle on se propose, non des vues d'humanité, mais l'exploitation de leur indigence et leur isolement, lorsque arrivés sur la terre étrangère , ils sont privés de toute protection et de toute relation avec la mère patrie.

En conséquence, je vous invite, Messieurs, dans le cas où , par des prospectus ou des annonces quelconques, des agents de colonisation français ou étrangers chercheraient à déterminer des laboureurs, des ouvriers ou artisans à s'expatrier pour quelque partie que ce soit de l'Amérique, à m'en prévenir, à prémunir vos administrés contre les moyens de séduction qu'on pourrait faire valoir près d'eux, et à les détourner de suivre une destination qui, loin de leur être avantageuse, deviendrait pour eux une cause de ruine, de misère et de regrets.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.
Le Préfet de la Meurthe, L. ARNAULT.

Document publié le 01-01-2004

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