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1821 - Les courses de chevaux

Nancy, le 5 septembre 1821.

Messieurs, les nouveaux succès que les chevaux du département de la Meurthe ont obtenus aux courses qui ont eu lieu récemment à Strasbourg, ont fixé l'attention de M. le directeur du haras royal de Rozières, et il croit devoir profiter de cette circonstance, pour faire sentir aux cultivateurs l'utilité d'une institution tendant à l’amélioration des races de chevaux qui sont plus particulièrement susceptibles de fournir aux remontes de la cavalerie légère. Il ne propose point de substituer les prix de courses aux primes d'encouragement; il se prononce même pour préférer ce dernier moyen d'émulation; mais les croyant tous utiles, il présente celui des courses, comme ne pouvant avoir que des résultats avantageux.

Vous trouverez, à la suite de la présente circulaire, un extrait de la notice de M. le directeur du haras, sur l'institution des courses de chevaux. Veuillez, Messieurs les maires, en donner connaissance aux cultivateurs de vos communes, afin qu'ils se pénètrent bien des motifs d'utilité qui ont porté le gouvernement à joindre ce moyen d'encouragement à celui des primes qui se distribuent chaque année aux propriétaires des plus beaux poulains et des plus belles jumens.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Le maître des requêtes, préfet de la Meurthe, Le vicomte DE VILLENEUVE.


NOTICE sur l'institution des courses.
EXTRAIT.

Les jeux olympiques des Grecs, les courses des cirques de l'ancienne Rome, celles de l'Italie moderne, les tournois de nos ancêtres, les courses de chevaux de nos contemporains, soit à Newmartbet ou à Doucaster, soit au bois de Vincennes ou au Champ-de-Mars , soit même en Amérique, ont eu un autre motif que le divertissement ou la magnificence : c'est l'émulation. Leur utilité est prouvée par des exemples, dont on peut se convaincre sans aller fouiller à Herculanum: on les rencontre fréquemment chez nos voisins, même quelquefois chez nous. Il ne suffit pas de convenir, qu'à cet égard, ils ont maintenant un grand avantage sur nous; il faut reconnaître aussi l'efficacité des moyens qu'ils ont employés pour l'obtenir. II faut se rappeler que cette supériorité n’est pas d'ancienne date, et se persuader qu'elle ne sera pas de longue durée, si on le veut bien.

On sait que les peintures, les bas-reliefs, ou autres monumens qui rappellent les anciens chevaux anglais, offrent l'image de nos chevaux normands, et que, vers la fin du seizième siècle, la reine Elisabeth demandait à henry IV des chevaux français, bien plus pour améliorer les siens que pour en augmenter le nombre; on a vu, en dernier lieu encore, ces voisins rivaux enlever avec empressement nos belles jumens normandes, pour les constituer poulinières chez eux. On se souvient que le cheval arabe amené en Europe, au retour des croisades, eut des succès dans le Limousin, avant d'en marquer dans la Grande-Bretagne. Ces circonstances, quoique bien connues, demandent à être rappelées à quelques habitans de la Lorraine, qui, jusqu'ici, ont paru douter des bons effets que la France peut attendre aussi de l'institution des courses.

En en parlant, Bourgelat, l'homme classique des haras, a dit. « Par elles la race des chevaux a été totalement changée en Angleterre, et la race vile et méprisable, a qui avait précédé celle-ci, s'est entièrement évanouie. »

Le vulgaire peut ne pas concevoir promptement le but de ce spectacle, et considérer l'agilité des animaux qui donnent comme étrangère, ou même comme inutile à ceux qui l'emploie : cette opinion est erronée ; tout observateur attentif sentira facilement qu'un cheval ne peut courir qu'a raison de la force de ses reins et de ses jarrets; sa vitesse est toujours, et nécessairement, proportionnée au ressort, à l'élasticité de ces parties ; il ne peut soutenir la célérité de sa course que par une bonne haleine, d'une excellente organisation intérieure. S'il a ces qualités, il possède toutes celles qui constituent le bon cheval et qui doivent être recherchées dans un étalon.

De pareilles épreuves ne sont-elles pas plus sûres que l'examen le plus attentif du connaisseur le plus consommé ? Car on sait combien celui-ci est susceptible de s'égarer, quand il s'agit, même après l'inspection la plus scrupuleuse, de prononcer sur le caractère, le tempérament ou les différentes qualités intérieures qui constituent la force et le courage de l'animal. Pour me bien entendre, il faut être bien persuadé de l'influence de l'origine du cheval sur ses qualités; une fois ce principe admis, mes raisonnemens convaincront aisément.

L'institution des courses tend essentiellement, aussi, à propager les avantages de cette bonne origine, en stimulant l'éducation des animaux reconnus pour être les plus capables de la communiquer.
L'administration des haras royaux a fait, à cet égard, des réglemens très-favorables aux propriétaires qui sauront répondre à ses vues d'amélioration: elle a établi des prix. L'empressement avec lequel ils ont déjà été disputés dans plusieurs départemens, et particulièrement à Paris, donne lieu de penser qu'ils sont séduisans, et font espérer qu'ils produiront d'heureux effets.

La longue et constante application du même moyen, est la disposition la plus avantageuse pour assurer des succès. Cette observation qui est applicable à toutes les améliorations rurales, l'est sur-tout à celle qui concerne l'élève des chevaux, puisque chaque progrès, dans cette partie, n'est en général sensible qu'au bout de cinq ans.

Les courses de l'antiquité, comme celles de l'Angleterre, ont eu des commencemens faibles, et ce n'est que par gradation qu'elles ont eu de la célébrité; mais elles avaient été utiles bien avant d'avoir de la renommée. Voilà, je pense, le point où nous en sommes en France à cet égard; nous le dépasserons bientôt, si, entendant bien nos besoins comme nos ressources, nous savons profiter de bons exemples d'une part, et de l'autre de l'assistance du gouvernement dont la sollicitude est si marquée pour tout ce qui concerne l'agriculture.

En fixant provisoirement à Strasbourg les courses de l'est, le gouvernement crut récompenser les démarches et les frais considérables que le département du Bas-Rhin avait faits pour se mettre en mesure de profiter de cette faveur.
L'hippodrome fut tracé aux portes de Strasbourg, avec une sorte de magnificence, et sur un excellent plan, qui permit à une multitude d'alsaciens de voir courir leurs chevaux, cependant, vaincus par ceux du département de la Meurthe; ceux-ci ont parcouru la carrière déterminée par le règlement des courses, et fixée à 3078 toises, en sept minutes.
Ces mêmes chevaux de la Meurthe avaient eu, plus anciennement, dans le département de la Sarre, et, dans la même circonstance, les mêmes succès qu'ils ont obtenus, en dernier lieu, dans le département du Bas-Rhin. On se souvient qu'ils étaient ordinairement vainqueurs dans les courses que les anglais, prisonniers à Verdun, faisaient dans les environs de cette ville.

En résumé, je pense que l'institution des courses, et les soins qu'elle provoque, ne peuvent qu'être utiles et jamais contraires à la prospérité de la race des chevaux lorrains.

Document publié le 01-01-2004

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