UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - La spéculation alimentaire

Nancy, le 2 octobre 1816.

Messieurs, il est essentiel pour les intérêts du commerce et les besoins de la société, de favoriser les réunions consacrées aux échanges des produits industriels et territoriaux; il est surtout important de faciliter à vos administrés les moyens de se pourvoir des subsistances, que la majeure partie d'entre eux ne peuvent se procurer que péniblement, avec le produit de leur travail journalier, pendant toute une semaine.

C'est dans cette vue que les gouvernemens de tous les peuples policés ont établi des marchés pour fournir exclusivement aux besoins de la consommation journalière. Tolérer les achats qui se feraient au domicile des cultivateurs, serait s'exposer à perdre tous les avantages qui résultent d'une institution aussi ancienne qu'utile, contrarier les intérêts du commerce, et dénaturer les intentions bienfaisantes de S. M. , qui veut qu'on livre à la consommation les produits nécessaires à la subsistance de son peuple.

C'est pour obvier à cet abus, qui pourrait entraîner les plus graves inconvéniens, que je vous invite, Messieurs, à engager, de la manière la plus pressante, vos administrés à concourir à l'approvisionnement des villes voisines, qui ont leurs marchés établis, et dans lesquels ils trouveront, par les soins de l'autorité supérieure, sûreté et protection.

Je crois inutile de vous représenter ici, Messieurs, que les villes et notamment Nancy, ont puissamment concouru, pendant les temps les plus difficiles, à fournir aux communes rurales les vivres dont elles avaient besoin.
La reconnaissance seule exigerait donc aujourd'hui une sorte de réciprocité.

Je compte, par conséquent, sur le concours de toute votre autorité et de tout votre zèle pour l'exécution de la mesure qui est l'objet de cette circulaire.

Recevez, Messieurs, l'assurance de mon affectueuse considération.
Le préfet de la Meurthe,
Signé SÉGUIER.


COPIE de Ia lettre de M. le maire royal de Nancy, à ses collègues des autres communes, relative à l'approvisionnement du Marché de cette ville.
Nancy, le ........octobre 1816.

Messieurs, je vois avec peine que les marchés de cette ville ne sont plus approvisionnés en grains depuis un certain nombre d'années; que les cultivateurs ont de la répugnance à y venir, et qu'ils préfèrent conduire au loin leurs denrées.
J'ai cherché à en connaître le motif, et il m'a paru qu'il provenait, 1° de l'exécution d'anciennes mesures de police, qui ne sont point en harmonie avec la liberté du commerce; 2° de l'arbitraire qu'exercent les livreurs, tant pour leur salaire que dans la manière de livrer; 3° enfin, du monopole auquel se livrent habituellement les manoeuvres.

Dans de telles circonstances, j'ai regardé comme très-important de faire disparaître ces abus, aussi nuisibles aux intérêts de l'agriculture qu'à l'approvisionnement d'une grande ville.

Je vous préviens donc, que j'emploierai l'autorité que le roi m'a confiée, à faire régner sur les marchés la plus grande liberté dans le prix des grains, ainsi qu'à faire jouir les cultivateurs de la plus entière faculté d'en disposer à leur gré, aussitôt le marché fini.
Je vous préviens encore, que la police protégera ces derniers contre toute espèce d'insulte; que, pour empêcher les livreurs de favoriser l'acheteur, il leur est défendu de mesurer autrement qu'en prenant pour règle le fer qui traverse la mesure; et que, conformément à mon arrêté du 13 août dernier, ils ne pourront exiger pour leur salaire, que vingt centimes par six doubles décalitres (un resal ), payable moitié par le vendeur, et moitié par l'acheteur;

Que les manoeuvres ne recevront que cinq centimes pour chaque sac qu'ils déchargeront à la halle, les cultivateurs étant libres de faire cette besogne eux-mêmes;

Que les manoeuvres qui iront au-devant des grains pour les arrher ou les acheter, seront poursuivis comme monopoleurs, vu que leur intermédiaire est un obstacle à la liberté du commerce, et préjudicie aux cultivateurs;

Enfin, qu'après la première heure, il sera libre aux boulangers et marchands de grains, d'acheter à la halle.
Je vous prie, Messieurs, de donner communication de la présente à vos administrés : ils y remarqueront qu'il n'existe plus d'entraves qui puissent les déterminer à aller, à grands frais, conduire leurs denrées au loin, et qu'ils trouveront à Nancy, protection, liberté et sûreté.

Recevez, Messieurs, l'assurance de la considération distinguée, avec laquelle j'ai l'honneur de vous saluer.
Signé RAULECOUR.

Document publié le 01-01-2004

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