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1816 - Le buste de Louis XVIII à PONT A MOUSSON

Aujourd'hui, vingt-six février mil huit cent seize,

Les maire et adjoints de la ville de Pont-à-Mousson, jaloux de conserver, autant que possible, le souvenir de la fête qui a eu lieu dans ladite ville, le 25 du courant, ont arrêté d'en dresser procès-verbal, de le transcrire dans les registres de l'hôtel-de-ville, et d'en envoyer copie à M. le préfet, comme une preuve de l'amour sincère et du dévouement absolu de toute la population à Sa Majesté et à son auguste famille.

Dès le 15 février, M. le maire avait remis solennellement les brevets provisoires à MM. les officiers de la garde nationale. Tous, transportés de joie et de reconnaissance, ont exprimé leurs sentimens par des cris unanimes de vive le roi ! Dans cette séance, on a arrêté que la réception de MM. les officiers aurait lieu le 25 février, et ils ont devancé l'expression des voeux de leurs magistrats, en demandant que cette solennité se fît avec toute la pompe possible.

En effet, dès la veille, une proclamation de M. le maire annonça aux habitans que le lendemain serait pour eux un jour d'allégresse. Le son des cloches et le bruit des tambours, qui se firent entendre à six heures du soir, les confirma dans cet espoir.

Le 25, avant le jour, le même bruit réveilla les habitans. A neuf heures, les compagnies de la garde nationale se rassemblaient sur divers points. A dix heures et demie, le maire, accompagné des adjoints et des autorités, s'est rendu au centre du bataillon. Là , il a rappelé aux gardes nationales leurs devoirs; leur a peint, des couleurs les plus vives, les bienfaits du roi ; leur a démontré que c'est au roi seul que les Français doivent leur salut; et que c'est par leur fidélité au meilleur des princes, qu'ils peuvent espérer de replacer notre chère patrie dans le rang d'estime et de splendeur dont elle jouissait avant nos malheurs. Ce discours a été terminé par l'acclamation générale de vive le roi, vivent les Bourbons!

Aussitôt après, les officiers, rassemblés en cercle devant le drapeau, ont prêté le serment entre les mains de M. le maire, avec cet enthousiasme qui seul caractérise les Français attachés à leur roi et à leur patrie.

M. le commandant, militaire plein d'honneur, vénéré de ses concitoyens par sa probité chevaleresque , a prononcé avec une éloquence martiale un discours où respirent les sentimens les plus purs d'amour pour le roi, de dévouement pour sa personne sacrée, et a terminé par demander le serment à tous les gardes nationaux. Une acclamation générale fut la réponse a son invitation.

Voulant sanctifier les engagemens qu'elle venait de prendre, la garde nationale, précédée des autorités, s'est rendue à l'église, où elle a entendu avec recueillement la messe; a écouté avec attendrissement les exhortations du curé, qui a prouvé que le véritable patriotisme est basé sur la religion, et que la religion seule peut garantir les sermons les plus solennels. MM. les généraux, officiers en retraite et à demi-solde, s'étaient aussi réunis au pied des autels. Ils ont mêlé leurs voix aux chants religieux qui réclament du ciel le salut du roi, et au cantique d'alégresse qui remercie dieu de ses bienfaits.

Après la messe, les compagnies d'élite ont défilé, avec les tambours et la musique en tête, devant le corps municipal.

A une heure, les membres de la municipalité, du conseil d'organisation , et MM. les officiers de la garde nationale, se sont réunis dans un banquet. Le buste de Sa Majesté, placé secrètement dans la salle, excita, à l'arrivée des convives, un mouvement de surprise et de joie qui se manifesta de la manière la plus expressive et la plus française. Il fut aussitôt décidé que l'image vénérable du moderne Titus serait reportée triomphalement, après le repas, dans la salle des délibérations du conseil municipal. On prit à l'instant des mesures pour que ce touchant triomphe de la vertu couronnée eût tous les caractères de la solennité et du respect.

Alors, on se livra à la joie: les toasts au roi ; à Monsieur, colonel général; à la famille royale, à notre respectable préfet, au maire, au commandant de la garde nationale, a la garde nationale et aux dames, furent portés avec enthousiasme, au bruit du canon, des fanfares et des cris non interrompus de vive le roi !

A peine le repas fini, tout le monde entoure le buste. Il est placé avec respect sur le brancard décoré aux armes de France. Un piquet de grenadiers, précédé des tambours et de la musique, ouvre la marche; six chasseurs, armés de carabines; les officiers, l'épée à la main; le corps municipal en écharpe, environnent l'image du souverain, et la marche est fermée par un piquet de chasseurs. Par-tout où le cortège passe , les fenêtres sont ornées de drapeaux blancs, et garnies de citoyens, qui répondent aux cris de vive le roi ! par ceux de vive la famille royale ! Par-tout, la marche est ralentie par le concours de monde qui se précipite, le chapeau à la main, pour contempler l'auguste ressemblance. Le bruit non interrompu du canon, celui de toutes les cloches de la ville, les innombrables acclamations, formaient un concert touchant, qui a dû produire un effet salutaire sur les plus endurcis, s'il en existe, et les a sans doute, disposés à abjurer leurs erreurs.

Rentré à l'hôtel-de-ville, le buste replacé sur son piédestal, M. le comte de Rosières, capitaine de chasseurs, a prononcé un discours analogue à l'inauguration : il a exprimé à M. le maire, de la part de ses camarades, la reconnaissance dont ils sont tous pénétrés pour lui, tant pour les soins qu'il a donnés à la formation de la garde nationale, que pour le zèle, le courage et la patience qu'il a montrés dans les temps orageux, et qui a préservé Pont-à-Mousson des plus grands désastres.
La journée s'est terminée par un bal que MM. les officiers ont offert aux dames de la ville, et où s'est fait remarquer la plus grande décence, la politesse la plus soutenue, et l'union la plus sincère. Le ciel, d'accord avec les voeux des bons citoyens, de pluvieux qu'il était les jours précédens s'est montré pur et serein; et l'on peut dire avec vérité que jamais fête n'a été célébrée en cette ville avec plus de pompe, d'enthousiasme, et d'envie de témoigner au gouvernement combien ses habitans lui sont dévoués.

Fait et rédigé à Pont-à-Mousson, les an et jour avant dits, en double minute, dont une sera adressée à M. le préfet du département de la Meurthe. (Suivent les signatures.)

Pour copie conforme Signé, MUNIER, maire ; CARÊME, premier adjoint ; LANTERNIER, second adjoint.

Document publié le 01-01-2004

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