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1873 - Le gibier exotique

Versailles, le 20 juin 1873.
Monsieur le préfet,

Consultés une première fois, en 1860, sur la question de savoir s'il y aurait des inconvénients à autoriser l'importation et la vente sur nos marchés du gibier exotique, connu sous le nom de grouses d' Ecosse, MM. les professeurs du Muséum ont fait connaître que, loin d'être nuisible à la conservation du gibier indigène, l'introduction et la vente des grouses, ne pourraient que favoriser la conservation du gibier acclimaté en France, en même temps qu'elles pourraient faire une concurrence efficace au braconnage.

En conséquence, un de mes prédécesseurs adressait, le 20 novembre 1860, une Circulaire à MM. les Préfets pour les informer que les grouses d'Ecosse pourraient, à l'avenir, être introduits, colportés et vendus sur notre territoire.

Cette première tolérance fut suivie d'une mesure analogue en 1868, et une circulaire du 22 février de cette même année, autorisa l'introduction de certaines espèces de gibier de provenance russe, appartenant à la même famille que le grouse d'Ecosse.

Ces deux mesures ont été accueillies favorablement, par le commerce et par les chasseurs français ; et des commerçants en ont récemment demandé l'extension aux espèces similaires provenant de Norvège, de Suède et d'Amérique, en y ajoutant la perdrix blanche, facilement reconnaissable à ses pieds emplumés jusqu'aux ergots.

Comme mes prédécesseurs, j'ai cru devoir consulter le Muséum à ce sujet, et son avis étant favorable, je viens de décider, de concert avec M. le Ministre de la Justice, que les facilités précédemment accordées pour l'introduction, le colportage et la vente du gibier précité, de provenance russe et écossaise, seraient également applicables aux mêmes espèces provenant de Norvège, de Suède et d'Amérique.

Je vous prie, en conséquence, Monsieur le Préfet, de donner les instructions nécessaires pour qu'il ne soit apporté, dans votre département aucune entrave à l'introduction, au colportage et à la vente des espèces de gibier exotique, connu sous les noms de grand coq de bruyère, de gélinotte noire ou coq de bruyère à queue fourchue, de gélinotte blanche ou lagopède des saules et de gelinotte cupido, quelle que soit la provenance de ces espèces d'oiseaux, qui n'ont point leurs similaires en France.

Ces concessions, vous le remarquerez, Monsieur le Préfet, tendent à substituer dans la consommation, un gibier exotique à celui qui est le produit du braconnage. Je vous recommande, en conséquence, d'appeler sur ce point l'attention des agents chargés de la police de la chasse, en les invitant à redoubler de vigilance pour empêcher la destruction de notre gibier et des oiseaux insectivores, la capture de ces derniers étant un abus des plus préjudiciables aux intérêts de l'agriculture.

Vous aurez soin, Monsieur le Préfet, en m'accusant réception de cette circulaire, de me faire connaître les mesures que vous aurez cru devoir prendre pour en assurer l'exécution.

Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Ministre de l'Intérieur, BEULÉ.

Document publié le 01-01-2004

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