UFC Que Choisir de Nancy et environs

1853 - Le danger des cafés

Nancy, le 20 janvier 1853.
MESSIEURS,

Les circulaires des 12 janvier et 20 novembre 1852, vous invitaient à apporter la plus grande attention dans l'examen des demandes de débits de boisson sur lesquelles j'aurais à vous consulter. Je remarque que, nonobstant ces recommandations, plusieurs d'entre vous, mus sans doute par un désir mal entendu d'obliger leurs administrés, appuient avec une trop grande facilité les pétitions qui me sont soumises.

Cette fâcheuse condescendance, entièrement opposée à l'esprit du décret du 29 décembre 1851, en neutraliserait inévitablement les effets si elle se prolongeait plus longtemps. Vous devez donc vous tenir en garde contre votre propre faiblesse, fermer l'oreille aux sollicitations des pétitionnaires, et n'avoir en vue, lorsque vous formulez un avis, que les intérêts de la morale et du bien public.

Les demandes de débits de boisson ont pour objet l'ouverture, soit d'hôtels ou d'auberges, soit de cafés ou de cabarets. Les établissements de cette première catégorie offrent, dans certains cas, une utilité réelle, et je suis disposé à les autoriser lorsque cette utilité aura été reconnue et que la moralité du pétitionnaire me sera suffisamment garantie.

Mais vous devez examiner avec soin ces deux conditions ; vous devez vous assurer surtout si l'établissement recevra réellement la destination promise, et si sous le nom d'auberge, il ne dégénèrera pas en cabaret, ce qui modifierait complètement la question d'opportunité.

Vous devez apporter un soin plus minutieux encore dans l'examen des demandes de cafés et de cabarets. Il ne s'agit plus ici, en effet, de la création d'établissements destinés à favoriser les relations des populations entre elles; le cabaret, loin d'être nécessaire, est très rarement utile; il est presque toujours nuisible et même dangereux. La jeunesse y contracte do déplorables habitudes de jeu, d'oisiveté et d'intempérance ; l'homme mûr y perd le goût de ses devoirs, et y consomme souvent en débauches le salaire que sa famille attend pour subvenir à ses premiers besoins. Je ne parle pas des scènes de désordre qui se produisent dans ces réunions et nécessitent de votre part une surveillance continuelle et une intervention toujours difficile et pénible.

Restreindre dans les plus strictes limites ces foyers de mauvaises passions, c'est rendre la paix et le bien-être à beaucoup de familles, c'est assurer la tranquillité publique tout en allégeant votre tâche. Vous ne pouvez donc vous montrer trop sévères dans l'examen des questions de ce genre, et vous manqueriez à tous vos devoirs en sacrifiant l'intérêt général à la crainte de mécontenter quelques individus.

J'espère, Messieurs, que vous comprendrez toute la portée de ces considérations, et qu'elles vous serviront de règle à l'avenir, lorsque vous aurez à me fournir votre opinion sur l'opportunité des débits dont on demanderait la création dans vos communes.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet.
A. DE SIVRY.

Document publié le 01-01-2004

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