UFC Que Choisir de Nancy et environs

1853 - La disette

Nancy, le 25 novembre 1853.
MESSIEURS,

L'approche de l'hiver et le prix élevé des subsistances imposent aux communes le devoir de venir en aide aux malheureux.

Déjà, dans plusieurs départements, elles ont pris des mesures pour atténuer les effets de la cherté du pain à l'égard des classes laborieuses.

Dans le plus grand nombre des localités, on a adopté le système qui consiste à délivrer aux personnes pauvres ou peu aisées des bons, à l'aide desquels elles obtiennent le pain à prix réduit chez les boulangers, à qui l'Administration municipale paie la différence, Ailleurs, on a organisé des associations charitables pour augmenter les secours en nature ou en argent que la commune pouvait être en mesure de distribuer.

Il peut y avoir, suivant les localités, des motifs de préférer tel ou tel mode d'assistance; mais, au moment où nous entrons dans la saison rigoureuse, il importe que partout on prenne des mesures pour venir en aide aux classes laborieuses, et particulièrement à la partie de la classe pauvre qui ne pourra pas prendre part aux travaux qui seront très-prochainement organisés.

Je viens donc, Messieurs, dans le cas où vous n'auriez pris encore aucune disposition, appeler votre sérieuse attention sur la nécessité pour les communes, de s'imposer au plus tôt des sacrifices extraordinaires, afin d'atténuer autant que possible les souffrances et les privations des populations malheureuses.

Il se pourrait que ces sacrifices ne pussent suffire qu'imparfaitement aux nécessités de la situation. Dans ce cas, vous n'hésiteriez pas à faire appel à la charité privée, toujours si active et si ingénieuse dans notre pays, quand il y a de grandes et nombreuses souffrances à soulager; usez de toute votre influence pour rendre la bienfaisance des particuliers plus abondante et plus régulière dans son action, et n'oubliez pas quelles importantes ressources il est possible de tirer des plus faibles aumônes, par la puissance de l'association.

Les intempéries qui ont frappé la dernière récolte, ont porté le prix du pain à un taux fort élevé ; mais, ce dont il est essentiel de convaincre vos administrés, c'est qu'il ne doit y avoir aucune inquiétude à concevoir sur le défaut d'approvisionnement. La sollicitude du Gouvernement s'est éveillée sur la question des subsistances, et, par suite de mesures bien entendues, il a pris des dispositions propres à diminuer le mal. Veuillez donc, Messieurs, rassurer les populations sur ce point, et concourir de tout votre pouvoir à garantir la plus entière liberté au commerce. Avec cette liberté, les denrées ne peuvent manquer d'abonder là où le besoin s'en fait sentir.

Grâce, Messieurs, à la sage prévoyance de l'Empereur, toujours préoccupé du sort des classes laborieuses, les objets de première nécessité ne manqueront pas assurément. Toutefois, le prix élevé qu'ils ont atteint, cessant d'être en rapport avec les ressources de quelques-uns de vos administrés, il importe d'assurer des secours aux malheureux.

Je vous autorise donc, Messieurs, à convoquer immédiatement vos conseils municipaux, à l'effet de leur soumettre les propositions que réclament les circonstances; je ne doute pas qu'ils ne s'empressent de vous prêter un puissant concours.

Je recommande à toute votre sollicitude cette circulaire ; elle mérite votre attention spéciale. Vous vous associerez ainsi aux efforts que fait le Gouvernement, pour venir en aide aux classes souffrantes, pendant la saison rigoureuse dans laquelle nous allons entrer.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet.
A. DE SIVRY.

Document publié le 01-01-2004

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