UFC Que Choisir de Nancy et environs

1818 - Les informateurs des gendarmes

Nancy, le 5 août 1818.

Messieurs, une surveillance continue et répressive constitue l'essence du service de la gendarmerie royale.
Le service de ce corps est particulièrement destiné à la sûreté des campagnes et des grandes routes.
Tel est le but de l'institution du corps de la gendarmerie, telles sont les attributions qui lui ont été conférées par les articles 1 et 3, titre premier, de la loi du 28 germinal au 6.
Le titre 9 de la même loi contient le détail des fonctions de la gendarmerie royale, et détermine ses rapports avec les autorités civiles.

Ce corps, si utile pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique, qui s'occupe sans cesse de livrer entre les mains de la justice ceux qui commettent des délits dont la punition est confiée aux tribunaux, ne pourrait remplir complettement le but essentiel de son institution, s'il ne trouvait dans les autorités municipales, à qui la connaissance des délits parvient plus rapidement, les renseignemens qui lui sont nécessaires.

C'est pour recueillir ces renseignemens que les brigades de gendarmerie ont l'ordre de parcourir les communes rurales de leurs arrondissemens respectifs, au moins une fois par mois. Vous devez, Messieurs, lorsque les gendarmes se présentent, leur faire connaître tout ce qui est parvenu à votre connaissance, touchant les délits qui ont pu être commis , non-seulement dans votre commune, mais aussi dans celles qui l'environnent, et c'est par une communication franche et sans réserve, que vous pouvez concourir efficacement , et ainsi que la loi vous y oblige, à assurer, avec la gendarmerie, l'ordre public dans les campagnes, empêcher et prévenir les délits , et faire saisir ceux qui s'en sont rendus coupables. Je vous recommande donc d'être très-exacts à informer la gendarmerie, lors de ses tournées, de tout ce qui peut se rapporter à son service.

Il est des pas particuliers où vous ne devez pas même attendre que la gendarmerie se rende chez vous pour l'informer d'un délit. C'est lorsque ce délit est de nature à être réprimé de suite; vous devez alors et sans différer, en instruire le commandant de la brigade de gendarmerie de votre canton, en lui donnant tous les indices qui peuvent le mettre sur la trace du coupable.

J'espère , Messieurs , que bien pénétrés de l'importance de vos devoirs sous le rapport de la police qui vous est confiée , vous ne perdrez point de vue que le meilIeur moyen d'empècher les délits qui doivent être réprimés par les tribunaux, c'est de dénoncer exactement ceux qui se commettent; en inspirant , par votre exactitude et votre surveillance , une crainte salutaire à ceux qui seraient tentés de se livrer à quelques actions punissables, vous aurez empêché des crimes , et vous aurez conservé à des familles des membres précieux qu'elles auraient pu perdre sans vous.

M. le colonel de la gendarmerie vient de m'écrire, Messieurs, qu'il avait renouvelé l'ordre aux gendarmes
d'être extrêmement discrets sur les renseignemens qu'ils recevront et la source où ils se les seront procurés; vous pouvez donc être bien assurés que le secret le plus religieux sera gardé à cet égard : c'est un motif de plus pour ne rien dissimuler.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Pour M. le préfet en tournée, le conseiller de préfecture, délégué,
Signé PINODIER.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale