UFC Que Choisir de Nancy et environs

1853 - Les dangers des livres

Nancy, le 28 juillet 1853.
MESSIEURS,

Depuis longtemps un certain nombre de papetiers, de merciers et d'épiciers sont dans l'usage d'acheter en gros des almanachs, pour eu approvisionner les colporteurs ou pour les vendre eux-mêmes en détail.

Tant qu'il s'est agi de simples calendriers et même des almanachs de Liège et de Mathieu Laensberg, l'administration a pu, sans inconvénient, en tolérer la vente par des intermédiaires étrangers à la librairie.

L'article 41 de la loi du 21 octobre 1814 était, d'ailleurs, dépourvu de sanction pénale en ce qui concerne la profession de libraire. Aujourd’hui, cet état de choses s'est modifié.

Le décret du 17 février 1852 a complété la loi de 1814, de sorte que l'administration a maintenant le droit et le devoir de réprimer l'exercice illégal de cette profession.

D'un autre côté, les almanachs ont subi de notables modifications. Ce sont actuellement de véritables livres, contenant des traités scientifiques, des manuels de tous les arts et métiers, des notices historiques, et dont la vente s'élève à plusieurs millions d'exemplaires. On ne saurait, dès lors, les assimiler aux almanachs, aux calendriers, aux alphabets et aux syllabaires sur lesquels s'étendait précédemment la tolérance de l'administration; et, du moment qu'on est contraint de reconnaître que ces écrits sont réellement des articles de librairie, il n'y a aucun motif pour dispenser les détenteurs de se conformer aux prescriptions des articles 11 de la loi du 21 octobre 1814, et 24 du décret du 17 février 1852.

Ce serait, d'ailleurs, risquer de compromettre les heureux effets déjà produits par la réglementation du colportage, que de montrer, pour le débit à résidence fixe de certains écrits, une tolérance dont les libraires nomades ont si longtemps abusé.

En conséquence, la vente à résidence fixe des almanachs ne devra, à l'avenir, être effectuée que par des personnes régulièrement autorisées, lesquelles présentent à l'administration des garanties que ne peuvent lui offrir, au même degré, les individus étrangers au commerce de la librairie ou qui ne s'y livrent qu'accessoirement.

Vous voudrez donc bien. Messieurs, prendre les mesures nécessaires pour que les papetiers, merciers, épiciers et autres commerçants qui se livrent à la vente des almanachs, ne jouissent pas plus longtemps d'une tolérance qui constitue un véritable abus.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet.
A. DE SIVRY.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale