UFC Que Choisir de Nancy et environs

1849 - Les mouvements sociaux

Nancy, le 4 février 1849.
MESSIEURS,

Depuis quelques mois, et par suite du ralentissement des principales industries, des coalitions d'ouvriers et des grèves se reproduisent fréquemment : comme de pareils incidents réagissent d'une manière fâcheuse sur les intérêts privés et sur la tranquillité publique, je crois nécessaire de vous rappeler les principes que l'administration doit prendre pour règle, en pareille occurence.

L'autorité ne doit jamais s'immiscer dans les questions de salaire, alors même que les parties intéressées lui demandent d'intervenir. Le taux des salaires ne peut être déterminé par des règlements administratifs. Le taux des salaires exprime toujours et nécessairement le rapport qui existe entre l'offre et la demande ; le prix de la main-d'oeuvre hausse dans les temps où l'industrie est active, parce qu'alors il y a une grande demande de bras; il baisse quand l'industrie se ralentit, parce que le travail est plus offert que demandé. Le niveau est donné par les circonstances ; le caprice des individus ou l'influence de l'autorité n'y change rien.
Faites comprendre aux ouvriers ces vérités élémentaires. Il faut leur parler d'abord le langage de la raison et de la sympathie, pour être ensuite plus fort en leur parlant le langage sévère de la loi.

Ce n'est pas que la société, dans la personne de ceux qui la représentent, doivent se montrer indifférente à des conflits qui touchent de si près à l'existence des familles, à la prospérité de l'industrie, au maintien de l'ordre ; mais n'agissez que par voie de conseil ; éclairez les ouvriers et les maîtres sur leurs intérêts et sur leurs devoirs , et faites connaître à tous que les magistrats sont fermement résolus à protéger les uns et les autres contre la violence et la fraude. Que tous soient bien convaincus de votre profonde sollicitude pour les intérêts en souffrance, et de votre détermination constante de maintenir la liberté des transactions et du travail.

Si des désordres venaient à éclater, votre premier devoir sera de les réprimer et de m'en informer sur le champ par l'intermédiaire de vos Sous-Préfets. Pour que le droit réciproque de l'ouvrier et du fabricant soit librement débattu, il faut que nul ne puisse être contraint de fléchir sous la pression de la menace. Vous faire l'homme de l'ouvrier ou celui du maître, ce serait suivre une route pleine de périls et assumer la responsabilité la plus grave. Sachez donc jusqu'au bout vous tenir en garde contre cet écueil d'autant plus à craindre que, sollicitée de toutes parts d'accepter le rôle d'arbitre ou de juge, l'autorité, en paraissant s'abstenir , semble manquer à une partie de sa mission, alors même qu'elle y demeure le plus fidèle.

Je compte sur votre vigilance et sur votre énergie.
Agréez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée,
Le Préfet de la Meurthe,
A. BRUN.

Document publié le 01-01-2004

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