UFC Que Choisir de Nancy et environs

1854 - La repression de la mendicité

Nancy, le 10 novembre 1854.
MESSIEURS,

Le moment approche où mon arrêté du 15 octobre, portant interdiction de la mendicité, doit recevoir son application. Cette mesure, dont vous avez compris l'importance et l'opportunité, ne peut manquer de produire d'excellents résultats, si vous en poursuivez l'exécution avec zèle. Je ne puis donc trop vous recommander d'user de fermeté et de vigilance pour empêcher que les individus valides et les enfants qui ont l'habitude de mendier, se livrent plus longtemps à cette triste profession, qui en fait des êtres inutiles et souvent dangereux pour la société.

Vous devrez, en conséquence, à partir du 15 de ce mois, arrêter ou faire arrêter tout individu valide qui sera trouvé mendiant sur la voie publique. S'il ne mendie pas d'habitude, vous pourrez le faire reconduire immédiatement dans sa commune; mais si vous avez été à même de remarquer qu'il fait de la mendicité une sorte d'industrie, vous le mettrez à la disposition de M. le Procureur impérial, en ayant soin de spécifier dans le procès-verbal d'arrestation que vous transmettrez à ce magistrat, que le prévenu est mendiant d'habitude.

Vous userez de la même sévérité envers les enfants qui mendient, et vous dresserez procès-verbal contre les parents qui, au mépris de nos prescriptions, les pousseraient à solliciter la charité publique. Si l'interdiction de la mendicité doit avoir pour résultat dans l'avenir, de supprimer la paresse et le vagabondage, c'est surtout à cette condition que les enfants seront retirés de cette voie funeste, pour être instruits et élevés convenablement, dans les principes d'ordre et d'amour du travail, que toute famille honnête peut et doit leur inculquer.

En ce qui concerne les vieillards et les infirmes, j'ai reconnu, Messieurs, qu'il pourrait y avoir des inconvénients à leur délivrer des cartes d'autorisation, qui sembleraient ériger une simple tolérance en privilège et en droit. En conséquence, MM. les Maires se borneront à établir la liste des mendiants invalides de leurs communes, avec indication des nom, prénoms, ages, maladies ou infirmités de chacun d'eux, et ils adresseront, dans le courant du mois, copie de cette liste au Sous-Préfet de leur arrondissement.

Il est à désirer, d'ailleurs, que ces individus ne mendient pas hors de leur domicile, où l'on connaît leur véritable situation et leurs besoins. Toute exception en ce genre, outre qu'elle ne profiterait pas toujours aux plus nécessiteux, aurait pour résultat de surcharger certaines localités et surtout les villes, et de rendre impossible la surveillance que vous avez à exercer.

C'est en appliquant ces prescriptions que vous m'aiderez, Messieurs, à réaliser l'amélioration morale et matérielle que j'ai en vue d'obtenir, par une équitable destination des ressources de la charité publique, et par la suppression de ces êtres parasites, qui au lieu de se rendre utiles à la société dans la mesure de leur intelligence et de leurs forces, croupissent dans l'oisiveté et y contractent le germe de tous les vices.

L'exécution de mon arrêté délivrera les campagnes des mendiants étrangers, et amènera nécessairement dans les communes rurales une organisation régulière de secours, qui donnera satisfaction à des infortunes recommandables et dignes d'intérêt.
Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet,
Albert LENGLÉ.

Document publié le 01-01-2004

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