UFC Que Choisir de Nancy et environs

1857 - La distillation

Nancy, le 7 janvier 1857.
MESSIEURS,

L'article 672 de l'ordonnance du 22 mai 1843, sur les machines et chaudières à vapeur, a laissé à l'administration le soin de déterminer les conditions spéciales auxquelles pourraient être assujettis certains appareils où l'on produit, ou dans lesquels on fait circuler la vapeur, et qui, à raison de leur mode particulier de construction ou de l'usage auquel ils seraient destinés, ne rentreraient pas dans les mesures générales prescrites par cette ordonnance.

Déjà, en exécution de cette disposition, des circulaires ministérielles en date des 30 janvier et 1er février 1845, ont fixé les conditions à remplir pour l'emploi de divers récipients de cette nature, tels que les cylindres sécheurs, les chaudières à double fond des teinturiers et des fabricants de sirop, les roues à peigner la laine, les calorifères à eau, etc. ; mais jusqu'ici il n'avait encore été rien prescrit pour les appareils à distiller et à rectifier, maintenant usités dans un assez grand nombre de fabriques.
Ces derniers appareils, qui présentent autant d'analogie avec les chaudières ordinaires à vapeur que ceux rappelés ci-dessus, sont également susceptibles de causer de graves accidents, et de tristes exemples l'ont malheureusement prouvé.

Là, en effet, la vapeur fournie par le liquide en distillation peut, par suite de l'obstruction fortuite du tuyau d'échappement ou par la simple fermeture de robinets, acquérir une très-haute tension et déterminer ainsi une explosion.
Le même accident peut encore se produire si, l'appareil étant chauffé à l'aide de la vapeur d'eau provenant d'un générateur ordinaire, le serpentin à travers lequel cette vapeur circule vient à se déchirer.

Enfin, il peut arriver, quand le chauffage s'opère à feu nu, que le niveau de la masse liquide s'abaisse, mette une partie des parois en contact avec la flamme, et, en occasionnant dans l'intérieur du récipient la formation subite d'une grande quantité de vapeur, fasse éclater ce récipient.

Dans ces divers cas, les suites de l'explosion seraient d'autant plus à craindre, qu'en raison de la nature inflammable du liquide, elle pourrait le plus souvent. être accompagnée d'un incendie.

L'administration a dû se préoccuper sérieusement des appareils dont il s'agit; elle a invité la Commission centrale des machines à vapeur à rechercher les mesures qui devront leur être appliquées. Cette Commission a exprimé l'avis qu'il y avait lieu de faire application aux appareils dont il s'agit de l'article 67 précité de l'ordonnance du 22 mai 1843, et qu'en conséquence ces appareils ne devaient, conformément aux prescriptions dudit article, être établis qu'en vertu d'une permission du Préfet, déterminant dans chaque espèce, sur le rapport des ingénieurs, les conditions de sûreté qui seront reconnues nécessaires.

En conséquence de ces dispositions, vous voudrez bien, Messieurs, surveiller l'établissement des appareils dont il s'agit et ne les laisser fonctionner qu'après vous être assurés qu'ils sont régulièrement autorisés. Vous aurez soin de porter les instructions qui précèdent à la connaissance des constructeurs et des principaux fabricants de vos communes respectives, et vous ferez ce qui dépendra de vous pour assurer l'exécution des mesures prescrites par l'administration dans l'intérêt de la sécurité publique.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet,
Albert LENGLÉ.

Document publié le 01-01-2004

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