UFC Que Choisir de Nancy et environs

1858 - Les curiosités des magasins

Nancy, le 29 janvier 1858.
LE PRÉFET DE LA MEURTHE, Officier de l'Ordre Impérial de la Légion d'honneur, Commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand,
A MM. les Maires et Commissaires de police du département.
MESSIEURS,

Plusieurs jurys médicaux ont eu l'occasion de constater, dans la visite annuelle qu'ils sont appelés à faire, que des droguistes et des épiciers renferment dans des tiroirs mal clos, placés au-dessus de ceux où se trouvent des denrées médicinales ou alimentaires, des substances dangereuses, en particulier du sulfate de cuivre, dont il se fait un commerce assez considérable pour le chaulage des blés. Cet usage peut entraîner de graves inconvénients, qu'il importe de prévoir et d'éviter.

Le sulfate de cuivre n'étant pas compris dans la nomenclature formulée dans le décret du 8 juillet 1850, on ne peut appliquer à ce produit chimique les dispositions de la loi du 19 juillet 1845 et de l'ordonnance du 29 octobre 1846, qui régissent le commerce des substances vénéneuses. Mais l'administration ne doit pas pour cela fermer les yeux sur un état de choses qui compromet la sécurité publique. Il est, au contraire, de son devoir d'user de son influence et de ses conseils pour prévenir des accidents que les marchands eux-mêmes ont le plus grand intérêt à éviter.

Veuillez donc, Messieurs, appeler l'attention des commerçants dont il s'agit sur les accidents que peut occasionner le manque de soin signalé, sur les peines correctionnelles et les réparations civiles auxquelles ils s'exposeraient, dès lors, s'ils mettaient en vente le sulfate de cuivre ou toute autre substance notoirement dangereuse, bien que non soumise au régime spécial de l'ordonnance du 29 octobre 1846, sans prendre toutes les précautions nécessaires, et notamment sans employer des vases hermétiquement fermés, parfaitement distincts et suffisamment éloignés des récipients où sont renfermées, dans les laboratoires, boutiques et magasins, les denrées alimentaires ou médicinales.

Dans les communes rurales et dans les villes peu importantes, des avertissements personnels adressés aux épiciers pourront suffire pour mettre un terme à l'usage dangereux que je viens de vous signaler ; mais il conviendra que MM. les Maires des communes urbaines les plus populeuses prennent, à ce sujet, un arrêté de police municipale, qu'ils soumettront à mon approbation et publieront ensuite dans la forme ordinaire.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet,
Albert LENGLÉ.

Document publié le 01-01-2004

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