UFC Que Choisir de Nancy et environs

1858 - Les tromperies sur les sangsues

Nancy, le 1er mars 1858.
LE PRÉFET DU DÉPARTEMENT DE LA MEURTHE, Officier de l'Ordre Impérial de la légion d'honneur, Commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand,
A MM. les Maires et les Commissaires de police.
MESSIEURS,

Ma circulaire du 22 juillet 1856 (n° 27 du Recueil des actes administratifs), a appelé votre attention sur un genre de fraude qui se pratique trop souvent dans le commerce des sangsues, et qui consiste à livrer, pour l'usage de la médecine, des sangsues contenant dans leurs poches digestives une quantité plus ou moins considérable de sang étranger, qu'on leur a fait absorber afin d'augmenter leur volume et leur poids. Cette fraude tombant sous l'application de l'article 425 du Code pénal et pouvant, d'ailleurs, offrir des dangers pour la santé publique, je vous ai invités à en assurer la répression autant qu'il dépend de vous, en me signalant les pharmaciens qui vendraient des sangsues contenant une quantité de sang étranger supérieure à 15 pour cent de leur poids.

Dans sa dernière visite des pharmacies, le jury médical de la Meurthe a pu constater que, malgré ces recommandations et les avis donnés aux personnes qui se livrent au commerce des sangsues, la plupart de ces annélides étaient gorgés de sang dans une proportion qui dépassait de beaucoup la tolérance admise. Sur l'observation faite par les détenteurs que ces sangsues leur avaient été livrées dans cet état par les maisons qui en font le commerce, le jury a consenti pour cette fois à user d'indulgence.

Mais des mesures ont été prises pour réprimer la fraude à son origine; la qualité des sangsues qui se trouvent dans les magasins de vente en gros a été vérifiée avec soin, et celles qui étaient gorgées ont été saisies et confisquées. Rien ne s'oppose plus, dès lors, à ce qu'il soit usé de sévérité vis-à-vis des débitants qui continueraient de recevoir et de vendre des sangsues gorgées.

Veuillez, en conséquence, notifier ou rappeler aux pharmaciens les dispositions de ma circulaire du 22 juillet 1856, et les indications de l'instruction annexée à cette circulaire sur le moyen de reconnaître le gorgement des sangsues. Vous les préviendrez que tous ceux de ces annélides qui, lors de la prochaine visite du jury, contiendraient du sang étranger au delà de la tolérance de 15 pour cent de leur poids, seront saisis, et que les détenteurs seront déférés aux tribunaux par application des dispositions des articles 1 et 2 de la loi du 27 mars 1851.

Vous aurez soin de me signaler d'ailleurs les dépôts et les officines où la vente des sangsues vous paraîtrait avoir lieu contrairement à ces dispositions, afin que je puisse faire constater et poursuivre les contraventions.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet, Albert LENGLÉ.

Document publié le 01-01-2004

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