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1816 - Le testament de LOUIS XVI

Paris, le 20 décembre 1815.
Monseigneur, le roi désire que, dans aucune église, il ne soit prononcé d'oraison funèbre le 21 janvier, et qu'on se borne à lire en chaire le testament de Louis XVI : c'est le plus noble moyen de rappeler aux Français les grandes vertus de ce prince, et de renouveler les affections profondes qui excitent toujours ces grands et douloureux souvenirs.
J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le ministre secrétaire d'état de l'intérieur:
Signé , VAUBLANC.


Le contre-amiral, préfet du département de la Meurthe,
Sur la demande de Monseigneur l'évêque de Nancy, ordonne que cette lettre sera insérée dans le recueil administratif et dans le journal du département. Recommande à MM. les maires d'en donner connaissance à MM. les curés et desservans, auxquels ils communiqueront le présent numéro du recueil, pour qu'ils puissent se conformer aux intentions de Sa Majesté.
MM. les maires sont prévenus que cette cérémonie funèbre est fixée, pour cette année, au samedi 20 du présent mois.
Ils devront certifier à leur sous-préfet respectif, de l'exécution du présent arrêté.
Nancy, le 11 janvier 1816.
Signé, le comte DE KERSAINT.

TESTAMENT DE LOUIS XVI.

Au nom de la très-sainte trinité, du père, et du fils, et du saint - esprit. Aujourd'hui, 25ème jour de décembre 1792, moi, LOUIS, seizième du nom, roi de France, étant, depuis plus de quatre mois, renfermé, avec ma famille, dans la tour du Temple, à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le 11 du courant, avec ma famille; de plus, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l'issue, à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyens dans aucune loi existante; n'ayant que dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser, je déclare ici, en sa présence, mes dernières volontés et mes sentimens.

Je laisse mon âme à dieu, mon créateur; je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de notre seigneur Jésus-Christ, qui s'est offert en sacrifice à dieu son père, pour nous autres hommes, quelqu'indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'église catholique, apostolique et romaine, qui tient ses pouvoirs, par une succession non interrompue, de saint Pierre, auquel Jésus-Christ les avait confiés.

Je crois fermement, et je confesse tout ce qui est contenu dans le symbole et dans les commandemens de dieu et de l'église ; les sacremens et les mystères, tels que l'église catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'église de Jésus-Christ, mais je m'en suis rapporté, et rapporterai toujours, si dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques, unis à la sainte église catholique, donnent et donneront, conformément à la discipline de l'église, suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon coeur nos frères qui peuvent être dans l'erreur; mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ, suivant ce que la charité chrétienne nous enseigne. Je prie dieu de me pardonner tous mes péchés ; j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence. Ne pouvant me servir du ministère d'un prêtre catholique, je prie dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et sur-tout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoique cela fût contre ma volonté), à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'élise catholique, à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de coeur.

Je prie dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie, de me servir, aussitôt que je le pourrai, du ministère d'un prêtre catholique, pour m'accuser de tous mes péchés, et recevoir le sacrement de pénitence.
Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance, (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne) ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou scandales, de me pardonner le mal que je peux leur avoir fait. Je prie tous ceux qui ont de la charité, d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne, de tout mon coeur, à ceux qui se sont fait mes ennemis, sans que je leur aie donné aucun sujet ; et je prie dieu de leur pardonner, de même qu’à ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à dieu, ma femme et mes enfans, ma soeur et mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par le lien du sang, ou par quelqu'autre manière que ce puisse être. Je prie dieu, particulièrement, de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfans et ma soeur, qui souffrent depuis long-temps avec moi; de les soutenir par sa grace , s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfans à ma femme: je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande sur-tout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes; de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci, (s'ils sont condamnés à les éprouver). que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'éternité. Je prie ma soeur de vouloir continuer sa tendresse à mes enfans, et de leur tenir lieu de mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union; comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfans, après ce qu'ils doivent à dieu , qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissans à leur mère, et reconnaissans de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens; qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples, qu'en régnant suivant les lois; mais en même temps, qu'un roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son coeur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire; et qu'autrement, étant lié dans ses opérations, et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.

Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera, lui en donneront les facultés; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfans ou les parens de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi.

Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude; mais je leur pardonne, (souvent dans les momens de trouble et d'effervescence, on n'est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un attachement véritable et désintéressé.

D'un côté, si j'ai été sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux, ou à leurs parens ou amis; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remerciemens : dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre, si je parlais plus explicitement ; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirais calomnier cependant les sentimens de la nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry, des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi : comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie MM. de la commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse , et les autres effets qui ont été déposés au conseil de la commune.

Je pardonne encore très-volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitemens et les gènes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compâtissantes: que celles-là jouissent, dans le coeur, de la tranquillité que doit donner leur façon de penser.

Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et Desèze, de recevoir ici tous mes remerciemens, et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double, à la tour du Temple, le 25 décembre 1792.
Signé Louis.
Et plus bas est écrit: BAUDRAIS, officier municipal.

DERNIÈRES PAROLES DE LOUIS XVI:
"Je pardonne à mes ennemis; je désire que ma mort fasse le salut de la France ; je meurs innocent"

Document publié le 01-01-2004

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