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1816 - La destruction des arbres de la liberté

Le préfet du département de la Meurthe,

Instruit qu'il existe encore dans quelques villes et communes du département, des arbres dits de la liberté;
Voulant détruire, autant qu'il dépend de nous, tout ce qui peut servir d'aliment à la malveillance, en rappelant des temps de licence et d'anarchie,

Arrête ce qui suit :
Art. 1er. Les maires, aussitôt la réception du présent, feront abattre les arbres dits de la liberté qui existeraient encore dans leurs communes, et les vendront en adjudication publique.
2. Le produit de ces ventes sera versé, pour le compte de la commune, entre les mains des percepteurs-receveurs, qui s'en chargeront en recette sur l'exercice de 1816.
3. MM. les sous-préfets tiendront la main à l'exécution de cette disposition, et nous en rendront compte.

MM. les officiers de gendarmerie prescriront aux brigadiers de leur arme de s'assurer, dans leurs tournées, que les arbres dont il s'agit n'existent plus, et ils signaleront à MM. les sous-préfets, ou à nous-mêmes, les communes dans lesquelles on aurait négligé de se conformer au présent arrêté.

Fait à Nancy, le 10 avril 1816.
Le contre-amiral, préfet de la Meurthe :
Signé, le comte DE KERSAINT.

CIRCULAIRE à MM. les maires des villes et communes du département de la Meurthe, relative à la suppression des arbres dits de la liberté.
Nancy, le 3 mai 1816.
Messieurs, quelque sévères que soient les ordres émanés de mon autorité pour faire abattre les arbres dits de la liberté, et en adjuger le produit au plus offrant, je sais qu'ils n'ont pas encore été complètement exécutés par-tout.

Quelle peut être la cause du peu de zèle que témoigne à cet égard le petit nombre des communes en retard ? Voudraient-elles qu'on l'attribuât à la malveillance, ou doit-on croire, qu'en s'obstinant à conserver lesdits arbres, elles partagent encore les erreurs et les faux principes dont ils étaient pour ainsi dire le symbole?

Quoi qu'il en soit, je ne puis tolérer plus long-temps un abus qui tend à entretenir les coupables espérances des agitateurs, et à rappeler des souvenirs que tout doit nous faire abhorrer.

En conséquence, je juge à propos d'ordonner que tous les maires certifieront au sous-préfet de l'arrondissement dont ils dépendent, dans les trois jours qui suivront la réception de la présente circulaire, qu'il n'existe plus d'arbres dits de la liberté dans leurs communes respectives, ou qu'ils se sont empressés de faire détruire ceux qui s'y trouvaient encore. Une déclaration négative de leur part indiquera, lorsqu'il y aura lieu, que la mesure n'est pas applicable à leur commune.

Ces certificats seront enliassés par canton, et les sous-préfets m'adresseront leur rapport du dépouillement qui en aura été fait.
Je profite, Messieurs, de la circonstance, pour rappeler à votre souvenir un second objet non moins essentiel. Je veux parler d'une disposition de ma circulaire du 30 novembre 1815, (recueil administratif, série de 1815, n° 8 ) qui avait pour but de faire arborer le drapeau blanc sur la maison commune de chaque localité, ainsi que d'exiger que les maires et adjoints fûssent munis d'une écharpe blanche. Cette mesure a-t-elle enfin reçu son exécution sur tous les points ? c'est ce que j'ignore, faute des renseignemens que les maires auraient dû se hâter de me transmettre à ce sujet.

Dans l'incertitude où me laisse leur silence, je vous invite derechef à me faire, s'il est nécessaire, une demande de fonds proportionnés à ce que coûterait l'achat des deux articles, et que je me propose d'approuver sans retard ni difficulté.

J'espère, Messieurs, que la session actuelle des conseils municipaux ne se terminera point, sans que l'objet en question ne soit définitivement réglé; et qu'après cette époque, je n'aurai plus à me plaindre d'une insouciance extrêmement défavorable aux fonctionnaires qui se seraient mis dans le cas de se la faire reprocher.
Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Le contre-amiral, préfet de la Meurthe Signé, le comte DE KERSAINT.

Document publié le 01-01-2004

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