UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - Les conséquences dramatiques d'une tempête

Nancy, le 6 août 1816.

Messieurs, l'orage affreux qui a éclaté le 5 de ce mois, est un évènement déplorable qui ne peut qu'exciter bien vivement l'intérêt que je porte à mes administrés. Je m'empresse de vous rappeler, dans cette circonstance, les devoirs que vous avez à remplir, et qui vous sont tracés par un arrêté du 24 floréal an 8.

L'article 26 du titre II de cet arrêté, s'exprime ainsi :
« Lorsqu'une commune aura éprouvé des pertes de revenus par des évènemens extraordinaires, elle remettra aussi sa pétition au sous-préfet, lequel nommera deux commissaires pour vérifier, en présence du maire, conjointement avec le contrôleur de l'arrondissement, les faits et la quotité des pertes. »

J'invite, en conséquence, MM. les maires à m'adresser sur-le-champ leurs demandes pour la nomination des experts qui doivent constater les pertes survenues dans leur commune; et les prie d'assurer leurs administrés que je vais solliciter, avec toute la chaleur possible, des secours du gouvernement, qui ne manquera pas de prendre un vif intérêt aux nouvelles calamités qui pèsent en ce moment sur les habitans de la Meurthe, et m'accordera, je l'espère, les moyens d'en alléger le fardeau.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Signé, le comte de KERSAINT.


LETTRE de M. le sous-préfet de l'arrondissement de Château-alins, à M. le préfet du département de la Meurthe, sur les suites de l'orage du 5 août.
Château-Salins, le 7 août 1816.

M. le préfet, je m'empresse de vous rendre compte d'un événement qui a consommé la ruine d'une grande partie des hahitans de cet arrondissement. J'en ai l’âme navrée de douleur.

Dans la journée d'avant-hier, 5 de ce mois, un orage est venu fondre sur notre malheureuse contrée, et a détruit des récoltes, qui, quoique tardives et attendues avec la plus vive impatience, ne présentaient pas moins les plus belles espérances. D'après les rapports que j'ai reçus jusqu'ici, cinquante-deux communes ont été la proie de ce torrent dévastateur : je crains bien que de nouveaux rapports ne viennent encore ajouter à la consternation générale.

Cet orage, amené par un vent d'ouest, a particulièrement étendu ses ravages sur une partie des quatre cantons de Château-Salins, Vic, Dieuze et Albestroff. Ses déplorables effets sont tels, que, dans la presque généralité des communes, toutes les espèces de récoltes sont absolument détruites. J'en ai visité aujourd'hui plusieurs où l'on n'apperçoit plus aucune trace de végétation. Ce ne sont pas simplement les plantes annuelles qui ont été anéanties; mais les arbres fruitiers, les arbustes, tout ce qui compose le règne végétal a disparu; ou bien ce qui en reste, semble avoir échappé aux flammes. Le dérèglement des saisons et le désordre de la nature n'ont jamais occasionné un semblable désastre.

Pour vous donner une idée, M. le préfet, de la fureur de l'ouragan, il suffira de vous dire que des hommes en ont été la victime; que le gibier et des oiseaux de toute espèce ont péri; que les toitures, les volets, les persiennes, les fenêtres des habitations ont été brisés; que les ouvrages en fer-blanc ont été ou rompus ou percés; et que les campagnes, tout-à-l'heure si richement couvertes, ne laissent même plus appercevoir où était plantée la pomme de terre, seule et bien incertaine ressource de nos trop malheureux habitans.

La ville de Marsal et les communes voisines semblent avoir été soumises plus particulièrement aux effets de cet affreux orage. Tout y offre l'image de la dévastation. Il faudra trente milliers de tuiles pour remplacer celles que la grêle a, pour ainsi dire, pulvérisées sur la toiture du seul hospice civil de Marsal. En tout, cette ville est réduite à la plus affreuse misère; et en examinant ses pertes, en m'efforçant de consoler ses habitans, en ranimant leur courage, en leur promettant que le tableau de leur désolante situation serait porté jusqu'au pied du trône, je n'ai pu me défendre de remettre au maire, au nom du plus auguste des monarques, au nom du meilleur des pères, une somme de quatre cents francs, pour venir au secours des plus nécessiteux de la ville de Marsal.

Vous sentirez, M. le préfet, que la modicité de ce secours ne peut être considérée que comme un moyen d'ouvrir les âmes à l'espérance, et d'empêcher la plus pauvre des populations de se laisser entraîner au désespoir. Il est maintenant de la plus grande urgence de prendre des mesures qui puissent adoucir le sort de tant de malheureux. Je ne puis trop répéter combien il est nécessaire de prendre de promptes mesures en faveur de six à sept mille familles désolées, qui n'ont plus d'espoir que dans la bienveillance du gouvernement. Des considérations de plus d'un genre en font l'obligation; la religion et l'humanité les sollicitent également, et peut-être que l'ordre public les réclame avec autant d'instance.

Je vous prie, M. le préfet, d'agréer l'hommage de mon respect.
Le sous-préfet de l'arrondissement de Château-Salins :
Signé, DUFAY.


APPEL A L'HUMANITÉ.

Le contre-amiral, préfet du département de la Meurthe, à ses administrés.
Mettre sous vos yeux l'affligeant tableau des calamités qui tout-à-coup sont venues fondre sur un grand nombre de communes de ce département, c'est appeler sur vos malheureux concitoyens votre intérêt et votre commisération.

Si votre coeur ne reste point insensible au récit de tant de maux, volez au secours de ces infortunés, qui ont vu détruire en quelques minutes des espérances qui touchaient au moment de se réaliser.

Un registre de souscription sera ouvert en leur faveur, savoir :
Pour l'arrondissement de Nancy, chez M. Boulangé, notaire à Nancy;
Pour l'arrondissement de Toul, chez M. Cordier, notaire à Toul;
Pour l'arrondissement de Château-Salins, chez M. Blahay, receveur-particulier à Château-Salins;
Pour l'arrondissement de Sarrebourg, chez M. Henriet, notaire à Sarrebourg;
Et pour l'arrondissement de Lunéville, chez M. Chatton, notaire à Lunéville.
Les sommes qui proviendront de ces souscriptions, seront réparties en proportion des pertes qu'ont essuyées les victimes de cet affreux orage.
Fait à Nancy, en l'hôtel de la préfecture, le 10 août 1816.
Le contre-amiral, préfet de la Meurthe :
Signé, le comte DE KERSAINT.

M. le contre-amiral, préfet de la Meurthe, vient d'achever sa tournée dans les arrondissemens de Château-Salins, Sarrebourg et Lunéville. Son coeur a été profondément affligé des maux causés par l'orage du 5 août, et dont il a vu les tristes et malheureux effets. Il a accompagné les paroles consolantes qu'iI portait aux victimes de cet événement, de quelques secours provisoires, qui, s'ils ne sont pas suffisans pour les tirer de l'abîme où elles sont plongées, leur a du moins donné la preuve qu'il ne pouvait voir leur infortune sans y compâtir. Il leur a fait espérer des secours plus efficaces de la part d'un monarque qui est le père de ses sujets, et de celle des communes qui n'ont point été atteintes par ce fléau. Déjà la munificence de S. M. a réalisé les promesses faites en son nom; et le préfet s'apperçoit, avec le plus vif interêt, que ceux des habitans de son département, dont les moissons ont été ménagées, ne demeurent point insensibles aux malheurs de leurs frères.

M. le préfet n'a qu'à se louer du bon esprit qui anime ses administrés: il est bien persuadé qu'ils sentent aujourd'hui qu'ils ne peuvent être heureux et tranquilles que sous le gouvernement de l'auguste dynastie que Dieu a rendue à la France. Il a reçu par-tout des témoignages d'amour et de dévouement pour S. M., dont il lui a transmis l'hommage par l'intermédiaire de ses ministres; et il espère que le roi ne compte plus aujourd'hui, dans le département de la Meurthe, que de bons et fidèles sujets. Il a été extrêmement satisfait du zèle et du dévouement que lui ont manifestés toutes les autorités.

Il compte entièrement sur leur concours, pour l'aider à administrer ce département dans l'esprit de justice et d'équité qui fait la règle de sa conduite. Il a vu avec grand plaisir MM. les maires et adjoints; il en a reçu, ainsi que des habitans de toutes les communes qu'il a visitées, des marques d'attachement dont il ne peut trop les remercier. Il les engage, les uns et les autres, à s'attacher de plus en plus au sage gouvernement qui veille également sur tous, et dont le chef auguste n'est occupé que des moyens de réparer les maux que vingt années de révolution ont accumulés sur nous. Encore un peu de temps, et la main bienfaisante de S. M. aura cicatrisé nos plaies.

M. le préfet se plait à donner les plus grands éloges aux gardes nationales qu'il a passées en revue: celles de Château-Salins, de Dieuze, de Phalsbourg, de Sarrebourg, de Blâmont et de Lunéville, rivalisent de zèle et de dévouement. Il a remarqué, avec une véritable satisfaction, leur excellente tenue; et il ne doute nullement que, s'il était possible que la tranquillité du département fût un instant troublée par quelques malveillans, on la verrait bientôt rétablie par les soins et le concours des gardes nationales.
Nancy, le 28 août 1816.

Par ordre de M. le préfet : le secrétaire-général de la préfecture :
Signé, le comte DE CRESOLLES.

Document publié le 01-01-2004

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