UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - La conservation des pommes de terre

Nancy, le 19 octobre 1816.

Messieurs, tout ce qui, dans les circonstances actuelles, peut contribuer à augmenter nos ressources en fait de subsistances, ou à les conserver sans avaries, mérite une attention particulière, dont nous recueillerons plus tard les fruits. C'est ce qui m'engage à faire insérer au recueil des actes de la préfecture, la notice ci-après, dont quelques journaux ont déjà publié des extraits plus ou moins étendus, mais que son utilité incontestable doit faire désirer de connaître en entier.

Je vous recommande, Messieurs, de lui donner, de votre côté, la plus grande publicité, afin de multiplier les avantages que promet l'application des procédés qui s'y trouvent indiqués.
Recevez, Messieurs, l'assurance de mon affectueuse considération.
Le préfet de la Meurthe, Signé SEGUIER.

Dans le moment où l'on s'occupe de la récolte des pommes de terre, qui peuvent offrir une ressource si précieuse, il paraît utile de rappeler aux cultivateurs quelques procédés bons à employer pour prolonger la conservation de ces racines jusqu'à la récolte prochaine.

Le premier soin doit être de ne recueillir ce tubercule que dans sa parfaite maturité; car sa durée dépend autant de cette attention essentielle, que de l'influence du lieu où l'on tient ensuite les pommes de terre.

Lorsqu'on les a retirées du sol, il est bon, si l'on n'a pas de gelées blanches à craindre, de les laisser quelque temps sur le terrain ou sur l'aire d'une grange, afin qu'elles se ressuient: cette opération achève de dissiper l'humidité superficielle; elle empêche que la terre n'y reste attachée et ne leur fasse contracter un mauvais goût.

Si l'on n'a qu'une petite provision à conserver, la garde en sera facile, parce qu'on peut, d'un moment à l'autre, transporter de la cave au grenier ou du hangard au cellier les paniers, caisses ou tonneaux dans lesquels on les aura mises: on évitera seulement de poser contre les murailles les vaisseaux qui les contiendront; on aura soin de ne laisser pénétrer dans le lieu où seront les pommes de terre, ni la chaleur, ni le froid, ni la lumière, et de diviser la provision, autant que possible, avec des nattes, de la paille, des feuilles sèches ou des planches.

Mais lorsqu'il s'agit de tenir en réserve des quantités considérables de racines, il convient alors d'employer d'autres moyens, et ceux-là méritent particulièrement l'attention.

La méthode la plus sûre et la plus connue pour conserver long-temps toute espèce de racines, est de faire en terre un trou de dix à douze pieds de profondeur, et d'une grandeur proportionnée à la quantité qu'on veut y serrer. On garnit le fond et les parois intérieures, de paille longue et bien sèche; et après y avoir entassé les racines jusqu'à une hauteur de trois à quatre pieds au-dessous du niveau du terrain, on recouvre le tout d'un lit de même paille ou de feuilles bien sèches, et ensuite on remplit le trou avec de la terre jusqu'au niveau du sol. Dans cet état, la pomme de terre ne gèle ni ne germe, et peut se conserver plusieurs années sans altération.

Il est à propos de pratiquer plusieurs trous de tette espèce, afin de ne mettre en consommation qu'une fosse à la fois, parce que le contenu de la fosse une fois découvert devient susceptible de l'influence atmosphérique.

Dans les terrains humides, et où l'eau se trouve à peu de profondeur, cette méthode ne peut être employée mais on y supplée en partie par quelqu'un des moyens suivans:

1° On fait choix d'une portion de terrain à l'abri des bestiaux et la plus sèche possible, on y place, sur le sol , les pomme de terre en tas séparés, ayant la forme d'un pain de sucre, de quatre à cinq pieds de hauteur. On les recouvre de trois ou quatre pouces de paille, et on jette sur cette paille cinq à six pouces de terre qu'on se procure, en faisant, autour de chaque tas, un petit fossé pour l'écoulement des eaux. Il faut avoir soin de battre avec un dos de bêche la terre placée sur la paille, afin de lui donner de la consistance, et que la pluie glisse facilement dessus. Lorsque de grands froids surviennent, on couvre les tas avec du fumier ou de la litière pour empêcher que la gelée n'y pénètre. Quand on voudra consommer, il faudra transporter à la maison un tas tout entier, à cause de la difficulté de le recouvrir assez exactement pour le mettre à l'abri des injures du temps.

2° Au lieu de donner à ces tas la forme de pains de sucre, on peut aussi en réunir plusieurs en un que l'on disposera en long dans la direction du midi, en lui donnant toujours de quatre à cinq pieds de hauteur environ, et le formant en dos d'âne. On le recouvre de la même manière. Par là, on ménage du terrain. Il faut alors avoir soin d'entamer le tas du côté du midi, et de bien recouvrir l'ouverture avec de la paille ou, des paillassons.

3° On peut encore pratiquer, dans un terrrain élevé, et sec, à proximité de la maison, une tranchée peu profonde, garnie en paille longue dans le fond et sur les parois. On y place les pommes de terre, et on les recouvre de paille, ensuite on pratique au-dessus une meule en forme de cône ou de talus, et on a soin de reboucher bien exactement l'entrée, chaque fois, qu'on ôte des pommes de terre.

4° Quelques personnes se contentent de pratiquer, dans leur grange ou dans tout autre endroit disponible, une enceinte formée avec des claies ou des planches, en ménageant un passage pour y transporter les pommes de terre, ou pour les en ôter à mesure de la consommation. Cette enceinte doit être entourée par les pailles et les fourrages.

5° Enfin, si l'on a une cave bien sèche, on peut y conserver les pommes de terre, en les y entassant et recouvrant le tas avec de la paille ou des feuilles sèches; on aura soin de bien boucher les ouvertures de la cave.
Au printemps, lorsque les gelées ne sont plus à craindre, il faut s'occuper de préserver de la germination ce qu'on désire conserver, après avoir mis de côté la quantité destinée à être plantée.

Pour cela, on transporte les pommes de terre dans un grenier bien aéré; on les y place sur le plancher, les unes à côté des autres, en ayant soin de les visiter de temps en temps, de les remuer et d'enlever les germes qui poussent pendant les premiers jours de printemps. Tels sont les procédés les plus usités et les plus faciles pour conserver les pommes de terre entières, et en état de servir soit comme aliment, soit pour la plantation.

Document publié le 01-01-2004

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