UFC Que Choisir de Nancy et environs

1816 - Les conséquences des catastrophes naturelles....

Nancy, le 30 août 1816.

Messieurs, un objet très-important doit aujourd'hui fixer toute votre attention: je veux parler des mendians, qui ne manqueront pas de se présenter dans vos communes, sous le prétexte qu'ils ont tout perdu par les tristes effets de l'orage du 5 août. Vous devez veiller avec une grande précaution sur ces individus. Beaucoup de fainéans, de gens sans aveu et sans conduite, profiteront de cette circonstance pour tromper la pitié publique, et saisiront avec empressement cette occasion pour vagabonder. Autant il est nécessaire et juste de venir au secours des véritables malheureux, autant il faut se tenir en garde contre le faux intérêt que chercheraient à inspirer des individus qui, par-là, enlèveraient à l'infortune les secours que la bienfaisance des habitans de ce département lui réserve.

Je m'occupe sans relâche des moyens de venir au secours de la véritable indigence, d'adoucir le sort des victimes de l'orage qui a éclaté sur nos campagnes, et de procurer aux cultivateurs le grain dont ils ont besoin pour ensemencer leurs terres. Au secours que le roi, dans sa bonté, a déjà bien voulu m'envoyer, se réunissent d'autres secours, qui proviennent des dons que mes administrés s'empressent de faire. Je vais former près de moi une commission, composée d'hommes sages et éclairés, pour la répartition de ces secours: j'espère, à force de sollicitude pour ceux qui ont eu le malheur de voir leurs espérances détruites, leur procurer les moyens de supporter cette douloureuse perte avec plus de courage et de facilité.

Je me décide donc, d'après ces considérations, à défendre qu'aucun mendiant fasse des quêtes particulières, et pour son propre compte. Tout ce que la générosité et la bienfaisance accorderont aux malheureuses victimes de l'orage du 5 août, doit se verser dans une caisse commune, pour tourner, par une juste répartition, au profit de tous.

En conséquence, vous voudrez bien n'accorder aucun permis de quêter aux habitans qui vous en demanderaient, et MM. les sous-préfets n'en viseront point. Vous préviendrez aussi vos administrés, que si la gendarmerie les rencontrait à mendier hors de leur commune, ils seraient traités comme vagabonds. Encore une fois, qu'ils se reposent, avec une confiance sans bornes, sur les bontés d'un roi qui est le père de ses sujets, sur mes soins et l'intérêt que je prends à leur position, enfin sur la sensibilité de leurs concitoyens, qui, je n'en doute pas, s'empresseront de partager leurs ressources avec ceux qui n'en ont plus, et bientôt ils verront leur sort s'adoucir.
Vous voudrez bien donner la plus grande publicité à cette circulaire.

Je vous renouvelle, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Le contre-amiral, préfet de la Meurthe:
Signé, le comte DE KERSAINT.

Document publié le 01-01-2004

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