UFC Que Choisir de Nancy et environs

1823 - La statue de Stanislas

Nancy, le 12 mars 1823.

Messieurs, depuis long-temps les habitans de l'ancienne province de Lorraine manifestaient le voeu aussi légitime qu'honorable, de voir élever au roi Stanislas, bienfaiteur de cette contrée , un monument public qui attestât leur reconnaissance et leur amour.

Personne n'ignore quels sont les titres de cet excellent prince à la vénération et à l'affection de ses anciens sujets.

Dans les trois départemens qui composent l'ancienne Lorraine, la plupart des villes et quelquefois de pauvres villages, attestent encore sa munificence royale, son admirable sagesse ou sa touchante humanité. La ville de Nancy sur-tout offre à tous les yeux et à tous les cœurs la preuve de l'affection particulière de Stanislas, qui s’était plu à l'embellir par des édifices magnifiques, et à l'enrichir de toutes les institutions propres à honorer et fortifier la religion, répandre les lumières utiles, faire fleurir les sciences et les arts et enfin soulager tous les genres d'infortune.

Et cependant lorsque la voix si pure de la postérité a justifié les noms de Bienfaisant et de Délices de la Lorraine, que des contemporains décernèrent à Stanislas, rien ne signale, aux regards , la reconnaissance de cette
province; aucun monument public ne présente à l'admiration et au respect de ses habitans les traits révérés de ce
bon Roi. Les citoyens ne peuvent les contempler que dans l'église qui renferme ses cendres ou dans l'intérieur de quelques-uns des édifices publics élevés par ses soins.

L'étranger qu'appelle la curiosité dans cette cité remarquable, s'étonne de cet oubli et sa surprise est, en quelque sorte, un reproche. Le moment est arrivé de le faire cesser et d'acquitter une dette sacrée.

C'est lorsque la France semble à l'envi rétablir tous les monumens détruits par le vandalisme révolutionnaire ; c'est lorsqu'elle s'occupe d'en élever de nouveaux à ses plus grands rois , comme à ses plus grands hommes ; c'est enfin lorsqu'une généreuse émulation anime à cet égard les provinces, les villes et même de simples particuliers , que le voeu des anciens sujets de Stanislas devait être proclamé et exaucé. La Lorraine ne peut être étrangère au noble mouvement qui inspire le reste du royaume, et ce n'est pas en vain qu'un appel y sera fait pour élever, au moyen d'une souscription, une statue à l'aïeul maternel de notre bien aimé monarque Louis-le-Désiré, qui porte aussi le nom de Stanislas comme il en possède les vertus , les lumières et l'amour pour ses peuples.

Organe des voeux de mes administrés, j'ai prié S. Exc. le ministre de l'intérieur de les soumettre à l'approbation auguste du Roi. Sa Majesté a daigné les agréer et autoriser qu'une souscription fût ouverte dans le département de la Meurthe, de la Meuse et des Vosges, à l'effet d'élever une statue au Roi Stanislas sur la place dite de la Carrière, à Nancy.

Pour arriver au but honorable qui. nous est proposé aujourd'hui , je viens de prendre l'arrêté que vous trouverez à la suite de la présente lettre et dont je confie les dispositions à votre zèle.

J'invite MM. les maires à donner à ces deux actes la plus grande publicité.

Je crois n'avoir pas besoin, Messieurs, d'exciter votre empressement et vos soins sur un objet qui appelle tous les sentimens nobles et généreux. Les amis de la religion, les ministres des autels, les magistrats, les savans, les artistes, tons les citoyens, sur-tout les protecteurs des pauvres, et peut-être les pauvres eux-mêmes ( objets de la sollicitude si tendre de Stanislas), voudront à l'envi payer un tribut d'amour à sa mémoire. Il n'est aucune famille chez laquelle la tradition n'ait perpétué le souvenir d'un bienfait du bon Roi. Il n'est aucun citoyen qui ne jouisse encore tous les jours de ses travaux immortels et qui ne doive être heureux de témoigner sa gratitude. Tous les bons Français doivent également se féliciter de pouvoir honorer ainsi un souverain que nos augustes princes se plaisent à compter au nombre de leurs aïeux. Tant de motifs ne nous permettent donc pas de douter, Messieurs , que notre voix sera entendue et que nous pourrons au jour contempler avec respect, dans la capitale de l'ancienne Lorraine, la statue d'un Roi grand dans l'une et L'autre fortune; d'un Roi éclairé, sensible , digne d'inspirer et de connaître l'amitié; d'un Roi qui porta sur le trône la véritable philosophie : celle du chrétien ; d'un Roi enfin qui a si bien mérité ce nom de Bienfaisant , que son siècle lui donna par acclamation et que le nôtre a confirmé.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération,

Document publié le 01-01-2004

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