UFC Que Choisir de Nancy et environs

1823 - Les remèdes secrets

Nancy, le 26 août 1823.

Messieurs, de nombreuses plaintes ayant été portées à S. Exc. le ministre de l'intérieur sur les accidens causés par les remèdes connus sous les noms de purgatif et vomi-purgatif du sieur Leroy, officier de santé à Paris, Son Excellence a demandé un rapport à l'Académie royale de médecine, instituée pour éclairer le gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique.

L'Académie n'a négligé aucun soin pour reconnaître les effets que doivent produire ces remèdes. Les commissaires qu'elles a nommés pour lui en faire un rapport ont analysé comparativement l'échantillon que le sieur Leroy avait adressé à Son Excellence et celui qu'ils ont fait prendre au dépôt général de son remède : pour en constater l'action , ils ont fait des essais sur des animaux ; ils ont observé ses effets sur les personnes qui en avaient fait usage et recueilli de toutes parts des informations sur les accidens multipliés auxquels il a donné lieu.
Des résultats de cet examen approfondi, l'Académie rédigé un rapport qu'elle a remis à Son Excellence et dans lequel elle a établi :

1.° Que le sieur Leroy a fourni au gouvernement une recette autre que celle qu'il emploie pour la préparation le son remède, ce qui constitue une infidélité qui, seule, suffirait pour en faire concevoir une idée défavorable.

2.° Que ce remède, tel qu'on le débite, est composé de drastiques violens, portés à des doses extrêmes dont on augmente encore les funestes effets en lui donnant pour excipient de l'alkool à 22 ou 23 degrés , aussi bien qu'en en répétant et en prolongeant excessivement l'emploi.

3.° Que les drastiques administrés ainsi sans réserve et sans mesure, exercent sur l'économie du corps humain une action analogue aux poisons caustiques.

4° Que ce prétendu remède a fait des victimes sans nombre, et que des plaintes ou des accusations se sont élevées coutre lui, de tous les points de la France.

5.° Qu'il est urgent d'en interdire, autant que le permet la législation actuelle, la vente et la distribution.

Ces observations, Messieurs, et les faits nombreux dont elles sont appuyées, doivent, je l'espère, éclairer l'opinion publique sur les dangers qui ont été signalés par l'Académie; mais comme les préjugés et la cupidité luttent souvent contre l'évidence la mieux démontrée, il est du devoir de l'administration d'employer les moyens que lui donnent les lois pour empêcher, ou du moins diminuer autant que possible, l'emploi d'un médicament aussi dangereux.

Le sieur Leroy a établi des dépôts, soit chez les épiciers, soit chez de simples particuliers; or, suivant l'art. 33 de la loi du 11 avril 1803 (21 germinal an XI), les épiciers et droguistes ne peuvent vendre aucune composition ou préparation pharmaceutique, sous peine de 500 francs d'amende.

D'un autre côté, en rapprochant les articles 25 et 36 de la même loi, des dispositions de la loi du 18 février 1805 (29 pluviôse an XIII), il en résulte, que tout individu qui, sans avoir été reçu pharmacien , vend des médicamens, commet un délit qui peut être puni d'une amende de 25 à 6oo francs.

En conséquence, Messieurs, je vous prie de vouloir bien, à la réception de cette lettre, opérer la saisie des remèdes du sieur Leroy, dans tous les dépôts tenus par des individus non pharmaciens , et de dénoncer tous les dépositaires à M. le procureur du Roi, pour qu'ils soient poursuivis conformément aux lois.

En exécution de l'art. 32 de la loi du 21 germinal an XI, vous voudrez bien aussi notifier par écrit, aux pharmaciens établis dans vos communes, la défense de livrer les remèdes du sieur Leroy, sans la prescription d'un docteur ou d'un officier de santé et leur signature.

Je vous recommande, Messieurs, d’apporter la plus grande promptitude dans l’exécution des mesures ci-dessus prescrites, et d’avertir vos administrés des dangers auxquels ils s’exposeraient, en faisant usage du prétendu remède du sieur LEROY.

Recevez, Messieurs, l’expression de ma parfaite considération.

Le Maître des Requêtes, Préfet de la Meurthe,
Le Vicomte DE VILLENEUVE.

Document publié le 01-01-2004

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