UFC Que Choisir de Nancy et environs

1823 - Les rumeurs malveillantes

Nancy, le 28 avril 1823.

Messieurs, plusieurs fois déjà j'ai appelé votre attention sur la nécessité de surveiller et de réprimer les manoeuvres coupables qui tendraient à alarmer les citoyens et à altérer la sécurité publique.

Les circonstances m'engagent à insister, de nouveau et plus fortement encore, sur l'observation des obligations graves et importantes qui vous sont imposées à cet égard.

Une malveillance active et inquiète, toujours prête à dénaturer les intentions du gouvernement, toujours habile à saisir l'occasion d'agiter les esprits, semble redoubler d'efforts depuis que les troupes du Roi sont entrées sur le territoire d'Espagne ; ses armes sont l'imposture et la calomnie. Jalouse de la paix intérieure et de la confiance des peuples envers le gouvernement légitime, elle est satisfaite, si elle a pu les troubler un moment: peu lui importe que le lendemain confonde les inquiétudes qu'elle a semées la veille ; elle a atteint son but, si elle est parvenue à alarmer des esprits crédules et peu éclairés et à jeter quelques épines sous les pas des magistrats qui veillent au bonheur et au repos de la société.

Ainsi, depuis que les armées du Roi ont franchi lés Pyrénées, elle ne cesse de chercher à égarer l'opinion par des nouvelles alarmantes et des faux bruits de touts espèce. " Sur tous les points (m'écrit S. Exc. le ministre de l'intérieur), les correspondances officielles et les rapports particuliers signalent les mêmes efforts et les mêmes moyens. L'occupation de quelques provinces par des armées étrangères, de nouveaux appels sur les classes des jeunes gens libérés par la loi, des bruits de défection dans l'armée d'Espagne, etc., etc., etc.; tel est le texte des nouvelles absurdes que les agens de la faction révolutionnaire s'efforcent d'accréditer ; bientôt, sans doute, les progrès même de l'armée d'Espagne leur fourniront le prétexte d'annoncer avec la même assurance des désastres imaginaires."

Le gouvernement du Roi, fort de l'appui de tous les bons français, autant que du courage et du dévouement de l'armée, méprise ces obscures manoeuvres. Des bruits mensongers, démentis chaque jour par les journaux et par la correspondance de toute l'armée, ne mériteraient donc que le ridicule; et c'est peut-être trop relever leurs auteurs que de les combattre par le langage de la vérité et de la raison. Mais ils décèlent les intentions les plus criminelles; ils tendent à troubler la sécurité des classes peu éclairées, à nuire au développement de l'industrie et du commerce, et à amener insensiblement des mécontentemens et peut-être des désordres. Dès lors l'autorité doit s'empresser d'en prévenir les effets, en éclairant les administrés sur la fausseté des faits qu'on cherche à leur persuader et sur le but de ceux qui les inventent et les propagent ; elle doit sur tout poursuivre avec vigueur les fauteurs de ces manœuvres coupables.

C'est sur-tout à vous, MM. les maires, à vous que vos fonctions rapprochent davantage des individus, que cette tâche est plus particulièrement dévolue : Le gouvernement, l'autorité préfectorale elle-même ne peuvent point démentir chaque fois les bruits absurdes que l'on répand successivement dans vos communes, ni s'engager dans une sorte de lutte qui ne serait ni efficace, ni convenable. Mais vous le pouvez avec avantage. Si vous ne recevez pas le journal officiel, celui de la Meurthe du moins vous transmet et les nouvelles positives de l'armée et les actes du gouvernement ; vous êtes donc à même de détromper, sur-le-champ, ceux des habitans que l'on aurait alarmés.

Dites leur donc la vérité, et la vérité toute entière; car le gouvernement du Roi ne redoute que le mensonge; dites leur qu'il est faux que l'on ait à craindre l'occupation étrangère, qu’ il est faux qu'on doive faire de nouveaux appels sur les classes libérées par la loi , ou prélever des contributions extraordinaires , etc.; dites leur sur-tout que nos troupes n'ont pas plus manqué de fidélité qu'elles n'ont manqué de courage ; et si d'autres bruits aussi controuvés et aussi absurdes avaient circulé, ou se propageaient encore, opposez leur les mêmes armes, la seule vérité. Joignez-vous aux vénérables pasteurs de vos paroisses pour ramener partout, de concert, la sécurité et la confiance et préserver ainsi vos communes de toute inquiétude comme de tout désordre.

Mais un autre devoir vous reste à remplir, c'est celui de rechercher et de poursuivre avec vigueur les artisans et les agens des manoeuvres coupables que je viens de dévoiler.

Il n'est guère possible que leur effet se manifeste dans vos communes, sans que vous en soyiez promptement informés. Dès qu'un bruit susceptible d'alarmer et d'agiter les esprits vous est connu, vous devez, Messieurs, rechercher sans délai ceux qui le répandent et le propagent, leur demander de qui ils le tiennent et remonter ainsi, de proche en proche, jusqu'à la source première. Vous ne devez pas oublier que celui qui débite des nouvelles fausses et alarmantes, sans vouloir ou pouvoir déclarer par qui et comment il en est informé, peut et doit en être considéré provisoirement comme l'inventeur. Vous aurez à dresser procès-verbal de ces informations, en mentionnant soigneusement les noms des témoins et le détail de toutes les circonstances qui auront accompagné les délits. Ces procès - verbaux seront adressés, sur-le-champ, à M. le procureur du Roi et à M. le sous-préfet de l'arrondissement, afin que , s'il y a lieu , les prévenus soient déférés aux tribunaux et signalés à la police générale du royaume.

Le plus souvent ce sont de prétendus voyageurs de commerce, des colporteurs, quelquefois des rouliers et même des mendians étrangers qui sèment ces fausses et alarmantes nouvelles. La plus exacte surveillance doit être constamment exercée sur tous ces individus dont les passeports sont assujettis à une soigneuse et attentive vérification. Je vous rappelle à leur égard les diverses instructions qui vous out été récemment données. ( Voir les n.° 7 et 10 du Recueil de 1823 des actes de la préfecture, pages 65 et 98. )

M'appesantir davantage sur ces recommandations, Messieurs, serait peut-être manifester des craintes sur l'empressement et le dévouement que vous mettez à les observer. Je les termine donc, bien assuré qu'un sentiment profond de vos devoirs envers l'Etat et envers vos administrés vous en ont démontré toute l'importance.

Ne doutez pas que tous les amis de l'ordre n'applaudissent à cette vigilance sévère, qui n'a d'autre objet que le maintien de la sécurité publique. Des familles estimables vous remercieront peut-être d'avoir préservé des jeunes gens sans expérience des pièges tendus à leur crédulité et à la fougue de leurs passions. Enfin, vous aurez prouvé au Roi que les magistrats du département de la Meurthe, jaloux de l'honneur de leur province, sont résolus à empêcher que quelques intrigans , la plupart étrangers au pays, troublent impunément la paix et la confiance publiques, et fassent naître des soupçons injustes sur le dévouement et la fidélité des habitans.

Je vous prie de donner la plus grande publicité à la présente circulaire qui devra être lue à vos administrés, à l'issue de la messe paroissiale.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.

Le maitre des requêtes, préfet de la Meurthe,
Le vicomte DE VILLENEUVE.

Document publié le 01-01-2004

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