UFC Que Choisir de Nancy et environs

1829 - La destruction des loups

Nancy, le 5 mai 1829.

MESSIEURS,

Depuis plusieurs années le montant progressif des primes payées pour la destruction des loups, était devenu une charge extrêmement pesante pour le département dont l'administration m'est confiée. J'ai dû en rechercher les causes , et j'ai remarqué que l'augmentation portait presqu' uniquement sur les louveteaux, dont la prime avait été doublée. Il m'a été démontré que cette prime (6 fr. par tête) est aujourd'hui trop élevée ; qu'elle excite la cupidité de certains capteurs qui ont tenté plusieurs fois de surprendre l'Administration en lui présentant des renardeaux au lieu de jeunes loups.

J'ai communiqué ces observations au Conseil général du département, dans sa dernière session, en lui proposant d'émettre le voeu de revenir à l'ancienne fixation (3 fr. par tête), comme devant être un moyen de déjouer la fraude et de réduire au taux convenable l'une des charges départementales.

Le Conseil général a pensé , en effet , qu'il n'y aurait aucun inconvénient à opérer cette réduction pour les louveteaux pris au moment de leur naissance, ou peu de temps après, c'est-à-dire lorsqu'il est facile de s'emparer de toute une portée; mais qu'il serait utile de maintenir la prime de 6 fr. à l'égard de ceux qui ont acquis assez de force pour que leur capture présentât plus de difficultés.

En consequence et conformément au voeu exprimé par le Conseil , il ne sera plus accordé que trois francs pour chaque louveteau pris et détruit avant le 15 août de chaque année ; le surplus du tarif sera maintenu comme précédemment. Ainsi, suivant l'Avis inséré le 3 août 1818 dans le Recueil des Actes de la Préfecture , je continuerai à faire payer sans retard,

18 fr. pour une louve pleine,
15 pour une louve non pleine,
12 pour un loup,
Et 6 pour un louveteau détruit après le 14 du mois d'août.

Il est peut-être bon de rappeler ici, Messieurs, que , pour obtenir la prime, « celui qui y aura droit devra présenter l'animal tué au Maire de la commune, qui en dressera procès-verbal sur papier timbré, constatant les noms du destructeur , l'âge apparent et le sexe de l'animal tué ; que si c'est une louve et qu'elle soit reconnue pleine , il en sera fait mention au procès-verbal. Cette première formalité remplie, la tête de l'animal sera envoyée, ainsi que le procès-verbal , au Sous-Préfet de l'arrondissement, qui, après avoir fait disparaître ce contrôle (ou au moins l'extrémité des oreilles) , donnera son avis au bas du procès-verbal , et le fera parvenir à la Préfecture. »

S'il s'agit de louveteaux pris avant le 15 d'août, leurs corps entiers devront être présentés au Maire et au Sous-Préfet, avant la putréfaction , afin que ces Fonctionnaires ne puissent pas se méprendre sur l'espèce. Il n'est pas difficile d'ailleurs de distinguer les jeunes loups des jeunes renards. Le renardeau a le museau et la queue plus longs que le louveteau. Leur poil est semblable dès les premiers jours de la naissance, mais lorsqu'ils voient la lumière, ce qui leur arrive aux uns comme aux autres, le neuvième jour , le poil du louveteau reste gris , tandis que celui du renardeau prend une teinte rougeâtre sur le museau. Si le renardeau est de l'espèce des renards qu'on appelle charbonniers, le dessous de la gorge et du ventre se noircit ; si, au contraire, il est de l'espèce du renard roux, la gorge et le ventre blanchissent. Il est à remarquer aussi qu'on trouve généralement quelques poils blancs à l'extrémité de la queue du renardeau; il y a cependant quelques exemples du contraire ; mais l'on n'en voit jamais à celle du louveteau. Un oeil exercé ne peut pas se tromper, même dès le premier jour de leur naissance, sur ces deux espèces d'animaux. Le louveteau qui vient de naître est bien un tiers plus gros que le renardeau ; la queue du premier ne passe jamais, eu longueur, son jarret; au lieu que celle du second se prolonge presque jusqu'au bas de la patte. Enfin, le dessous des pattes des renardeaux est noir, tandis que celui des louveteaux est gris.

Ces indications positives m'ont été données par M. le Conservateur des forêts qui, comme moi , a été étonné du grand nombre de louveteaux présentés en dernier lieu à l' Administration. Je désire, Messieurs, qu'elles vous dirigent dans l'examen des animaux qui vous seront apportés dans le but d'obtenir la prime , et qu'elles vous servent à déjouer la fraude ou à prévenir des erreurs si préjudiciables aux ressources départementales.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Conseiller d'Etat, Préfet de la Meurthe,
Cte. L. D'ALLONVILLE.

Document publié le 01-01-2004

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