UFC Que Choisir de Nancy et environs

1829 - Les dangers de l'émigration

Nancy, le 31 janvier 1829.

MESSIEURS,

Un grand nombre de familles allemandes des anciennes provinces de Lorraine et, d'Alsace, séduites par l'espoir d'un meilleur sort, ont vendu le peu de biens qu'elles possédaient, afin de pouvoir s'expatrier et d'aller aux Etats-Unis d'Amérique pour s'y procurer des moyens d'existence par leur travail. Après avoir dépensé , pour se rendre au Havre , une grande partie de ce qu'elles avaient pu réaliser au moment de leur départ , le surplus a été bientôt absorbé pendant le séjour qu'elles ont été obligées de faire dans cette ville, pour y attendre l'occasion de s'embarquer , et elles se sont trouvées tout-à-coup sans aucune ressource, et dans l'impossibilité de faire les frais de leur passage en Amérique. Pour vous faire apprécier l'état fâcheux dans lequel elles sont tombées , je vais transcrire ci-après un article qui est extrait d'un des derniers n° du Journal du Havre:

Depuis que le froid se fait sentir avec une rigueur inacoutumée dans nos environs , nous avons sous les yeux un spectacle des plus affligeans : c'est celui des malheureux Suisses et Alsaciens qui, sans aucune ressource, sont venus au Havre chercher un passage pour les Etats-Unis. Ces infortunés, presque tous surchargés d'une famille nombreuse , parcourent les rues en implorant , à demi-vêtus , la pitié des passans. Une misérable femme appartenant à cette classe indigente, a été, dit-on, trouvée morte dans une rue , tenant dans ses bras un enfant qu'elle allaitait.

Une autre femme alsacienne a été transportée ce matin à l'hôpital d'Ingouville , avec ses quatre petits enfans ; quelques heures de plus auraient suffi pour les faire périr de froid et d'inanition.

Je vous prie , Messieurs , de vouloir bien donner connaissance de la présente lettre à ceux de vos administrés qui auraient encore le désir ou le projet de s'expatrier, afin qu'ils puissent faire de mûres réflexions avant de prendre un parti qui n'a laissé que des regrets à ceux qui les ont précédés , et de faire en sorte , d'ailleurs , que les circonstances sus rappelées acquièrent la plus grande publicité.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Conseiller d'État, Préfet de la Meurthe,
Cte. L. D'ALLONVILLE.

Document publié le 01-01-2004

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