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1816 - L'installation du maire de Nancy

Nancy, le 4 août 1816

M. le préfet est parti de l'hôtel de la préfecture, à onze heures précises, accompagné de M. le secrétaire-général, de MM. les conseillers de préfecture, et de divers chefs de service. Une compagnie de la garde nationale et les gendarmes à cheval bordaient la haie. Une députation du corps municipal, est venue recevoir M. le préfet au bas du grand escalier de l'hôtelde-ville. M. le président de la cour royale, les autorités civiles et militaires, le corps des officiers de la garde nationale étaient réunis dans la grande salle, où sont arrivés bientôt après M. le lieutenant-général comte de Villatte, commandant la 4ème division militaire, et M. le général baron Gudin, commandant le département de la Meurthe. La séance étant ouverte, M. le secrétaire-général a donné lecture de l'ordonnance royale du 10 juillet ; après quoi, M. le préfet, prenant la parole, a prononcé le discours suivant :

« Messieurs, une ordonnance du roi, datée du 10 juillet dernier, confie définitivement à M. de Raulecour les fonctions de maire de la ville de Nancy, devenues vacantes par la démission de M. Benoist, et que M. Drouot-Devaux, membre du conseil municipal, avait consenti à gérer provisoirement.

S. M. ne pouvait donner à cette cité, toute pleine du souvenir de ses ancêtres, un gage plus certain de sa vive sollicitude pour sa prospérité , qu'en remplaçant l'administrateur distingué que nous avons perdu, par un sujet fait pour réaliser, à son tour, les plus brillantes espérances, et que les motifs les plus louables pouvaient seuls décider à se charger d'un devoir aussi pénible qu'il est honorable. Cette preuve de la confiance du souverain ne pouvait être mieux placée, ni le choix de S. M. réunir plus de suffrages, qu'en tombant sur l'homme vertueux dont les principes n'ont jamais varié, et à qui sa conduite politique ou privée a valu, dans tous les temps, l'honorable témoignage de l'estime de ses concitoyens.

Grâces vous soient donc rendues, estimable magistrat, de ce que, dans des circonstances où le plus grand nombre ne songe qu'à son avantage particulier, vous avez tout oublié pour répondre à l'honorable appel qui vous est fait par le meilleur des rois !

Le noble empressement que vous y avez mis , nous est un sûr garant que, dans le poste éminent que sa bonté vous a destiné, vous remplirez vos importantes fonctions à la satisfaction générale. Vous aurez plus d'une difficulté à surmonter : mais en est-il qui ne cède à la constante volonté de faire le bien, ainsi qu'au sage emploi des mesures convenables ?

Vous avez sans doute , Monsieur , trop d'expérience , pour que j'entre avec vous dans le détail des nombreuses attributions que vous allez exercer ; leur haute importance n'échappera point à votre sagacité ; mais vous sentirez que votre premier devoir , et sans doute le plus essentiel, sera de faire bénir , par votre administration paternelle , le choix de notre bien-aimé souverain . Que chacun de vos concitoyens reçoive de vous l'exemple du noble dévouement qui caractérise le sujet fidèle ; que toute division intestine cesse ; que le passé s'oublie : c'est le voeu de notre roi ; et que l'avenir seul fixe nos destinées. J'appelle votre attention spéciale sur la police intérieure de cette ville. Long - temps les anciens réglemens en firent une cité florissante : aujourd'hui ils tombent en désuétude , et nos vieillards gémissent en remémorant sa splendeur passée. Qu'une surveillance active fasse disparaître cet abus ; et que , sans porter atteinte aux droits des citoyens, elle garantisse jour et nuit leur sécurité . En un mot, sachez allier la fermeté à la justice : c'est tout le secret d'une bonne administration . »

S'adressant à M. Drouot-Devaux, M. le préfet a dit : « Et vous, Monsieur, qui, dans des momens difficiles, n'avez consulté que votre zèle, agréez ici mes sincères remerciemens, pour cette preuve irrécusable de votre dévouement. Le bien que vous avez opéré pendant les courts instans de votre administration , m'a permis d'apprécier toute l'utilité de votre coopération dans le conseil municipal. En y reprenant votre place, recevez encore une fois l ' expression de ma profonde reconnaissance . Que vos honorables collègues sachent combien j'ai lieu d'être satisfait de l'empressement remarquable avec lequel ils ont jusqu'ici partagé mes vues pour la prospérité de la bonne ville de Nancy. En réunissant nos efforts, nous parviendrons sans doute à la tirer de l'état de détresse où l'ont plongé les évènemens ; et j'ai la douce certitude que ce ne sera point l'acte de notre administration que notre bon roi verra avec le moins d'intérêt . En trouvant réunies dans cette enceinte les principales autorités judiciaires , militaires et civiles , je ne perdrai point cette occasion de payer le tribut d'hommages dû à leurs généreux efforts pour opérer le bien , et concourir avec moi au maintien de la tranquillité publique. Cette unité de sentimens garantit l'accord parfait qui continuera , je l'espère , d'exister entre nous , et deviendra le gage du bonheur de ce département. »

Le cri de vive le roi ! a été répété avec enthousiasme par chacun des assistans.

M. le secrétaire-général a ensuite lu la formule du serment , conçue en ces termes :

« Je jure fidélité au roi, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. »

Après avoir prêté son serment, et ceint l ‘ écharpe municipale, M. de Raulecour a porté la parole en ces termes :

« M. le comte , si le dévouement le plus pur, si un zèle ardent devaient suffire à un administrateur , je croirais pouvoir répondre dignement au choix dont S. M. a daigné m'honorer , et à l'espérance flatteuse qu'il vous a plu de concevoir de moi ; mais je suis loin de m'abuser à ce point : éloigné depuis longtemps des affaires publiques, j'ai dû craindre d'en avoir perdu l'habitude, et de trouver l'entreprise disproportionnée à mes forces. Aussi, malgré mon désir de prouver à mes concitoyens combien je suis reconnaissant de la bienveillance qu'ils m'ont souvent accordée , et particulièrement dans cette circonstance, j'aurais renoncé, non sans regret, à la douce satisfaction d'acquitter ma dette envers eux, si, dans cette juste défiance de moi-même, je n'eusse été soutenu par une pensée bien faite assurément pour me donner un grand courage. N'ai-je pas en effet la certitude de trouver dans la sagesse de votre administration , dont chaque jour nous éprouvons les bienfaits ; dans le concours du corps municipal , dont um membre, déjà si avantageusement connu, vient encore d'acquérir de nouveaux droits à notre estime ; enfin dans l'expérience de collaborateurs justement distingués , l'appui des lumières qui me seront nécessaires ? Guidé aussi sûrement, j'aime à penser que la tâche dont j'ai d'abord été effrayé, ne me sera plus impossible, et que je marcherai vers le but que nous signalent sans cesse, et votre zèle infatigable pour le service du roi, et la sage fermeté des magistrats, fidèles organes de la justice du prince, et ce noble et loyal dévouement qui distingue si éminemment toutes les autorités militaires, à l'exemple d'un général devenu l'objet de la reconnaissance publique , comme il l'était déjà de notre admiration.
Déjà, M. le comte, le conseil municipal s'est occupé des finances de la ville . Un arriéré, des dépenses urgentes ont , dit-on , déterminé mon prédécesseur à chercher des ressources nouvelles . L'embarras , sans doute , est grand ; mais le temps , qui guérit tout sous un gouvernement paternel , applanira les difficultés qui gênent l'administration des affaires de la ville , et rendra possible , j'espère , la restauration tant désirée des monumens dont le bienfaisant Stanislas s'était plu à embellir cette capitale .

Déjà les bienfaits de la paix se font sentir et sont appréciés ; la tranquillité règne dans nos murs : je suis persuadé que je n'aurai à vous faire, à cet égard, que des rapports satisfaisans . Si quelques uns ont été égarés par les fausses doctrines du temps , éclairés maintenant par nos malheurs , qui en ont été les funestes conséquences , ils reconnaissent comme nous , que le seul moyen de salut qui nous reste , c'est de nous serrer tous autour du trône légitime , et de revenir franchement aux principes d'une saine morale , puisés dans cette source pure où la puisaient nos pères .

Tous mes concitoyens sentent que le devoir se lie aujourd'hui à leur intérêt bien entendu ; tous prouveraient, si l'occasion s'en présentait , que notre auguste monarque peut compter sur le dévouement de sa bonne ville de Nancy , et qu'en dignes enfans d'un si bon père, unis de coeur et d'intérêt, ils ne forment plus qu'un même voeu, celui qu'exprime si bien ce cri qui a toujours sauvé la France, notre cri de ralliement : vive le roi ! »

Tous les spectateurs ont répété le cri de vive le roi ! et la musique a fait entendre des airs analogues à la circonstance.

M. Drouot-Devaux, cédant au besoin de manifester à M. le préfet sa reconnaissance pour les paroles flatteuses qu'il venait de lui adresser, s'est exprimé en ces termes :

« M. le préfet , les expressions me manquent pour vous peindre les sentimens que me fait éprouver tout ce que. vous a venez de me dire d'obligeant. Si ma conduite, dans les circonstances difficiles où la ville de Nancy s'est trouvée depuis plusieurs semaines, sous le rapport des subsistances , a mérité la reconnaissance publique, c'est envers ses premières autorités, c'est à vous, M. le comte, à votre administration sage et paternelle, ainsi qu'à la surveillance active et ferme de l'administration militaire, dirigée par son brave et digne chef , c'est à vous deux enfin , Messieurs , à qui l'expression de ce sentiment doit uniquement s'adresser : je me suis dirigé d'après votre exemple ; je n'y ai ajouté que la bonne volonté et le dévouement d'un bon Français. Mon successeur marchera également sur vos traces, parce que, ainsi que moi, il chérit son pays et aime son roi. »

M. le secrétaire-général , après avoir pris les ordres de M. le préfet, a déclaré que la séance était levée ; et le nouveau maire , accompagné de toutes les autorités , s'est rendu à l'église , pour prier Dieu de réaliser les espérances que ses concitoyens ont conçues de son administration .

Par ordre de M. le préfet : le secrétaire général de la prefecture,

Signé, le comte DE CRESOLLES.

Document publié le 01-01-2004

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