UFC Que Choisir de Nancy et environs

1832 - La déclaration de politique générale

Nancy, le 16 octobre 1832.

MESSIEURS,

J'ai l'honneur de vous adresser la circulaire de M. le Président du conseil à tous les fonctionnaires chargés de l'exercice du pouvoir, et j' y joins celle où M. le Ministre de l'intérieur fait un appel public à leur concours loyal, courageux, déclaré. La lecture de ces deux actes solennels vous prouvera, Messieurs, que si le personnel du Ministère qui nous dirige depuis dix-huit mois a éprouvé une modification, ses principes restent les mêmes. La paix au-dehors, l'ordre au-dedans, la répression de toutes les licences, qui devient l'affermissement de toutes les libertés et l'honneur de la France avant tout, voilà ce qu'au nom du trône constitutionnel vous promet le plus illustre guerrier de l'Europe. Ayons foi pleine et entière, Messieurs, dans ces paroles du premier Ministre d'un Roi digne élu de la nation: la prospérité du commerce, l'activité de l'industrie, et la continuation du développement progressif de toutes les conquêtes de juillet, sont les fruits que nous promet un système auquel tout bon citoyen, tout fonctionnaire patriote peut être fier de se dévouer. Sourds aux clameurs des partis, n'écoutons qu' une voix, celle de notre conscience; ne suivons qu' un chemin, celui du devoir; et, placés dans l' alternative d' une retraite loyale ou d' un concours dévoué, justifions en hommes d' honneur le choix que nous aurons fait en hommes libres.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée,

Le Préfet de la Meurthe,
L. ARNAULT.


Paris, le 12 octobre 1832.

A MM. les Premiers Présidens et Procureurs généraux près les Cours royales, les Lieutenans généraux commandans les divisions militaires, les Préfets maritimes, les Préfets des départemens, et les Maréchaux-de-camp commandant le département.

MONSIEUR,

Le Roi m'a fait l'honneur de me placer à la tête de son conseil. L'intention de Sa Majesté est de donner ainsi à l'Administration cette unité qui rend son action plus énergique, et sa responsabilité plus réelle.

En m'appelant à cette haute fonction, le Roi a peut-être considéré quelques vieux services, et ce que j'ai eu le bonheur de faire pour mon pays. Mais surtout il a voulu annnoncer hautement que le ministère serait jaloux de la dignité de la France, et non moins dévoué à sa gloire qu'à sa sûreté. J'ose croire que ma vie entière en répond. Le système de politique adopté par mon illustre prédécesseur sera le mien. C'est le vrai système national: les deux Chambres l'ont ainsi déclaré.

Le maintien de la monarchie et de la Charte est la condition première de la liberté publique. Cette liberté ne peut être forte que si elle est régulière. Elle s'honore et s'affermit par le respect des lois. L'ordre au-dedans et la paix au-dehors seront les gages les plus sûrs de sa durée.

La France peut donc compter sur mes efforts pour maintenir l'ordre et la paix. Je vous demande votre concours actif et déclaré. Le gouvernement a besoin de tout votre courage et de toute votre sagesse.

Toute tentative de désordre sera énergiquement réprimée. Si le parti du Gouvernement déchu ose encore braver l'autorité légale, une justice rigoureuse doit l'atteindre. Il faut anéantir ses folles espérances. Des mesures seront prises pour effacer jusqu' à la trace des troubles qui ont agité quelques départemens.

L'anarchie a été vaincue dans Paris les 5 et 6 juin par le noble dévouement de la garde nationale et de la troupe de ligne. Les factions, dans ces journées déplorables, ont dévoilé tout à la fois leur audace et leur faiblesse. Le Gouvernement n'ignore et ne redoute aucun de leurs projets. La sédition trouverait le pays unanime pour donner au pouvoir toutes les forces dont il aurait besoin.

En maintenant l'Ordre, Monsieur, nous travaillerons à l'affermissement de la paix. Un gouvernement qui se fait respecter au-dedans peut sans péril avoir au-dehors une politique ferme et indépendante. De concert avec les puissances nos alliées, nous presserons la solution de toutes les grandes questions européennes. Nos armées, ardentes, mais dociles, prêtent à notre modération l‘ appui de la force. L'Europe le sait; mais elle connaît aussi notre fidélité à nos engagemens, et notre ferme volonté de maintenir la paix du monde.

Telle est, Monsieur, la pensée du Gouvernement du Roi. Pénétrez-vous de l'esprit de sa politique; propagez-la, faites-la bien connaître. Il n'est point de sentimens honorables qu'elle ne puisse satisfaire, point d'intérêts légitimes qu'elle ne doive rassurer. Que vos services fortifient et honorent l'autorité; qu'elle recueille avec vous le prix de votre sage et habile conduite. Tous les bons serviteurs de l'État seront signalés à la haute bienveillance du Roi.

Monsieur, la France est libre; elle est respectée; sa prospérité commence à renaître; encore quelques efforts, et nous goûterons tous les fruits de notre glorieuse révolution. Le Gouvernement ne manquera point au pays; mais c' est dans le pays surtout que nous avons confiance; si le succès couronne nos travaux, nous le lui devrons: c' est pour moi une vieille habitude, de tout rapporter à l' honneur de la France.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Le président du Conseil des Ministres,
Ministre Secrétaire d'état au département de la guerre,
Signé Mal. DUC DE DALMATIE.



Paris, le 13 octobre 1832.

MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR.

Le Ministre Secrétaire d' État de l'intérieur, à Messieurs les Préfets des départemens.

Monsieur le Préfet, le Roi, en m'appelant au ministère de l'intérieur, m'a honoré d'une confiance que je vais m'efforcer de justifier. Le soin principal dont il m'a chargé est de veiller à la sûreté intérieure de l’ 'Etat. Je veux consacrer tous mes efforts au maintien de l'ordre et de la paix publique. Dans cette tâche difficile, le concours qui m'est le plus nécessaire est celui de MM. les Préfets des départemens: je réclame ce concours au nom du zèle que je mettrai moi-même à les seconder, au nom de leurs propres devoirs.

L'esprit qui anime le conseil du Roi leur est connu par la circulaire que M. le Président du conseil vient d'adresser à toutes les autorités civiles et militaires; c'est le même esprit que je veux apporter dans l'administration qui m'est confiée.

La France a fait une révolution glorieuse pour venger la violation des lois; ce serait une funeste inconséquence, une déplorable faiblesse que de n'en pas assurer le respect au lendemain de cette révolution; ce serait manquer le noble but pour lequel elle a été faite. Hors du règne des lois, il n' y a que le règne des partis, c'est-à-dire la violence, l'inquisition, la guerre civile.

C'est à imposer ce joug respecté à tous les partis que nous devons apporter nos soins. Tandis que la masse de la nation se montre paisible, éclairée et satisfaite des institutions qu' elle a conquises, il est des hommes qui, sortis des rangs des amis de la liberté, la comprennent mal, et la feraient dégénérer en anarchie, si l'on ne résistait à leurs égaremens; il en est d'autres qui, dès long-temps conjurés contre elle, l' attaquent par des intrigues, par des complots, par la guerre civile, par les plus coupables et les plus odieux moyens; Il faut éclairer les premiers, les contenir, leur opposer la force des lois, s' ils s' en écartent; surveiller les seconds, suivre leurs menées, les frapper enfin quand ils se soulèvent contre l' ordre établi. Nos efforts doivent tendre à prévenir les erreurs des uns, à déjouer les trames des autres; mais nous devons finir par les réprimer tous, quels qu'ils soient avec une ferme énergie, quand ils osent troubler le repos public. Le Gouvernement du Roi doit être exempt de tout esprit de haine et de vengeance; mais il ne peut, ne doit souffrir d'aucun parti la violation des lois: il doit à la France l'ordre public.

Faites en sorte, monsieur le Préfet, que par votre esprit modéré et conciliateur, mais aussi par votre impartiale justice, le Gouvernement du Roi apparaisse tel qu'il doit, tel qu'il veut être, c'est-à-dire animé de bienveillance et de force.

Je surveillerai vos efforts, je les signalerai au Roi avec empressement, tout comme je lui signalerai avec regret, mais avec franchise, la moindre déviation ou la moindre faiblesse dans l'accomplissement des devoirs qui vous sont imposés.

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Ministre Secrétaire d'état de l'intérieur,
A. THIERS.

Document publié le 01-01-2004

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