UFC Que Choisir de Nancy et environs

1832 - La distribution des livres scolaires

Nancy, le 6 janvier 1832.

MESSIEURS,

Dans le but de favoriser l'instruction élémentaire, une des premières pensées du gouvernement a été de faire composer, imprimer et distribuer dans les écoles primaires des ouvrages destinés à y répandre les premières connaissances. C'est d' une part un moyen sûr de propager des idées utiles dans toutes les classes de la société, et particulièrement parmi les nombreux hahitans des communes rurales, et c‘ est de l'autre le moyen le plus efficace de faire enfin disparaître la méthode de l'enseignement individuel, avec tous les inconvéniens qu'elle entraîne, en lui substituant les méthodes perfectionnées de l'enseignement mutuel et de l'enseignement simultané.

Monsieur le Ministre de l' instruction publique et des cultes vient, en conséquence, de prendre des mesures propres à satisfaire promptement, sur ce point capital, aux plus pressans besoins de l' instruction élémentaire.

Pour faciliter autant que possible l' art de lire en mettant entre les mains des enfans un premier livre qui fût à leur portée et qui eût le double avantage, 1° de leur présenter dans un ordre convenable les élémens de la langue; 2° de leur offrir quelques notions et utiles, propres tout à la fois à servir d' exercices de lecture, à piquer la curiosité naturelle du jeune âge, et à jeter dans l' esprit des semences fécondes pour l'avenir, on a composé un petit ouvrage qui a pour titre: Alphabet et premier livre de lecture, destiné à toutes les écoles primaires. Il est rédigé de telle façon qu'il peut être employé dans toutes les écoles, soit catholiques, soit protestantes, et pour tous les élèves de l'une et de l'autre de ces religions.

Il suffira pour que les écoles israélites puissent également s‘ en servir, de supprimer la dernière page du dernier exercice.

On s'est ensuite occupé de pourvoir d'une manière plus spéciale à un autre besoin non moins pressant et non moins senti, celui de concourir à transmettre aux générations naissantes, à l'aide de la lecture, dans les écoles primaires, les principes et les sentimens religieux qui sont indispensables à toute bonne éducation.

Monsieur le Ministre, d' après l' avis du conseil royal d'instruction publique, a fait choix, pour les écoles catholiques, du petit cathéchisme historique, composé par Fleury, approuvé par Bossuet; pour les écoles protestantes, d‘ un ouvrage récent sur la bible, qui offre de même un précis historique de l' ancien et du nouveau testament; enfin, pour les écoles israélites, le consistoire central a été invité à désigner le livre qu'il jugerait le plus à propos de répandre dans les écoles de son culte.

Pour que tous les enfans reçoivent l' instruction élémentaire, et pour que tous les enfans indigens la reçoivent gratuitement, M. le Ministre a décidé que l'alphabet serait distribué partout, au prix le plus modique, et même qu' il serait donné sans frais aux enfans pauvres. Il ne s'agit pas néanmoins de substituer ce petit livre à ceux de même nature, qui pourraient être en usage dans les écoles, et dont l'expérience aurait constaté l'utilité ou le mérite: c'est un nouveau moyen d'instruction offert à tous, donné à ceux qui ne peuvent se le procurer à prix d'argent, mais non rigoureusement imposé.

Des exemplaires de l'alphabet seront répartis sur tous les points de la France, proportionnellement aux besoins de la population, dans tous les chefs-lieux d'arrondissement et dans les principales villes de chaque ressort. Les comités recevront, de la sous-préfecture, le nombre d'exemplaires attribués à leur ressort respectif.

Ils feront parvenir à chaque Maire les exemplaires destinés à son école communale. Dès qu'ils seront arrivés dans chaque commune, le Maire frappera ces exemplaires du timbre municipal, et ils seront la propriété de l'école publique. L'instituteur chargé de ces livres les conservera avec soin : il les distribuera selon les besoins, aux enfans indigens , dont la liste lui sera remise par le Maire; ainsi les enfans auront tous leur alphabet, et le défaut de livres ne pourra plus être nulle part le prétexte du défaut d'étude. Un récépissé du Maire, au fur et à mesure de l'arrivée de chaque livraison qui lui parviendra, sera aussitôt envoyé par lui au Recteur de l'académie. Les élèves qui appartiennent à des parens plus aisés, auront toute facilité de se procurer d'autres exemplaires du même alphabet à des prix très-modérés , et d' après les indications qui leur seront données dans chaque commune.

Le même mode de distribution sera suivi pour les autres ouvrages que l'université se propose de distribuer dans les écoles primaires, et notamment pour les trois livres d'instruction morale et religieuse dont l'envoi suivra de près celui de l'alphabet.

J'aime penser, messieurs, qu'appelés à coopérer à ces distributions, vous comprendrez parfaitement tout ce qu'elles vous commandent d'exactitude et de zèle. Il s'agit d'un emploi de deniers publics, qui a pour but de faire parvenir par degrés jusque dans les moindres hameaux, les premières connaissances indispensables à tous les hommes, connaissances qui contribuent puissamment à consolider le bonheur du peuple, en propageant le respect de la loi, l'amour de l'ordre, le goût du travail et le sentiment de tous les devoirs.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Préfet du département de la Meurthe,
L. ARNAULT.

Document publié le 01-01-2004

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