UFC Que Choisir de Nancy et environs

1832 - L'attentat du 6 juin

PROCLAMATION aux habitans de la Meurthe.

Dans les journées des 5 et 6 juin Paris a été le théâtre d'un horrible attentat. Les républicains et les carlistes réunis par une monstrueuse alliance, ont voulu renverser le trône national pour se disputer ensuite le pouvoir sur ses débris.

Voici les faits en peu de mots:

Un des braves de la grande année, un des députés de la nation, le général Lamarque est mort: son convoi fut suivi d'une foule nombreuse. C'est au milieu de cette foule que les ennemis du trône et du peuple tentèrent l'exécution de leurs infâmes complots. Leurs préparatifs étaient faits depuis long-temps: avec l' or fourni par l'ex-roi Charles X, ils avaient acheté des armes, des munitions, et avaient séduit des malheureux à la tête desquels ils n' ont pas osé paraître. Le convoi funèbre qui devait traverser tout Paris, a d'abord suivi paisiblement sa route; mais bientôt le drapeau rouge, surmonté du bonnet de Robespierre, fut arboré, et le drapeau tricolore insulté; les gardes nationales et les troupes de ligne peu nombreuses, placées d'espace en espace pour le maintien du bon ordre, furent injuriées, provoquées, et lâchement assaillies. D'anciens officiers de Wagram, des braves sortis de vos chaumières ont péri fusillés par derrière. Alors seulement les troupes ont fait usage de leurs armes, et après une lutte de deux jours, la garde nationale et les troupes réunies pour sauver la patrie, ont entièrement et pour jamais anéanti la révolte.

Le drapeau rouge et le drapeau blanc arboré par les rebelles ont été renversés; 1 500 révoltés sont pris: pas un de leurs chefs n'a paru dans le combat. Cependant le Roi choisi par la nation s'exposait dignement pour elle; entouré de son état-major, accompagné de son fils le duc Nemours, il n'a cessé, à travers les coups de fusils et les barricades, de parcourir Paris dans tous les sens ici, adoptant les enfants des citoyens morts pour la patrie; là, prodiguant des consolations aux blessés, et partageant, sans tirer l'épée du fourreau, les périls, le patriotisme et le courage des combattans. L'enthousiasme excité par sa présence fut continuel durant l'action; et deux jours après, lorsque la garde nationale et l'armée, au nombre de plus de cent mille hommes, furent réunies pour une revue solennelle, on ne saurait exprimer quels transports de joie accueillirent ce monarque, Roi d'un peuple libre, dont il fut jadis un des plus vaillants soIdats et dont il sera toujours le meilleur citoyen.

La Reine a été dans les hôpitaux prodiguer aux blessés ses soins, ses bienfaits et ses consolations; elle a, sur sa cassette, accordé un secours de cinquante mille francs aux familles des braves soldats ou citoyens frappés dans cette lutte déplorable.

Paris, en exécution des lois qui régissent les événemens de cette nature, est déclaré en état de siège. Cette mesure temporaire n'a d'autre but que de procurer une répression plus forte et plus prompte des attentats qui viennent d'ensanglanter la capitale.

Cet état de siège, réclamé par la population tout entière de Paris, a été reçu par elle avec joie, parce qu' il assure à cette grande ville prompte justice du passé et paix durable pour l'avenir.

Les départemens du Midi, que la duchesse de Berry a voulu soulever, sont dans un calme profond. Partout le duc d' Orléans, qui les parcourt en ce moment, s' y voit accueilli au milieu des transports les plus patriotiques. Son entrée a Marseille a été signalée par un enthousiasme général. Dans l' ouest, les Chouans sont battus de tous côtés par la garde nationale et les troupes de ligne. Ceux de leurs chefs qui ne sont pas tués sont prisonniers en grande partie et livrés à la justice des lois. La duchesse de Berry et le déserteur de Waterloo, Bourmont, sont en fuite; des mesures sont prises pour les arrêter. Ainsi, de toutes parts, et quel que soit le drapeau qu' ils arborent, succombent les ennemis de la patrie.

Rendons-en grâce au Ciel ! Si les anarchistes blancs ou rouges eussent triomphé, l' invasion étrangère, la banqueroute, la suppression des pensions de tous les anciens militaires, le doublement des impôts, l' émission d' assignats garantis par la confiscation des propriétés, et le régime sanglant des échafauds; telles devaient
être les suites de leur exécrable victoire.

Habitans de la Meurthe, et vous surtout, Habitans des campagnes ! le récit que je viens de vous faire est l' expression de la plus exacte vérité. Tous ceux qui vous diront le contraire sont des imposteurs ou des insensés: ne les croyez pas. Auteurs de vos souffrances, ce sont eux et eux seuls qui empêchent le retour de l'industrie, du travail et du commerce qui fourniraient à tous vos besoins. Repoussez donc leurs allégations mensongères. Quel que soit le langage qu' ils affectent, quelle que soit la couleur qui les couvre, ils ne sont que les agens perfides ou les auxiliaires aveugles du gouvernement déchu, et c' est moi, moi fils d' un homme proscrit par la restauration, qui vous le déclare comme Magistrat et vous le jure comme citoyen.

Nancy, le 16 juin 1832.

Le Préfet du département de la Meurthe,
L. ARNAULT.

Document publié le 01-01-2004

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