UFC Que Choisir de Nancy et environs

1832 - Les encouragements du préfet

Nancy, le 8 mai 1832.

MESSIEURS,

Un an s'est écoulé depuis que pour la première fois j'ai eu l'honneur de présider votre utile et honorable Société.

Cette fête de l'agriculture et du travail fut célébrée avec un vif intérêt; et nouveau venu parmi vous, j'éprouvais une juste satisfaction à saluer les vainqueurs modestes que vous couronnez, et à leur remettre en votre nom les récompenses, dignes prix de leurs efforts présens, et gages certains de leur prospérité à venir.

Mais avouons-le, Messieurs, il y a un an, un pénible sentiment d'inquiétude troublait encore les esprits; dès lors la France était grande, mais elle était agitée: elle commandait l'admiration, mais elle inspirait la défiance; et c'est, tenant la bêche d'une main et le mousquet de l'autre, que les habitans de nos campagnes fertilisaient les champs qu'ils étaient prêts à défendre.

Que de changemens depuis cette époque ! Sourde à l'exaltation qui provoque l'étranger, mais déjouant la trahison qui l'appelle, la France a voulu la paix, la paix s'est maintenue. Indépendante au-dedans, respectée au-dehors, prête à saisir le glaive, toujours pour se défendre et jamais pour attaquer, elle a complété les grands corps de l'état, promulgué ses lois municipales, tendu la main à ses alliés et affermi le trône populaire sur ses appuis éternels, la justice et la liberté.

Le fléau qui, du fond de l'Asie après une marche de seize ans, vient multiplier sous le ciel de la France ses funestes homicides, ne pourra lutter long-temps ni contre les efforts de l'art, ni contre les précautions d'une police attentive, ni contre l'influence de nos climats tempérés. Surgi avec fureur au sein de la capitale, nous le voyons heureusement s'affaiblir en s'étendant; et quoi que disent certains hommes qu'anime une malveillance perfide, tout est prêt dans le département pour surprendre le mal dès son principe, lutter contre ses développemens, combattre ses ravages; et si la providence ne nous épargne pas la visite du fléau, les autorités, l'oeil fixé sur Paris, après avoir satisfait à toutes les prévoyances, sauront suivre l'exemple de tous les dévouemens.

Vous dont le nom va être proclamé, jouissez donc avec sécurité des palmes que vous décerne une société amie de l'ordre et protectrice du travail; de l'ordre qui garantit la richesse des peuples, du travail qui fait celle de l' honnête homme et du bon citoyen. Ne soyez jamais infidèle aux débuts qui vous méritent cette distinction. Sourds à des déclamations ridicules n'écoutez jamais que la voix de la raison, de la justice et de l'honnêteté. Que le travail soit votre idole: jamais il ne manque à ceux qui ne lui manquent pas !. Jetez les yeux autour de vous, tout vous attestera la puissance du travail . . . Cette ville possède des monumens . . . Qui les a bâtis ? qui les a décorés ? qui les conserve ? Le pauvre qui travaille et s'enrichit en forçant l'opulent à devenir son tributaire . . . .. . Hors de la ville vous possédez des champs modestes; cultivez-les, vous les centuplerez; et un jour ce château, ce parc, ces jardins pourront par une loyale acquisition devenir la légitime conquête de votre constance de vos succès et de votre industrie. Que dis-je, c'est par le travail qu'existe cette égalité principe de notre gouvernement: les Conseils municipaux, ceux des départemens, la chambre, sont ouverts à tous ceux qui après avoir su acquérir se montreront capables de conserver.

Courage donc; naguère encore, c'est du fond des chaumières que s'élançaient armés de leurs courages ces généraux laboureurs conquérans de l'Europe; c'est du fond des chaumières aussi que pourront sortir dotés de leur travail, ces hommes utiles bienfaiteurs de la patrie.

Soyez de ce nombre un jour; vous le pouvez; mais dûssiez vous-même ne pas arriver jusqu' à ce but, votre destinée sera belle encore; car l'industrie et le travail ne cesseront jamais d'avoir leurs autels entre ceux de la gloire et de la liberté ! ! !

Document publié le 01-01-2004

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