UFC Que Choisir de Nancy et environs

1832 - Les dangers de l'émigration

Nancy, le 7 mai 1832.

Par ma Circulaire du 16 avril 1832 (page 116 du recueil administratif), je vous ai fait connaître dans quel embarras se trouvent les émigrans pour l'Amérique, à leur arrivée au Havre.

M. le Ministre de l'intérieur vient de me transmettre une copie de la lettre qu'il a reçue à cet égard de M. le Préfet de la Seine Inférieure. Il résulte des renseignemens qu' elle renferme, que la situation des émigrans, soit français soit allemands, qui vont au port du Havre, attendre une occasion de s' embarquer pour l' Amérique est des plus pénibles pour eux et des plus dangereuses pour l' ordre et la santé publics.

Voici le texte de cette lettre:

« Le nombre souvent renouvelé de ces malheureux s élève presque constamment à douze ou treize cents.
La ville du Havre cherche à les repousser le plus possible de ses murs. Les campagnes ne se montrent guère plus hospitalières. Ils sont confinés dans des villages ou leur réunion est considérée comme un foyer d'infection. Le Choléra s est manifesté parmi eux. Rien n'égale la détresse de ces familles qui, pour la plupart, ont épuisé jusqu' à la faible somme qu elles destinaient à payer leur passage. On se voit forcé de faire rétrograder les émigrans dont les ressources sont notoirement insuffisantes et ils vont rentrer dans leurs communes dans le dénuement le plus absolu. »

Empressez-vous, messieurs, aussisôt que cette lettre vous sera parvenue, d'en donner connaissance à vos administrés et surtout à ceux qui auraient l'intention de partir pour l'Amérique, intention qui ne saurait être ignorée dans leur commune. Il est de la plus grande importance de les éclairer sur les conséquences de leur résolution et sur le sort qui les attend lorsqu' ils s'abandonnent à de chimériques espérances et aux suggestions d'avides spéculateurs.

Je vous recommande, messieurs, d'user de toute votre influence, pour empêcher les individus et les familles dépourvues des fonds nécessaires d'entreprendre un voyage qui augmente si déplorablement leur misère. Le trajet d' ici au Havre exige une dépense considérable; elle s'accroît de celle que nécessite le séjour long-temps prolongé dans un port de mer pour attendre qu' un vaisseau mette à la voile; enfin les frais de la traversée constituent encore une forte dépense qu' il faut payer d'avance. Expliquez toutes ces circonstances à vos administrés; et quand une famille ou un individu, non susceptible de subvenir à toutes ces avances, demandera un passeport pour l'Amérique, ne manquez pas de m'en donner avis immédiatement.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Préfet du département de la Meurthe,
L. ARNAULT.

Document publié le 01-01-2004

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