UFC Que Choisir de Nancy et environs

1836 - Les abus des pompiers

Nancy, le 12 octobre 1836.

MESSIEURS,

Je viens d'apprendre avec un sentiment pénible que, récemment dans une commune de ce département où avait éclaté un incendie considérable, des pompiers et habitans des communes voisines accourus pour offrir leurs services et donner des secours, ne se sont point comportés avec la convenance qu'on devait attendre de leur empressement. A peine arrivés et installés sur le lieu du désastre, beaucoup d'entre eux ont demandé à boire et y ont mis une telle exigence, qu'ils ont déclaré qu'ils cesseraient de travailler, si on ne satisfaisait pas sur – le - champ à leur demande. Dans son impatience, on a même vu un pompier diriger sur le pavé l'eau que la pompe devait lancer sur l'incendie. Enfin, on a bu avec si peu de discrétion, que l'ivresse s'est emparée de la plupart de ceux qui dirigeaient les secours, et il en est résulté un désordre et une confusion tels que leur présence a été plus nuisible qu ' utile.

Le rapport que j'ai reçu , porte mémo que cet abus est poussé si loin dans les campagnes , que les habitans des communes où un incendie vient à éclater et surtout les voisins du foyer de l'incendie , redoutent l'arrivée des habitans des communes voisines .

J'aime à penser, Messieurs, qu'il y a de l'exagération dans ce rapport, et que si, dans la commune qui m'a été signalée, on a manifesté des exigences si peu généreuses, cela n'est pas aussi fréquent que ce rapport laisserait à supposer. Lorsque des étrangers sont arrivés de loin dans une commune pour y porter secours et surtout lorsqu'ils sont fatigués par un travail aussi pénible, il est souvent nécessaire et même convenable de leur procurer des rafaichissemens ; mais ils ne pourraient, sans se manquer à eux-mêmes, les exiger, sous la menace de se retirer, et ce n'est point lorsque le désastre fait des progrès et peut étendre ses ravages, que l'on doit se livrer à des excès de boissons.

J'espère que la publicité que je vous recommande de donner à la présente lettre , suffira pour prévenir le retour d'un abus que je ne puis assez blâmer.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Pour M. le Préfet en conseil de révision,
Le Conseiller de préfecture délégué,
FRED. COLIN.

Document publié le 01-01-2004

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