UFC Que Choisir de Nancy et environs

1833 - Lémigration vers les USA

Nancy, le 25 juin 1833.

MESSIEURS,

M. le Préfet de la Seine-Inférieure vient de signaler de nouveau à M. le Ministre de l'intérieur et des cultes, la situation pénible où se trouvent à Rouen et au Hâvre un certain nombre de familles alsaciennes et allemandes qui se sont rendues dans ces deux villes, avec l'intention de passer en Amérique.

Il arrive souvent , en effet, que ces émigrans, notamment les étrangers , ne parviennent au point d'embarquement qu'après avoir épuisé toutes leurs ressources, soit qu'on les ait admis dans le royaume sans qu'ils eussent justifié ,comme le prescrivent les instructions, de la possession d'une somme suffisante pour assurer leur existence jusqu'au moment de leur départ, soit qu'ils aient été sur la route dépouillés par les escrocs qui, depuis quelque temps, s'attachent à leurs pas pour abuser de leur inexpérience.

L' intérêt de la sûreté publique et celui de ces familles, que l'espoir d'un meilleur sort détermine à quitter leur patrie, exigent la part de l'administration une constante sollicitude.

Aussi, les autorités de la frontière ont reçu l'ordre de maintenir la rigoureuse observation des conditions pécuniaires imposées aux émigrans étrangers qui se présentent pour traverser la France. De plus, sur toute la route qu'ils parcourent, leurs convois doivent être surveillés par les autorités, afin que si des individus ou des familles entières sont reconnues hors d'état de continuer leur voyage, sans se livrer à la mendicité, il leur soit ordonné de retourner dans leur pays. Quant aux aventuriers qui, dans des intentions coupables, chercheraient à se mêler à ces émigrations, leurs manoeuvres doivent être surveillées par les autorités et la gendarmerie, et surtout être signalées aux étrangers dont elles pourraient causer la ruine.

Dans le cas où des familles de ce département formeraient encore le projet d' aller s' établir en Amérique, elles doivent être averties que si elles n'avaient eu des ressources suffisantes tant pour se rendre au lieu de leur embarquement , que pour satisfaire aux frais de la traversée, elles se trouveraient dans le plu grand embarras, et qu'il est dès lors de leur intérêt de renoncer à des projets d'émigration qu'elles ne pourraient réaliser, et dont un commencement d' exécution ne ferait qu'épuiser leurs ressources et les plonger dans la misère.

Je recommande à MM. les Sous-Préfets et Maires de ce département le strict accomplissement des précautions indiquées dans la présente lettre, à laquelle je la prie de donner la grands publicité.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Préfet de la Meurthe, L. ARNAULT.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale