UFC Que Choisir de Nancy et environs

1848 - La conservation des forêts

Nancy, le 18 avril 1848.

MESSIEURS,

De graves désordres ont eu lieu dans quelques forêts de ce département ; le caractère des agents et gardes forestiers a été méconnu et quelques-uns de ces agents ont eu même à supporter des actes de violence. Ces excès coupables ne peuvent toutefois être reprochés qu'à un petit nombre d'individus égarés ; la masse des citoyens, loin d' y prendre part, au contraire, dans cette circonstance, a donné une nouvelle preuve de son excellent esprit, en prêtant son concours à l' autorité pour faire respecter la propriété forestière.

Toute dévastation dans les forêts nationales, de quelque part qu' elle vienne, est un crime contre la chose publique.

En effet, les forêts protègent le pays tout entier contre l' intempérie des saisons, maintiennent les eaux dans leurs réservoirs naturels, assurent à une multitude d' industries des moyens d' existence, empêchent que la France ne devienne de plus eu plus tributaire de l' étranger pour les bois de marine et de construction, fournissent enfin au trésor public des ressources qu' il faudrait emprunter, si elles cessaient d' exister, à de nouveaux impôts.

Ce crime est d' autant plus grand qu' il affecte l' intérêt général, non-seulement dans le présent, mais encore dans l' avenir, un siècle suffisant à peine pour remplacer une futaie, qui peut anéantir une heure d'égarement.

D'un autre côté, les populations riveraines des forêts sont les premières à souffrir des fléaux qu' engendre la dévastation. On se demande donc comment il se rencontre encore aujourd' hui des citoyens assez aveugles pour porter la main sur la sauvegarde de leur propre existence.

Les forêts sont le patrimoine de la nation. Leurs produits tout entiers sont affectés aux besoins du pays ; ils font partie du budget et contribuent dès lors au développement de la fortune publique.

Veuillez donc vous attacher, Messieurs, à bien faire comprendre aux populations riveraines des forêts nationales, que la dévastation de ces forêts emprunterait, des circonstances particulières où nous trouvons, le caractère le plus odieux.

Quant aux communes usagères, elles ne doivent pas oublier que leurs droits perdraient ce qu' ils ont de respectable aux yeux de tous, si, exercés contrairement aux dispositions de la loi spéciale qui les régit , ils devenaient , par le fait, usurpateurs des droits encore plus légitimes et plus sacrés de la nation. Précisément , d' ailleurs , parce que la révolution de 89 a, non-seulement conservé, mais encore agrandi les droits d' usage, en les exonérant de la majeure partie des charges sous lesquelles ils avaient été constitués, c' est bien le moins que les usagers se rappellent que, parmi les habitants des campagnes , beaucoup se trouvent moins heureusement partagés qu' eux , et qu' ils respectent dès lors , dans l' intérêt de ceux-ci, la portion de produits des forêts appartenant à la nation.

Ce que nous venons d' exposer au sujet des forêts de l' Etat, s' applique avec non moins de force aux forêts communales dont la dévastation porte un préjudice direct aux habitants appelés à profiter de leurs produits et compromet l'avenir financier des communes.

Nous n' avons, en ce qui concerne les bois particuliers, qu' une seule observation à vous adresser, c' est que, par cela seul qu' il s'agit de bois, ils doivent être , plus encore que toute autre propriété privée , défendus contre de coupables entreprises. La loi assure d'ailleurs, à chacun, par la voie des tribunaux , l' exercice des droits légitimes qu'il peut revendiquer sur ces bois, et la loi qui protége un intérêt public, doit être respectée par tous.

Ces observations préviendront , nous n' en doutons pas, le renouvellement des abus qui viennent de vous être signalés ; mais si contre toute attente, de nouveaux excès étaient tentés soit contre les forêts, soit contre les agents commis à leur conservation, vous ne pourriez trop vous hâter de prendre des mesures assez fermes et assez efficaces, pour que les délinquants soient bien convaincus que le Gouvernement de la République est résolu à rétablir la tranquillité publique, à faire respecter la propriété de l'Etat , comme celle des communes et des particuliers et à assurer la sécurité de ses agents. Vous pouvez compter sur le puissant concours de l' autorité judiciaire et des agents forestiers eux-mêmes, et si celui de la garde nationale et des troupes de ligne devenait nécessaire, vous êtes autorisés à le requérir partout où il en sera besoin.

Salut et fraternité.

Les Commissaires du Gouvernement provisoire au département de la Meurthe,
C. DE LUDRE. E. LORENTZ.

Document publié le 01-01-2004

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