UFC Que Choisir de Nancy et environs

1848 - Les candidats aux elections législatives

Nancy, le 24 mars 1848.

MESSIEURS,

Nous vous adressons ci-après la proclamation du Gouvernement provisoire relative a l'élection des représentants à l'assemblée nationale.

Vous la recevrez également en placard pour être affichée et publiée sans retard dans vos communes.

Salut et fraternité.

Les Commissaires du Gouvernement provisoire au département de la Meurthe,
C. DE LUDRE. E. LORENTZ.


RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.

Le Gouvernement provisoire au peuple Français.

CITOYENS,

A tous les grands actes de la vie d'un peuple, le Gouvernement a le devoir de faire entendre sa voix à la nation.
Vous allez accomplir le plus grand acte de la vie d'un peuple : élire les Représentants du pays ; faire sortir de vos consciences et de vos suffrages non plus un Gouvernement seulement , mais un pouvoir social, mais une constitution tout entière.
Vous allez organiser la République.
Nous n'avons fait, nous, que la proclamer.
Portés d'acclamation au pouvoir pendant l'interrègne du peuple, nous n'avons voulu et nous ne voulons d'autre dictature que celle de l'absolue nécessité. Si nous avions repoussé le poste du péril, nous aurions été des lâches. Si nous y restions une heure de plus que la nécessité ne le commande, nous serions des usurpateurs !
Vous seuls êtes forts !
Nous comptons les jours. Nous avons hâte de remettre la République à la nation.
La loi électorale provisoire que nous avons faite est la plus large qui, chez aucun peuple de la terre, ait jamais convoqué le peuple à l'exercice du suprême droit de l'homme : sa propre souveraineté.
L'élection appartient à tous sans exception.
A dater de cette loi, il n'y a plus de prolétaires en France.
Tout Français en âge viril est citoyen politique. Tout citoyen est électeur. Tout électeur est souverain. Le droit est égal et absolu pour tous. Il n'y a pas un citoyen qui puisse dire à l'autre : « Tu es plus souverain que moi ! » Contemplez votre puissance, préparez-vous à l'exercer, et soyez dignes d'entrer en possession de votre règne !
Le règne du peuple s'appelle République.
Si vous nous demandez quelle République nous entendons par ce mot, et quels principes, quelle politique, quelles vertus nous souhaitons aux républicains que vous allez élire, nous vous répondrons : « Regardez le peuple de Paris et de la France depuis la proclamation de la République ! »
Le peuple a combattu avec héroïsme. Le peuple a triomphé avec humanité.
Le peuple a réprimé l'anarcbie dès la première heure.
Le peuple a brisé de lui-même, aussitôt après le combat, l'arme de sa juste colère. Il a brûlé l'échafaud. Il a proclamé l'abolition de la peine de mort contre ses ennemis.
Il a respecté la liberté individuelle en ne proscrivant personne.
Il a respecté la conscience dans la religion qu'il veut libre, mais qu'il veut sans inégalité et sans privilège.
Il a respecté la propriété.
Il a poussé la probité jusqu'à ces désintéressements sublimes qui font l'admiration et l'attendrissement de
l' histoire.
Il a choisi, pour les mettre à sa tête, partout les noms des hommes les plus honnêtes et les plus fermes qui soient tombés sous sa main.
Il n'a pas poussé un cri de haine ou d'envie contre les fortunes ; Pas un cri de vengeance contre les personnes.
Il a fait, en un mot, du nom du peuple le nom du courage, de la clémence et de la vertu.
Nous n'avons qu'une seule instruction à vous donner ! Inspirez-vous du peuple ; imitez-le ! Pensez, sentez, votez, agissez comme lui !
Le Gouvernement provisoire, lui, n'imitera pas les gouvernements usurpateurs de la souveraineté du peuple, qui corrompaient les électeurs et qui achetaient à prix immoral la conscience du pays.
A quoi bon succéder à ces gouvernements, si c'est pour leur ressembler ! A quoi bon avoir créé et adoré la République, si la République doit entrer dès le premier jour dans les ornières de la royauté abolie ?
Il considère comme un de ses devoirs de répandre sur les opérations électorales cette lumière qui éclaire les consciences sans peser sur elles.
Il se borne à neutraliser l'influence hostile de l'administration ancienne, qui a perverti et dénaturé l'élection.
Le Gouvernement provisoire veut que la conscience publique règne. Il ne s'inquiète pas des vieux partis ; les vieux partis ont vieilli d'un siècle en trois jours ! La République les convaincra , si elle est sûre et juste pour eux.
La nécessité est un grand maître.
La République, sachez-le bien, a le bonheur d'être un gouvernement de nécessité.
La réflexion est pour nous.
On ne peut pas remonter aux royautés impossibles.
On ne veut pas descendre aux anarchies inconnues.
On sera républicain par raison.
Donnez seulement sûreté , liberté , respect à tous.
Assurez aux autres l'indépendance des suffrages que vous voulez pour vous.
Ne regardez pas quel nom ceux que vous croyez vos ennemis écrivent sur leur bulletin, et soyez sûrs d'avance qu'ils écrivent le seul nom qui peut les sauver, c'est-à-dire, celui d'un républicain capable et probe.
Sûreté, liberté, respect aux consciences de tous les citoyens électeurs ; voilà l'intention du Gouvernement républicain : voilà son devoir, voilà le vôtre ! voilà le salut du peuple ! Ayez confiance dans le bon sens du pays, il aura confiance en vous ; donnez-lui la liberté, il vous renverra la République.
Citoyens, la France tente en ce moment, au milieu de quelques difficultés financières léguées par la royauté, mais sous des auspices providentiels, la plus grande oeuvre des temps modernes : la fondation du gouvernement du peuple tout entier, l'organisation de la démocratie, la république de tous les droits, de tous les intérêts, de toutes les intelligences et de toutes les vertus !
Les circonstances sont propices. La paix est possible. L'idée nouvelle peut prendre sa place en Europe sans autre perturbation que celle des préjugés qu'on avait contre elle. Il n'y a point de colère dans l'âme du peuple. Si la royauté fugitive n'a pas emporté avec elle tous les ennemis de la République, elle les a laissés impuissants ; et quoiqu'ils soient investis de tous les droits que la République garantit aux minorités, leur intérêt et leur prudence nous assurent qu'ils ne voudront pas eux-mêmes troubler la fondation paisible de la constitution populaire.
En trois jours, cette oeuvre que l'on croyait reléguée dans le lointain du temps, s'est accomplie sans qu'une goutte de sang ait été versée en France, sans qu'un autre cri que celui de l'admiration ait retenti dans nos départements et sur nos frontières. Ne perdons pas cette occasion unique dans l'histoire. N'abdiquons pas la plus grande force de l'idée nouvelle, la sécurité qu'elle inspire aux citoyens , l'étonnement qu'elle inspire au monde.
Encore quelques jours de magnanimité, de dévouement, de patience, et l'Assemblée nationale recevra de nos mains la République naissante. De ce jour-là tout sera sauvé ! Quand la nation , par les mains de ses représentants, aura saisi la République , la République sera forte et grande comme la nation, sainte comme l'idée de peuple, impérissable comme la patrie.

Les Membres du Gouvernement provisoire,
DUPONT (de l'Eure), LAMARTINE, MARRAST, GARNIER-PAGES, ALBERT, MARIE, LEDRU-ROLLIN, FLOCON, CRÉMEUX, LOUIS BLANC, ARAGO.

Document publié le 01-01-2004

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