UFC Que Choisir de Nancy et environs

1848 - Les calomnies de la révolution de 1789...

La haute position du général Cavaignac, le noble caractère qu'il a constamment montré dans les graves circonstances que nous venons de traverser, font un devoir de porter à la connaissance des fonctionnaires du département la communication qui va suivre.

Cette publication a pour but de détruire les bruits calomnieux que les ennemis de la République cherchent à accréditer par tous moyens ; elle sera en outre pour le chef du pouvoir exécutif, un hommage rendu à son dévouement à la patrie et le consolera des indignes outrages prodigués à la mémoire de son père.

Le Préfet de la Meurthe,
E. LORENTZ.

Extrait du Moniteur Universel du 16 septembre 1848, n° 260. Paris, le 15 septembre 1848.

Le Mémorial bordelais commentant des paroles prononcées par moi dans la séance de l'Assemblée nationale du samedi 2 septembre, a cru utile aux opinions qu'il représente d'ouvrir ses colonnes à une imputation depuis longtemps repoussée sur la vie politique de mon père.

Sa publication a été reproduite avec un empressement facile à comprendre de la part des feuilles périodiques qui ne veulent pas qu'on se déclare l'ennemi irréconciliable de ceux qui travaillent au renversement de la République .

Ma réponse actuelle consistera dans la simple publication des pièces suivantes :

1° Extrait du procès-verbal de la séance de la convention nationale du 13 prairial an 5. (Président, Mathieu.)

Après avoir donné connaissance des pièces relatives aux dénonciations portées contre des membres de la convention, le citoyen Durand Maillanne termine en disant :
« Cavaignac, qui présidait alors la société populaire d'Auch, est accusé d'avoir partagé les sentiments de D...., soit en répondant à ses motions, soit en les mettant aux voix.
- Hardy (de la Seine-inférieure ). D'après la lecture de ces pièces, je demande l'arrestation de D....
- Quelques voix. Et de Cavaignac.
- Reewbell. Je ne vois là que des motions extravagantes, et qui, dès lors, ne méritent que le mépris.
- Boursault. Ce n'est point seulement une motion que la proposition qui tend à faire égorger une grande partie de la convention ; c'est un projet criminel, qui mérite d'être puni. Je demande l'arrestation.
- Clauzel. Je ne prendrai pas la défense de D........ parce qu'il me semble que personne ne peut la prendre ; mais c'est pour Cavaignac que je parlerai. Je sais qu'il présidait la société populaire d'Auch au moment où D.... y fit ses motions exécrables. Je sais que, s'il ne les a pas appuyées , il les a , au moins , mises aux voix sans les combattre ; mais reportons-nous au temps où cela s'est passé : nous gémissions alors sous la tyrannie de Robespierre, et D....., son lieutenant dans le Gers, n'aurait pas manqué de faire amener ici Cavaignac , pieds et poings liés , s’il avait osé s'opposer à ses propositions atroces. Il ne faut pas conclure, de ce que Cavaignac les a mises aux voix, qu'il les ait approuvées ; car tous les jours nous avons l'exemple que notre président est forcé, par les fonctions qu'il remplit, de mettre aux voix des motions qui peuvent n' être pas de son avis ; témoin notre collègue Vernier dans la soirée du 1er prairial.
On ne peut cependant élever aucun doute sur la probité et les vertus de cet homme respectable.
La probité et les moeurs de Cavaignac sont également connues : on se rappelle qu'il était en mission dans les départements de la ci-devant Bretagne, à l'époque du 31 mai. Sitôt qu'il apprit la nouvelle de cette journée désastreuse, il fit une protestation qui fut rendue publique : ce n'était point applaudir à la tyrannie ni en partager les actes que de protester contre celui qui la fondait.On sait, d'ailleurs, comment Cavaignac s'est conduit depuis le 9 thermidor, comme il s'est conduit dernièrement à l'armée du Rhin.
- Hardy. Eh bien, l'on ne demande que l'arrestation de D....
- Rewbell. Si D.... a fait la motion d'égorger une partie de ses collègues, il n'y a pas de doute qu'il doit être arrêté provisoirement. Mais pour Cavaignac...
- Un grand nombre de voix. On ne demande pas qu'il le soit.
- Delmas. Dans les journées des 1er, 2 et 3 prairial, Cavaignac a montré le plus grand courage : il ne m'a pas quitté et il m'a parfaitement secondé dans les foncions pénibles et délicates...
- Plusieurs membres. Il ne s'agit pas de Cavaignac.
- Dumont du Calvados. Je voulais dire aussi pour Cavaignac...
- Un grand nombre de membres. Il n'est pas question de lui. Aux voix l'arrestation de D...!
- D.... est décrété d'arrestation ; les scellés seront apposés sur-le-champ sur ses papiers. »

2- Extrait du procès-verbal de la séance de la convention nationale du 27 thermidor an 3.

« - Lecomte. Je ne vois pas que le comité vous ait donné connaissance de toutes les dénonciations qui ont été portées, et notamment de deux extrêmement fortes contre notre collègue Cavaignac, qui lui sont communes avec Pinet pendant leur mission dans les Pyrénées.
- Boissy d'Anglas, président. Je réclame la parole ; je veux m'opposer aux propositions de Thibaut et de Lecomte.
A celle de Lecomte d'abord, parce que la dénonciation contre Cavaignac a été présentée à la convention dans le premier rapport du comité, fait par Durand Maillanne, et que, sur cette dénonciation mal fondée, elle a passé à l'ordre du jour... »

3 - Lettre de M. Alexis Eymery, administrateur du Mercure de France, à Mme. Cavaignac. (Cette lettre a été insérée au Moniteur du 27 septembre 1816.)

« Paris, le 23 septembre 1816.

Madame,

Comme vous m'avez prouvé la fausseté de l' imputation relative à M. de Labarrère et à sa fille, rapportée à l'article de M. votre mari dans la petite biographie conventionnelle dont M. Baptistin de Moulières est l'auteur, et comme rien ne me semble plus juste que votre réclamation, je me suis hâté de faire rectifier cette erreur qui a été commise d'après des ouvrages imprimés antérieurement à celui de M. de Moulières.
Si ma lettre peut vous être bonne à quelque chose, je consens volontiers à ce que vous la rendiez publique en la faisant imprimer dans les journaux.

A. EMERY. »

(A l'époque où cette publication fut faite, il fallait un certain courage pour se montrer juste envers un conventionnel.)

En 1844, la Quotidienne reproduisit la même calomnie ; mon frère Godefroy obtint la rétractation suivante :

« Dans un article de la Quotidienne du 21 mai courant (la rétractalion est du 29), nous avons rappelé l'accusation élevée contre un membre de la convention, M. Cavaignac, d'avoir, dans le département des Landes, imposé le déshonneur à une fille comme le prix du salut de son père.
M. Godefroy Cavaignac, fils du conventionnel, a vu, dans les deux dernières lignes de la note, une confirmation personnellement donnée par nous au fait allégué. Nous nous étions bornés à rappeler ce fait, d'après une publication qui était restée inconnue à M. Cavaignac fils.
M. Cavaignac a eu raison de compter sur notre loyauté, et nous déclarons avec plaisir que les explications qui nous ont été données nous ont démontré, de la manière la plus complète, que cette accusation était dénuée de fondement. »

Il est constant que Mlle. Labarrère, qui, suivant les biographes, aurait disparu de Dax quelques jours après la mort de son père, et qu'on n'y aurait jamais revue, n'avait, dans le fait, jamais quitté Dax. Elle y avait contracté un mariage très-honorable, et, en 1835, le fils issu de cette union, protestant par sa démarche contre une calomnie qui avait frappé sa mère dans son repos intérieur, non moins que mon père lui-même, vint offrir spontanément à mon frère Godefroy le secours de sa parole, comme avocat, dans le procès instruit devant la chambre des pairs, et motiva cet offre de services sur le besoin de repousser en commun une atroce imputation.

Le président du conseil, chargé du pouvoir exécutif,
GENERAL E. CAVAIGNAC.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale