UFC Que Choisir de Nancy et environs

1815 - Les agitateurs politiques

Habitans du département de la Meurthe !

Lorsque je suis arrivé au milieu de vous, je vous ai tenu le langage d'un père. J'espérais que vous l'auriez entendu; et qu'abjurant tout esprit de parti, vous vous seriez franchement réunis dans un même sentiment, l'amour du roi et de la patrie.

Je vois cependant, non sans une vive douleur, que, dans quelques parties du département, il règne encore une effervescence coupable. Des hommes pervers cherchent encore à égarer l'opinion par des bruits tellement absurbes, que je n'entreprendrai pas de les réfuter, et ils trouvent des gens assez simples pour y croire. Ces hommes, que la clémence n'a pu ramener, chez qui la honte et le remords ajoutent encore à la fureur du mal, méditent donc de nouveau la perte de leur pays. Des réunions criminelles se forment dans le secret: je connais ces menées: j'en connais les auteurs; je les poursuivrai sans relâche, et saurai les atteindre. La loi a déjà prononcé leur juste châtiment.

S'il m'est pénible d'avoir à signaler ainsi la conduite coupable de quelques-uns de mes administrés, il est consolant pour mon coeur de pouvoir acquitter envers un bien plus grand nombre le juste tribut d'éloges que méritent leur excellent esprit, la résignation avec laquelle ils supportent les charges inséparables de notre état actuel, leur attachement sincère au gouvernement royal, leur confiance dans les lumières et la sagesse des chambres. Voilà les vrais amis de la patrie, voilà les seuls bons citoyens.

Vos maux sont grands, je le sais. La correspondance que je reçois des ministres du roi, atteste la vive part que S. M. y prend, et ses efforts constans pour les adoucir. Mais nous touchons à une situation meilleure : je suis autorisé à croire qu'incessamment le département sera soulagé d'une partie, au moins, du fardeau qui pèse sur lui.

Je vous le répète, habitans de tous les rangs, de toutes les conditions, que les citoyens se confondent pour ne former plus qu'un seul parti. Jetez vos regards sur la situation de la France, et réfléchissez aux désastres qui nous menacent, s'il s'élève parmi nous de nouvelles dissentions. Écoutez, je vous en conjure, la voix d'un ancien militaire, qui, appelé aujourd'hui à vous administrer, et étranger à tous les partis, n'apporte au milieu de vous qu'un désir ardent d'opérer votre bonheur. Rallions-nous autour du roi et de la charte : c'est là qu'est notre salut. Mais, si ces instances sont vaines, s'il faut enfin que l'indulgence fasse place à une juste sévérité, je saurai accomplir, dans toute son étendue, un devoir rigoureux. Autant je protégerai le citoyen paisible, quelles qu'aient été ses opinions passées, autant je me montrerai inflexible dans la poursuite de l'homme qui attenterait à la paix publique. VIVE LE ROI !

Nancy, le 30 octobre 1815.
Signé, le Comte DE KERSAINT.
Collationné par le Secrétaire général du Département de la Meurthe,
JUBELIN.

Document publié le 01-01-2004

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