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1815 - La soupe populaire

Le préfet du département de la Meurthe,

En exécution de la circulaire de Son Exc. le ministre de l'intérieur, du 14 octobre dernier, et considérant qu'il importe de préparer les moyens de pourvoir, aussi économiquement qu'il sera possible, aux besoins des indigens, pendant l'hiver; qu'au rang de ces moyens on doit placer plus particulièrement l'usage des soupes aux légumes , qui présentent le double avantage d'économiser la matière alimentaire, et de secourir un plus grand nombre de malheureux ;

Sur la proposition de M. le maire de Nancy,
Arrête:

Art. 1er. Il sera distribué, dans la ville de Nancy, mille soupes économiques par jour, depuis le 1er décembre 1815 jusqu'au 1er avril 1816.

2. La distribution de ces soupes est confiée aux soins d'un comité de bienfaisance, qui sera présidé par M. le maire, et composé d'un vice-président, économe, et de huit administrateurs.

3. Sont nommés membres de ce comité : MM. Mandel, pharmacien, vice-président, économe; Beaupré et Talotte, administrateurs pour le quartier des Orphelins, 1er arrondissement; Drouot-Devaux et Cosson, pour le quartier de Saint-Charles , 2ème arrondissement ; Rolcourt et Gondrecourt, pour le quartier de Saint-Eure, 3ème arrondissement ; Noël et de Favancourt, pour le quartier de Notre-Dame, 4e. arrondissement.

4. Le comité entrera de suite en fonctions, et s'occupera des approvisionnemens à faire pour commencer les distributions au 1er décembre. Il nous proposera un réglement tant sur la confection des soupes que sur le mode de leur distribution, et il arrêtera la liste des personnes qui auront droit à ce secours.

5. Une somme de trois mille francs sera versée à la caisse du comité, pour commencer les achats. Cette somme sera prise sur les fonds à ce destinés par notre lettre du 7 du courant.

6. II sera fait un appel à la bienfaisance des personnes aisées et charitables de la ville de Nancy. Le préfet aime à croire que le comité trouvera dans leurs libéralités, soit en argent, soit en nature, les moyens de compléter les fonds nécessaires pour la dépense des mille soupe, et même pour ajouter à ce nombre, s'il est possible.

7. Le maire de Nancy est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Fait à Nancy, le 14 novembre 1815.
Signé, le comte DE KERSAINT.


Réglement concernant l'exécution de l'arrêté relatif aux moyens de pourvoir aux besoins des indigens, pendant l'hiver.

Ce jourd'hui 18 novembre 1815, deux heures de relevée, les membres composant le conseil des soupes économiques, réunis dans le cabinet de M. le maire, en vertu de l'arrêté de M. le préfet, du 14 du courant, il a été donné lecture de la lettre de ce magistrat, du 4, ainsi que de l'arrêté précité. Chaque membre a déclaré accepter avec reconnaissance une fonction aussi honorable, et a promis de ne rien négliger pour mettre à exécution un plan aussi utile et aussi avantageux à la classe indigente.

M. Mandel, vice-président, économe, a proposé un réglement ainsi conçu :
Art. 1er . Le président tient le registre des délibérations. Elles sont prises à la pluralité des voix , et signées par tous les membres présens. En cas d'absence du président et du vice-président, l'assemblée est présidée par le plus âgé des administrateurs.

2. Les assemblées se tiennent chez le président. Il y en aura une chaque dix jours, pendant le premier mois; et une seulement par mois, pendant les trois autres. Elle est fixée au premier dimanche, à onze heures. C'est dans cette assemblée qu'on entendra le résultat des opérations faites pendant le mois précédent, et qu'on rendra compte de l'état des recettes et dépenses. Outre ces assemblées d'obligation, le président a le droit d'en convoquer d'extraordinaires, toutes les fois qu'il le jugera nécessaire.

3. L'un des membres de l'administration est nommé trésorier. Il est chargé de recevoir tous les fonds, soit par mandemens des autorités, soit des souscripteurs ou tous autres, et de remettre les deniers nécessaires à l'alimentation de l'établissement. Il ne fera de remises que sur les bons de l'économe, lesquels seront quittancés par les fournisseurs.
L'économe est spécialement chargé de faire confectionner les soupes. Le trésorier portera sur une main-courante toutes les opérations journalières, tant en recettes qu'en dépenses ; elles seront ensuite reportées sur un registre à partie double.

4. L'expérience ayant démontré ; le travail, lu et déposé sur le bureau par le rapporteur, avant prouvé que la portion de soupe revient à dix centimes, l'économe est autorisé à traiter à ce prix avec les dames supérieures de chaque local de distribution.

5. Le conseil désirant utiliser, autant qu'il est possible, la distribution des soupes, autorise le trésorier à donner des cartes pour en obtenir une portion à raison de dix centimes. Ces cartes ne seront distribuables que les 1er, 11 et 21 de chaque mois ; de manière qu'il y ait toujours au moins dix jours entre la souscription et la distribution. On ne pourra prendre moins de quinze cartes. Chacune d'elles indiquera le jour de la distribution, et elle n'aura d'effet que pour le jour indiqué.

6. L'économe est chargé de toutes les parties de l'administration. Il est autorisé, dans le cas d'urgence et de besoins qui ne pourraient s'ajourner, de distribuer, par supplément, les soupes qu'il pourra offrir, sans déranger le service ordinaire ; à charge d'en tenir note, et d'en rendre compte à la première assemblée.

7. Le trésorier rendra également compte à chaque assemblée de ses opérations ; il balancera la recette et la dépense , et fera connaître ses ressources et ses dépenses. Il s'entendra, pour cette dernière partie, avec l'économe.

8. Les administrateurs de chaque local sont chargés de distribuer les plaques dans leur arrondissement respectif. Ils prendront, près de MM. les curés et des commissaires de quartier, tous les renseignemens nécessaires, pour que cette distribution se fasse avec la plus grande justice, et qu'elle ne comprenne que les indigens de Nancy, ou qui ont droit à la charité publique. Ils présenteront au conseil les noms, prénoms, âge, profession et demeure des indigens qui auront part à la distribution. Ils annoteront le numéro de leurs plaques.

9. La distribution aura lieu tous les jours, dans la matinée. Un des administrateurs y assistera, pour la diriger et la soigner, et pour annoter sur la feuille qui sera sur son bureau, le numéro servi. Le service sera de dix jours. Le neuvième, il fera prévenir le collègue qui doit lui succéder. Ils pourront mutuellement se remplacer.

10. L'individu porteur d'une plaque, qui aurait été un ou plusieurs jours sans se présenter à la distribution, n'aura droit qu'à celle du jour; et s'il n'était pas venu pendant dix jours, il doit donner son exoine à l'administrateur; à défaut de quoi, la plaque lui sera retirée, comme aussi si l'exoine n'est pas reconnue valable.
Le conseil adopte le présent réglement, et prie son président de le faire parvenir à M. le préfet, pour obtenir son approbation.

On a procédé ensuite à la nomination d'un trésorier. M. Cosson a obtenu l'unanimité des suffrages.
La séance a été levée à cinq heures, et ajournée à jeudi 23, dix heures du matin.

Fait et délibéré à Nancy, ledit jour, présens MM. Benoist, maire, président ; Mandel, vice-président ; Beaupré et Talotte , pour le premier arrondissement de distribution ; Drouot-Devaux et Cosson, nommé trésorier, pour le second arrondissement; Rolcourt et Gondrecourt, pour le troisième arrondissement; Noël et de Favancourt, pour le quatrième arrondissement , membres composant le conseil des soupes économiques.

Pour ampliation à M. le préfet :
Le maire de Nancy :
Signé, BENOIST.
Nous, préfet du département de la Meurthe, approuvons le réglement qui précède, et ordonnons qu'il sera inséré dans le recueil administratif; pour servir d'instruction aux autorités municipales des autres villes et communes du département.
Nancy, le 21 novembre 1815.
Signé, le comte DE KERSAINT.


Recette et mode de confection pour cent soupes économiques.
Pois ou haricots, deux pots ; orge mondé, deux pots et demi; pommes de terre, trente livres; viande, une livre; graisse de rôts, une livre; sel, trois livres; poivre, trois gros; carottes moyennes, une douzaine; oignons, ou poireaux, ou céleri, environ une livre; pain blanc, vingt livres; eau, cent cinquante livres.

On fait cuire , la veille, les pois ou les haricots et l'orge jusqu'à ce que le grain soit crevé; on laisse macérer à froid pendant la nuit ; le lendemain matin , on cuit , pendant une heure , la viande, légèrement grillée et hachée, avec les carottes découpées menues; puis on ajoute les pois ou les haricots, l'orge, les pommes de terre cuites à l'eau , pelées et bien écrasées ; on laisse le tout sur un feu doux pendant trois heures ; une heure avant la distribution , on ajoute le sel, le poivre et la graisse, dans laquelle on a fait frire les oignons, ou les poireaux, ou le céleri.

Au moment de la distribution, on met trois onces de pain dans chaque vase, on verse par-dessus trente onces de bouillon. On doit le préparer dans une marmite de fer, et avoir soin de remuer souvent, avec une spatule de bois, dans le moment de la cuisson, et avec la cuiller lors de la distribution.

Il serait très-avantageux de faire sécher le pain au four, lorsqu'il est divisé. On ajoute, dans la saison, des plantes potagères au lieu de carottes ; et, à défaut de pommes de terre, sur la fin de l'été, on met un pot de pois ou de haricots en plus.

Cette soupe contient des principes nutritifs et visqueux. Ces derniers n'y sont qu'en quantité propre à la rendre agréable et d'une facile digestion. La portion revient à dix centimes, environ.

Document publié le 01-01-2004

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